Pas de poses menaçantes ou de provocations lors de la rencontre entre Chris Namus et Marie-Ève Dicaire, mercredi. Les deux boxeuses ont plutôt échangé des sourires et des bisous.

Chris Namus c. Marie-Ève Dicaire: les bisous avant les coups

Sans doute la première fois de l’histoire de la boxe que des adversaires dans un combat de championnat du monde se donnent des becs sur les joues après leur face-à-face de conférence de presse. Ça s’est passé mercredi, à Québec.

Non, Adonis Stevenson et Oleksandr Gvozdyk ne se sont pas câlinés en vue de leur combat de samedi. Pas encore. Avec l’arrivée de l’Ukrainien mercredi soir à Québec, on en saura plus sur leur relation jeudi.

Chris Namus (24-4, 8 K.-O.) et Marie-Ève Dicaire (13-0, 0 K.-O.) se sont fait la bise, en vue de leur affrontement de 10 rounds de deux minutes de samedi soir, au Centre Vidéotron.

Aucune animosité entre l’Urugayenne de 31 ans championne du monde IBF des poids super-mi-moyens (154 lb) et la favorite locale et aspirante de 32 ans, originaire de Saint-Eustache. Peut-être une nouvelle façon de faire plus civilisée apportée par la boxe féminine.

«Elle m’a déstabilisée avec les bisous, mais je l’ai trouvée fort sympathique!» a rigolé Dicaire, qui a hésité entre le bec simple ou le doublé classique à la française, joue gauche, joue droite.

«Dans le ring, ce sera autre histoire. Je suis une gagnante compulsive. La ceinture va rester ici», a promis Dicaire, qui livrera le premier combat de championnat du monde de boxe féminine présenté au Québec et espère devenir la 17e athlète basée au Québec à décrocher un titre mondial de boxe professionnelle.

Se disant «dangereusement en forme», Dicaire porte les espoirs de tous ceux qui se sont fait dire «ça ne se peut pas», «n’y pense même pas», «trouve-toi un plan B». «On brise trop souvent des rêves», affirme celle qui carbure à ce genre de défi. 

«Me faire dire “t’es pas game” ou “tu ne seras pas capable” m’a fait faire des niaiseries quand j’étais jeune, mais ç’a mis le gaz sur le feu. Je prouve en ce moment à tous ces gens que j’avais raison et qu’ils avaient tort.»

La boxe féminine en plein essor

Le promoteur Yvon Michel atteste que la boxe féminine est en pleine essor, soutenue par une base de recrutement de plus en plus importante partout dans le monde grâce au retour d’une épreuve olympique depuis 2012.

«Il y a eu une première poussée avec Christy Martin, Laila Ali, Jacqui Frazier et Lucia Rijker [dans les années 1990 et 2000]. Sauf qu’elles n’avaient pas assez de compétition pour se battre sur une base régulière. Mais le mouvement actuel est important et ne s’essoufflera pas», poursuit le président de GYM, identifiant Namus, Dicaire, Cecilia Braekhus, Claressa Shields et autres Katie Taylor comme les nouvelles figures de proue du sport.

Au Québec, la cote de la mi-mouche Kim Clavel est aussi en hausse entre les câbles. Les promoteurs ont dorénavant à l’œil les boxeuses des programmes nationaux olympiques. Dont la poids léger de Mont­réal Caroline Veyre, médaillée d’or aux Jeux panaméricains en 2015. «Quand le prochain cycle olympique sera terminé [en 2020], c’est sûr qu’on va en recruter», confirme Michel.

La championne Namus aura quand même attendu 13 mois et essuyé trois refus d’adversaires avant d’obtenir cette deuxième défense de titre. Elle vient en plus se battre sur le terrain de Dicaire qui, elle, en sera à son cinquième combat en 359 jours.

«La pression est sur Dicaire, c’est à elle de livrer un bon combat devant ses partisans», analyse celle que l’on surnomme «El Bombon Asesino» (la jolie assassine), qui n’en est qu’à son deuxième combat en carrière hors de l’Amérique du Sud.

Namus a perdu par décision lors de son duel en Allemagne contre la championne incontestée des mi-moyens (147 lb), l’invincible Norvégienne Braekhus. Namus est toutefois demeurée active cet été en servant de partenaire d’entraînement à Braekhus, justement.

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FORTIN, UNE TOUCHE DE QUÉBEC POUR DICAIRE

On sait qu’en préparation pour ce combat de championnat du monde, Marie-Ève Dicaire a affronté plusieurs partenaires d’entraînement, dont des hommes. Mais Dicaire a aussi fait appel à quelques boxeuses amateures de fort calibre, dont Laura-Lou Fortin, 27 ans, de Québec. «Laura-Lou a un style très semblable à Chris Namus, un style très fermé. Alors quand on était à la recherche de partenaires d’entraînement, son nom est vite ressorti. J’ai passé plusieurs fins de semaine à Québec, j’ai pris des Airbnb, et Laura-Lou est aussi venue travailler à Montréal. Elle a plus de 80 combats amateurs, son expérience m’a permis d’arriver au sommet», indique Dicaire, qui s’est exercée dans des séances atteignant 12 rounds de deux minutes. Elle n’en a toutefois pas demandé autant à Fortin, Marie-Pier Houle et Jessica Camara, qui se battent d’ordinaire dans un format de trois fois deux minutes, Dicaire les affrontant plutôt à relais. 

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KEVIN BIZIER A RÊVÉ À UN RETOUR

Kevin Bizier (photo) s'est retiré à contrecœur à la suite de son combat de championnat du monde contre Kell Brook, en Angleterre, en mars 2016.

À force d’être toujours dans le gym, de s’entraîner à fond et de taper dans le sac de sable, Kevin Bizier a fantasmé sur un retour dans le ring. Mais l’ophtalmologiste l’a vite ramené à la raison avec la possibilité toujours bien réelle de perdre l’usage de son œil gauche, advenant un choc important. Cette blessure avait forcé le boxeur de Saint-Émile à se retirer à contrecœur à la suite de son combat de championnat du monde contre Kell Brook, en Angleterre, en mars 2016. Le père de famille de 34 ans continue de suivre la boxe au Québec, il était à la conférence de presse mercredi, et se fait lui-même entraîneur au club Le Cogneur, fondé par son père. Son protégé le plus prometteur est assurément Wilkens Mathieu, âgée de 13 ans seulement, champion aux récents Gants dorés et frère benjamin du boxeur Lexson Mathieu, qui vient de passer pro.