Le pilote recrue monégasque Charles Leclerc, au volant d’une Sauber lente, a déjà terminé cinq fois parmi les 10 premiers depuis le début de la saison, ce qui laisse présager que son avenir est des plus prometteurs sur le circuit de la F1.

Charles Leclerc, une étoile montante

BUDAPEST — Quand la course de Charles Leclerc s’est terminée quelques instants seulement après le départ du Grand Prix de Hongrie, dimanche, il était difficile de le considérer comme l’étoile montante de la Formule 1.

Mais Leclerc, à sa première saison chez Sauber après avoir fréquenté la prestigieuse académie Ferrari, est présenté comme un futur champion de F1. Tout comme Max Verstappen, lui aussi contraint à l’abandon quelques tours plus tard lorsque sa Red Bull a connu un problème de moteur.

Les deux jeunes pilotes de 20 ans sont toutefois plus susceptibles de se retrouver au sommet du classement dans les années à venir, ayant déjà rivalisé l’un contre l’autre en karting.

«Pour être honnête, c’était très tendu pendant nos années en karting. On se dit bonjour dans le paddock [maintenant], mais nous ne sommes pas les meilleurs amis du monde, a déclaré Leclerc. Mais l’agressivité démontrée par Verstappen en F1 est plus ou moins la même que celle qu’il affichait en karting, ce qui fait de lui un pilote spécial.»

Si Verstappen revendique des records impressionnants à titre de plus jeune pilote à avoir remporté une course et à se qualifier parmi les deux premiers — à seulement 18 ans — Leclerc en est à ses débuts.

«Chaque fois qu’un jeune pilote arrive en F1, on le pointe du doigt en raison de son âge», a mentionné Leclerc, rencontré à bord du motorisé de l’équipe Sauber au Grand Prix de Hongrie. Je ne pense pas que ce soit juste. Tu devrais être jugé sur tes performances, pas sur ton âge.»

Les attentes grandiront encore davantage si Leclerc, originaire de Monaco, continue de démontrer le talent qu’il a affiché lors de certaines courses cette saison. Ces cinq résultats parmi les 10 premiers, dont une sixième place en Azerbaïdjan en avril, signifient qu’il marque régulièrement des points avec sans doute la voiture la plus lente.

Il ne considère pas l’âge comme pertinent, surtout après la victoire de la France à la Coupe du monde avec une formation de jeunes mettant en vedette Kylian Mbappé, un attaquant de 19 ans.

Mbappé a pour son dire que si vous êtes assez bon, vous êtes assez vieux. Questionné à savoir s’il est d’accord, Leclerc répond rapidement. «Oui, tout à fait, a-t-il dit. Je n’y pense même pas [à mon âge], je ne pense pas que je l’ai jamais fait.»

Partisan de la voiture rouge

Leclerc a regardé son premier Grand Prix de Monaco dans l’appartement familial surplombant la piste à seulement quatre ans. «Je me souviens que nous jouions avec des petites voitures tout en regardant la course, a déclaré Leclerc. J’étais un grand partisan de la voiture rouge, la Ferrari.»

Étonnamment, il a d’abord testé ses talents de pilote à trois ans et demi. C’était sur une piste de karting appartenant au père de Jules Bianchi, le prometteur pilote français décédé en juillet 2015 à l’âge de 25 ans, après un combat de plusieurs mois pour se remettre des blessures à la tête subies au Grand Prix du Japon.

Le père de Bianchi, Philippe, était un ami proche du père de Leclerc, Hervé, un ancien coureur de F3. Mais c’était Philippe qui tirait le jeune Charles autour du circuit.

«Bizarrement, je me souviens de mon premier tour. Nous avions attaché une corde à son kart, pour voir si j’avais les bons réflexes, que ce soit pour tourner à gauche ou à droite, se souvient Leclerc. Après le premier tour, nous avons enlevé la corde et j’ai continué tout seul.»

Un talent prodigieux s’était révélé.

Même s’ils ne sont pas du même âge, Leclerc s’est rapproché de Jules Bianchi, qui vivait à proximité de Nice. Bianchi a servi de mentor à Leclerc en karting junior. Leclerc a remporté le championnat de France en 2009 et il a ensuite affronté Verstappen, Pierre Gasly et Esteban Ocon, tous maintenant de prometteurs pilotes en F1.

Et au fur et à mesure que la réputation de Leclerc grandissait, son ami — autrefois lui aussi un jeune prodige — l’a aidé. «Jules est souvent venu à des courses. Il m’a aussi appris à ne pas laisser les choses me déranger, parce qu’il avait remarqué que c’était le cas, a déclaré Leclerc. Il y a sept ou huit ans, ma plus grande faiblesse était mon attitude. J’étais très émotif, mais j’ai travaillé très dur là-dessus et maintenant c’est l’un de mes points forts.»

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AFFECTÉ PAR LA MORT DE SON AMI BIANCHI

Charles Leclerc parle avec une maîtrise émotionnelle admirable de Jules Bianchi, dont la mort l’a profondément affecté. Il se souvient comment Bianchi a aidé sa carrière — et peut-être même l’a sauvé — en intervenant en son nom en 2010. Bianchi a parlé à son propre gérant — Nicolas Todt, le fils du président de la FIA Jean Todt — et l’a persuadé d’aider Leclerc.

«Nous voulions vraiment faire le [prochain] pas vers le karting international, mais les budgets ont été multipliés par 10 et ce n’était tout simplement plus possible, a déclaré Leclerc. Jules est allé voir Nicolas et a dit : ‘‘Regarde Charles, il pourrait t’intéresser, parce que s’il n’y a personne pour l’aider à la fin de l’année, il pourrait arrêter.’’»

Deux ans après avoir perdu son grand ami, Leclerc a perdu son père.

C’était peu avant le Grand Prix de F2 à Bakou et Leclerc n’a pas déclaré forfait. Au lieu de cela, il a décroché la position de tête et a gagné la course. «Je ne pensais pas pouvoir réussi une bonne performance, se souvient Leclerc. Mais j’ai été en mesure d’obtenir le meilleur résultat possible à sa mémoire.»

Leclerc a remporté le championnat de F2 avec panache l’année dernière et cela l’a propulsé en F1 à son premier essai.

Force intérieure

Avec ses traits de jeune garçon et sa personnalité calme, Leclerc cache bien sa force intérieure. La façon dont il parle ouvertement du décès de ses proches en est un bon exemple.

«Les pertes de Jules et puis — faisant brièvement une pause — de mon père m’ont rendu beaucoup plus fort mentalement. Quand vous allez disputer une course après avoir perdu votre père, ce n’est pas facile. Cela m’a donné une certaine autonomie qui m’aide maintenant.»

Un an avant son décès, Bianchi a terminé neuvième au Grand Prix de Monaco avec l’équipe Manor Racing. Au volant de la voiture la moins performante et sur la piste la plus difficile pour effectuer des dépassements en F1, ce fut un exploit remarquable et il était considéré comme un futur pilote Ferrari.

Et c’est maintenant au tour de Leclerc d’être l’objet d’une telle attention. Il se souviendra toujours de ceux qui l’ont aidé. «Jules m’a beaucoup aidé avec tous ses conseils. Mon père, il m’a aidé avec tout, a reconnu Leclerc. Dès le départ, il était mon plus grand partisan et m’a beaucoup appris de son expérience de pilote. Sans eux, je ne serais pas ici et je ne veux pas que les gens les oublient.» 

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