Ces kilos en trop qui menacent les sportifs à la reprise

RENNES — Gare au verdict de la balance! Joueurs de soccer et autres sportifs de haut niveau risquent l’effet yo-yo au terme du confinement, lorsqu’il leur faudra retrouver un poids de forme après plusieurs mois d’activité réduite.

Si les bourrelets de Maradona, Adriano, Ronaldinho, André-Pierre Gignac ou Antonio Cassano sont restés dans les annales, il n’est pas rare que des joueurs accusent quelques kilos en trop au retour des vacances.

Mais cette fois, c’est moins les soirées caïpirinha en boîte de nuit que les entraves à l’entraînement et les délices de la cuisine familiale qui menacent, comme l’a résumé Aaron Ramsey, milieu de terrain gallois de la Juventus Turin.

«Je suis le programme de travail que le club nous a envoyé, mais ce n’est pas la même chose qu’un entraînement collectif. Je dois faire attention à ne pas grossir. Ma femme aime cuisiner et moi j’aime manger, c’est une combinaison dangereuse. À la maison, nous avons beaucoup de biscuits pour les enfants et je les goûte à chaque fois que je prends du thé».

Avec la dégradation de l’entraînement et le maintien de l’apport calorique, les sportifs risquent à la fois une perte musculaire et une augmentation de la masse graisseuse, un cumul redouté par Xavier Frezza, préparateur physique travaillant avec des footballeurs professionnels.

«Ils gèrent bien» 

«Les athlètes font beaucoup de sport, donc ils ont une alimentation assez riche, liée à leur activité. Si leur activité est plus +light+ - ce qui est le cas ici - et qu’ils gardent le même régime alimentaire, c’est le piège. On peut vite prendre un peu de poids, combiné à un manque de forme», explique-t-il.

La menace est particulièrement sérieuse pour les sportifs aux régimes conséquents pour alimenter des entraînements intenses, comme par exemple les nageurs.

«Le gros problème pour moi, c’est la nourriture, parce que je suis un gros mangeur. Mais quand on fait moins de sport et qu’on se dépense moins», confiait Florent Manaudou à l’AFP en début de confinement. «J’ai envie de me maintenir en forme parce je sais que sinon, le retour dans l’eau sera difficile».

À l’inverse, nombre d’athlètes ont l’habitude de faire attention à leur poids, que ce soit pour maintenir leur niveau de performance, pour se conformer aux standards dans les sports où l’esthétique compte, ou tout simplement pour être autorisés à concourir dans les sports à catégories de poids, explique Eve Tiollier, nutritionniste à l’Insep, la pépinière du sport français.

«Pour le moment, ils gèrent bien et l’indicateur qu’on a -- le poids --, reste relativement stable. Ils ont tous un programme d’entraînement, et je n’ai pas de signe que l’anxiété et l’ennui liés à la situation aient un impact majeur sur leur comportement», ajoute-t-elle.

Non au régime

«Après on verra ce qu’il en est vraiment au moment où ils vont sortir», parce que l’important n’est pas tant le poids que la répartition entre masse musculaire et masse grasse, qui peut se déséquilibrer sans pour autant modifier le total sur la balance. La reprise s’en trouve alors handicapée par un risque de blessure accru et par la nécessité d’un régime qui vient puiser dans les forces de l’athlète.

Pour Jean-Jacques Menuet, médecin de l’équipe cycliste Arkea-Samsic, les coureurs doivent conserver «un poids qui sera compatible avec la reprise des courses». Mais «j’autorise la prise d’un, deux ou trois kilos, on sait qu’on peut retrouver un poids de forme, progressivement, pendant les cinq, six semaines qui précéderont la reprise des courses».

Le confinement est une sorte d’intersaison forcée qui peut permettre de profiter d’une alimentation plus variée que ce que les coureurs ont pendant les courses, où ils mangent essentiellement du jambon, des pâtes et de la dinde.

«Là, je leur fais découvrir des légumes nouveaux, des recettes nouvelles. Certains antioxydants, le zinc, certaines vitamines, en particulier la vitamine D, ont des propriétés qui stimulent les défenses immunitaires», explique-t-il.

Mais gare à tomber dans l’excès inverse, prévient Eve Tiollier. «Il y en a qui veulent profiter de cette période pour s’assécher un peu. Alors là le message est plutôt de dire qu’il faut faire attention. On sait que les déficits énergétiques font partie des situations qui peuvent fragiliser le système immunitaire. Ce n’est pas le moment».