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À sa première campagne avec le Rouge et Or, Chanelle St-Amour a été élue la recrue par excellence au pays en basket.
À sa première campagne avec le Rouge et Or, Chanelle St-Amour a été élue la recrue par excellence au pays en basket.

Chanelle St-Amour: poser son sac à dos pour s’installer

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
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Sa carrière de basketteuse terminée, Chanelle St-Amour partit à la découverte du monde. Elle vécut en Angleterre, en Nouvelle-Zélande, en Australie et elle parcourut même le Chemin de Compostelle. Après avoir joué les globe-trotteuses pendant plusieurs années, elle eut cependant le goût de poser son sac à dos. Installée en France depuis trois ans, elle ouvrira bientôt un petit commerce baptisé Montréal-sur-Mer.

«Je m’ouvre un lieu de vie», lance l’ex-porte-couleurs du Rouge et Or de l’Université Laval qui habite à Soulac-sur-Mer. «Je vais avoir une petite cave à vin nature, du café, du sirop d’érable du Québec et je vais produire du pain au levain. Avant, j’avais toujours le goût de partir. Aujourd’hui, ça me fait du bien de m’enraciner, de pouvoir commencer à construire quelque chose et de pouvoir le partager avec les autres. Je suis rendue là.

«Je me suis baladée et j’ai travaillé dans plusieurs pays. Et j’y étais toujours un peu seule. Je savais que personne de ma famille n’allait débarquer que j’étais trop loin. Et à chaque fois que je déménageais, il fallait que je me refasse un réseau d’amis. Je vais enfin avoir un endroit où ma famille pourra venir me visiter et où toutes les personnes que j’ai croisées et avec qui je suis devenue amie pourront me trouver si jamais elles viennent un jour en France.»

C’est après avoir travaillé pour la cheffe Marie-Chantale Lepage, au restaurant MC Chef, que Chanelle avait décidé de prendre ses valises et de voir le monde. Quelques mois auparavant, après avoir tenté de mériter une place sur l’équipe canadienne de basket qui devait prendre part aux Jeux de Londres, la Québécoise s’était rendue à Londres en compagnie de son ex-coéquipière Sandrine Ducruc, pour travailler pour les Jeux. Et comme elle habitait non loin du stade où avaient lieu les matchs de basketball, elle en avait profité pour suivre assidûment les tournois.

«Je me suis dit que j’allais voyager d’une manière différence que je le faisais quand je jouais au basket alors que l’on était prise en charge de A à Z. Peu importe où on allait, tout ce que l’on voyait c’était le gymnase, le lieu où on dormait et peut-être un restaurant ou deux. J’ai donc pris mon billet d’avion et je suis partie. Je suis allée travailler un an à Londres où j’ai découvert l’univers du café spécialisé et où j’ai fait de très belles rencontres. Je suis ensuite partie pour la Nouvelle-Zélande où je suis allée visiter mon père que je rencontrais pour la première fois. J’ai aussi travaillé dans un café et c’est là que j’ai rencontrée ma conjointe, une Française qui était là en touriste. Comme ma sœur me manquait, j’ai ensuite passé un an à Vancouver et c’est après ça que je suis allée travailler à Melbourne, en Australie. Pendant tout ce temps-là, j’ai gardé contact avec cette personne que j’avais rencontrée en Nouvelle-Zélande. C’est quand j’ai quitté Melbourne que je l’ai rejointe en France. On s’est mariée il y a deux ans.»

Espoir convoitée

Originaire de Montréal, Chanelle et sa sœur jumelle Chloé avaient environ 13 ans quand elles furent identifiées comme faisant partie des plus beaux espoirs du Québec en basket ce qui leur ouvrit les portes du centre d’excellence situé à Lévis. 

«J’avais évidemment du talent, mais j’avais aussi une bonne éthique de travail et une bonne ouverture. À l’époque, je savais que j’avais beaucoup à apprendre. Et après toutes ces années, je me dis que c’est toujours le cas. C’est ce que n’a cessé de me répéter Linda Marquis tout au long de ma carrière. Elle me disait que avions un coffre à outils, que nous allions passer toute notre vie à le remplir et qu’il ne serait jamais plein.»

Chanelle évolua ensuite avec sa frangine avec les Dynamiques du cégep Sainte-Foy. C’est au niveau universitaire que les deux sœurs prirent chacune une tangente différente, Chanelle optant pour évoluer avec le Rouge et Or et Chloé pour les Thunderbirds de UBC.

«C’est certain que j’aurais aimé jouer avec Chloé au niveau universitaire, car j’adore l’avoir dans ma vie. Mais je pense que c’est très bien que l’on ait fait notre petit bout de chemin chacune de notre côté. On avait été ensemble toute notre vie. Être séparées à l’université nous a fait du bien. On s’est un peu découvertes comme personne dans cette relation qu’on a toutes les deux. La distance nous a permis de nous épanouir l’une et l’autre dans le sport au lieu de toujours être comparées.»

C’est couverte d’honneurs que Chanelle était arrivée à Laval. À sa dernière année avec les Dynamiques, elle avait été élue athlète de l’année du Cégep de Sainte-Foy, joueuse la plus utile de la Fédération québécoise du sport étudiant, joueuse la plus utile de l’Association canadienne du sport étudiant, joueuse par excellence de la Ligue collégiale québécoise, membre des équipes d’étoiles provinciale et canadienne et membre de l’équipe des Universiades en Thaïlande à l’été 2007.

Chanelle connut une première saison avec le Rouge et Or à la hauteur de son talent. Nommée joueuse par excellence de la saison au Québec, elle fut choisie la recrue par excellence en basket au Canada. Mais au terme de sa deuxième campagne à Laval, coup de théâtre, elle décida de quitter le Rouge et Or pour s’en aller jouer dans la NCAA avec Simon Fraser.

«Aujourd’hui avec pas mal de recul, je peux dire que ç'a été une erreur de quitter Laval. Parce que je n’ai même pas joué à Simon Fraser. J’ai pris une année sabbatique et j’ai trouvé du travail à Vancouver. Disons que ç'a été une décision plus ou moins réfléchie. Je suis revenue à Laval l’année d’après et j’ai essayé de réintégrer l’équipe. Mais même si ça s’est super bien passé, mon départ a quand même laissé de petites séquelles au niveau des relations. Je le regrette. Linda (Marquis), c’était ma maman du basket. C’est une femme qui a une très grande place dans mon cœur. Encore aujourd’hui, je pense énormément à elle même si on n’est pas beaucoup en contact. C’est un peu la vie qui fait ça. J’assume donc mon erreur.

«En même temps sur le plan personnel, ça m’a fait du bien de retrouver Chloé. Je l’ai dans la peau ma jumelle. Et nous avons la chance de nous entendre à merveille. Nous sommes pareilles même si en même temps, on est très différentes. Avant que j’aille passer du temps à Vancouver, on ne s’était vues qu’une seule fois. C’était à notre anniversaire, lors d’un tournoi à Ryerson. UBC y prenait part et Laval aussi.»

Aussi bonne que les jeunes

Il y a maintenant presque 10 ans que Chanelle a tourné la page sur sa carrière de basketteuse. Mais elle n’a pas remisé ses espadrilles pour autant, car il lui arrive régulièrement de se rendre au terrain de son quartier afin de jouer avec les jeunes

«Il y en a plusieurs qui ne comprennent pas comment une fille peut être capable de jouer au basket aussi bien qu’eux», lance-t-elle en riant. «C’est très drôle. Mais c’est comme ça ici en France. Il m’arrivait aussi d’aller jouer avec des jeunes au terrain Pigalles-Paris situé dans le 18arrondissement. Me retrouver sur le court me ramène toujours à l’essentiel. Le basket m’a construite. Il m’a permis de développer mon entregent, il m’a donné confiance en moi. Plus jeune quand j’étais sur un terrain, j’étais en contrôle. Je pensais que je pouvais tout faire. Et je n’ai jamais ressenti le feeling que j’avais quand je rentrais sur le court depuis que j’ai arrêté de jouer.

«Le basket, c’était aussi pour moi une famille. Partout où j’ai joué, mais plus particulièrement avec les Dynamiques et le Rouge et Or, il y avait un dynamisme d’équipe où tout le monde était complémentaire. Je marquais des points, c’était génial, je faisais des passes, ça l’était aussi. Mais je n’aurais rien pu faire si je n’avais pas eu des coéquipières autour de moi pour me passer le ballon ou pour recevoir mes passes. Le basket ça se joue à cinq sur le terrain, mais ça implique plus de gens parce qu’il y a les joueuses qui sont sur le long des lignes et l’équipe d’entraîneurs et les physios. C’est génial!»

Questionnée si elle regrettait de ne pas avoir tenté de jouer du côté de l’Europe, Chanelle répond non sans hésiter. Elle explique que si elle avait évolué sur le Vieux-Continent, elle n’aurait assurément pas voyagé comme elle l'a fait. Et elle ne serait pas là où elle est actuellement. «Une très belle place. Je crois que je suis simplement rendue là où je devais être.»

Même si elle est bien heureuse de s’être installée, la Québécoise ne cache pas toujours avoir la piqûre des voyages même si celle-ci s’est un peu atténuée avec les années. Elle ajoute que le fait de vivre en France lui permet d’avoir une grande proximité avec de nombreux pays et que celle-ci lui donne l’impression de voyager tous les jours.

«Si j’ai envie de prendre mon sac à dos pour aller quelque part, je le fais. Rien n’est impossible. La seule chose qui est différente, c’est que mes voyages sont plus réfléchis. Je ne pars plus juste à l’aventure.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Habitant maintenant en France, l’ex-basketteuse Chanelle St-Amour ouvrira bientôt un petit commerce baptisé Montréal-sur-Mer. Ce lieu de vie sera situé à Soulac-sur-Mer. La Québécoise y aura une petite cave à vin nature, du café, du sirop d’érable du Québec et elle y produira du pain au levain.

Q Fait marquant de ta carrière?

R Notre victoire (Dynamiques du cégep Sainte-Foy) au Championnat collégial canadien face aux Mystics de Mont-Saint-Vincent Truro (2009).

Q Performance marquante?

C’est celle que j’ai obtenue lors du match de ce Championnat canadien. J’avais marqué 21 points et j’avais été choisie joueuse par excellence du tournoi.

Q Personnalité marquante?

R Ma mère. C’est une femme qui est remplie de détermination et de passion. Elle nous a remplies d’amour. Tout cet amour que j’ai pour les gens, c’est quelque chose qu’elle m’a transmis

Q De quoi tu t’ennuies le plus?

R Je m’ennuie de ma famille et de mes amies, je m’ennuie de voir ces gens-là à tous les jours.

Q Ce qui ne te manque pas?

R L’échauffement dynamique avant les entraînements, se lever très tôt pour partir en tournoi, avoir mal le lendemain d’un match, entrer dans un bain de glace parce que ton corps n’en peut plus, mais tu sais qu’il en a encore pour le lendemain. Mais en même temps, c’était des moments de surpassement incroyables. C’est génial. Je pense qu’en prenant du recul, on réalise que toutes ces choses que l’on a peut-être un peu moins aimées sur le coup, ce sont celles qui font que l’on se rappelle encore plus de notre expérience.

Q Entraîneure marquante?

R Linda Marquis. Sa grande qualité, c’était son humanité. Elle était capable de comprendre ses athlètes. Et la porte de son bureau était tout le temps ouverte. On savait que l’on pouvait tout le temps cogner à sa porte. Pis peu importe ce que l’on vivait, on savait qu’elle serait là pour nous. Elle ne nous disait non pas ce que l’on voulait entendre et pas nécessairement ce que l’on avait besoin d’entendre. Elle nous disait les choses telles qu’elles étaient. Elle le faisait sans mettre de gants blancs. Donc des fois, la conversation était plus agréable et des fois elle était un peu plus compliquée. Ce que j’ai appris, c’est qu’à partir du moment où on se dit que l’on a tous un bon fonds, toutes les conversations deviennent possibles à condition de bien formuler ce que l’on a à dire. C’est un art de communiquer et Linda l’avait. Et c’est quelque chose que je veux reproduire dans ma vie 

Q Fait cocasse que t’ont appris tes voyages?

R Je suis pas mal certaine qu’à travers deux personnes, je connais la planète terre. La première année que j’ai vécue en France, j’ai voulu découvrir le pays. Je partais donc en week-end et j’allais faire des petites découvertes. Un moment donné, je me suis ramassée dans le nord de la France, dans un endroit qui s’appelle Trouville où à travers un contact d’un ami d’un ami, je suis tombée sur un monsieur, un ancien volleyeur. Il avait des trophées et des trophées de volleyball. Je savais que Gino Brousseau avait joué en France. J’ai demandé au monsieur s’il connaissait Gino. Je me suis retrouvée à regarder des photos de Gino sur des terrains de volleyball de sable ici en France. J’en revenais pas, j’avais mon voyage. Ça m’a suivie toute ma vie cette histoire-là.

Q Dans 10 ans?

R Là où je dois être parce que je fais un peu confiance à la vie.

Q Rêve?

R C’est de voir mon monde venir me visiter. J’ai des amies de Montréal et de Québec qui ont assisté à mon mariage. Elles sont venues en famille avec leurs enfants. C’était génial. Ça m’a énormément touchée que ces gens-là prennent de leurs vacances, de leur temps et de leur argent pour venir passer deux semaines en France pour me voir pendant une journée finalement. Mon rêve, c’est que mes amis qui viendront en France prennent la peine de venir jusque chez moi pour pénétrer dans mon lieu que je suis en train de créer, un truc que j’aimerais pérenniser. J’ai passé une bonne partie de ma vie à aller vers les gens et là, j’ai hâte que les gens commencent à revenir vers moi.