La directrice adjointe du développement des joueurs des Maple Leafs, Hayley Wickenheiser

Ces femmes qui changent le visage de la LNH

BUFFALO — La nature compétitive de Kim Pegula a pris le dessus lorsque le sujet de l’embauche d’Hayley Wickenheiser par les Maple Leafs de Toronto a été amené sur le tapis.

Aussi impressionnée fut-elle par le geste historique posé par les Leafs en août, la présidente des Sabres de Buffalo n’a pu s’empêcher de se demander comment son rival l’avait battue de vitesse en faisant d’Hayley Wickenheiser la première femme à occuper un poste au sein des opérations hockey d’une équipe de la LNH.

«Zut !», a lancé Pegula, en riant. «J’espérais être la première à le faire.»

Puis, la première femme présidente d’équipe de la LNH est devenue plus sérieuse.

«Non, j’étais très heureuse de voir ça. Ça faisait longtemps que nous étions dus», a dit Pegula. «Cela aura des effets à long terme.»

Wickenheiser, elle, s’est montrée amusée lorsqu’elle a été informée de la réaction initiale de Pegula, espérant que d’autres équipes comme les Sabres suivront l’exemple des Maple Leafs en brisant le plafond de verre.

«C’est une bonne chose», a estimé Wickenheiser, la quintuple athlète olympique et l’une des hockeyeuses les plus décorées du hockey.

«Je ne vois pas pourquoi on ne retrouverait pas davantage de femmes dans d’autres positions comme celle-là dans le futur», a estimé la directrice adjointe du développement des joueurs des Maple Leafs.

Depuis son embauche, l’organisation a ajouté à son personnel Noelle Needham, agente au niveau amateur, qui est seulement la troisième femme à occuper ce poste dans l’histoire de la ligue, raffermissant l’idée que la LNH accueille de plus en plus de femmes dans des rôles-clé.


« Le hockey est un sport très traditionnel, très “vieille école”, à plusieurs égards. Et le leadership de la nouvelle génération ne pense pas de la même manière que celui de la vieille école. Cela témoigne de l’évolution de la société. Le hockey ne fait que suivre la parade. »
Hayley Wickenheiser, directrice adjointe du développement des joueurs, Maple Leafs de Toronto

«Je pense que ce sont des facteurs comme le respect, le courage, le rejet de la tradition et une pensée finalement plus ouverte qui expliquent pourquoi ce fut si long», a estimé Wickenheiser.

«Le hockey est un sport très traditionnel, très “vieille école”, à plusieurs égards. Et le leadership de la nouvelle génération ne pense pas de la même manière que celui de la vieille école», a-t-elle ajouté.

«Cela témoigne de l’évolution de la société. Le hockey ne fait que suivre la parade.»

Des percées sont également faites dans les bureaux de la Ligue nationale. Au cours des deux dernières années, la LNH a embauché Heidi Browning à titre de vice-présidente marketing, et Kim Davis en tant que vice-présidente exécutive de la portée sociale, des initiatives de croissance et des affaires législatives.

Le commissaire de la LNH Gary Bettman insiste d’ailleurs sur l’importance d’encourager la diversité dans une ligue où les amateurs sont divisés de façon presque égale entre les hommes et les femmes.

«Nous voulons que nos équipes et notre ligue engagent les gens les plus qualifiés. Mais nous voulons aussi considérer les candidats de tous les horizons», a dit Bettman à l’Associated Press.

«La diversité est une force sous toutes ses formes. Alors que nous continuons d’évoluer et de grandir, miser sur les ressources de différentes personnes avec des expériences et des profils différents rendra notre sport plus fort.»

Wickenheiser a longtemps critiqué le manque de diversité de la LNH, particulièrement en ce qui a trait à l’embauche de femmes par comparaison avec les autres ligues professionnelles majeures nord-américaines.

La présidente des Sabres de Buffalo, Kim Pegula

La LNH rattrape finalement son retard, ce qui fait dire à Wickenheiser : «Si vous n’engagez que des hommes blancs, vous vous privez sûrement de talent».

Les qualifications de Wickenheiser sont difficiles à égaler, que ce soit par un homme ou une femme. L’athlète de 40 ans, qui a pris sa retraite en janvier 2017, a remporté quatre médailles d’or et une médaille d’argent olympiques, et mène dans les statistiques des jeux d’hiver avec 18 buts et 51 points.

Présentement étudiante en médecine à l’Université de Calgary, Wickenheiser a accepté d'emblée l’offre du directeur général des Maple Leafs Kyle Dubas de servir de mentor pour les espoirs de l’organisation, dans l’Ouest du Canada et lors de présences mensuelles à Toronto.

Elle admet toutefois qu’il y a une pression additionnelle sur elle pour réussir dans ses nouvelles fonctions.

«Je pense que ce serait idiot d’ignorer ce fait. Alors oui, je ressens cette attente», a-t-elle convenu.

En même temps, cette pression n’est pas différente de celle affrontée pendant sa carrière de 23 ans sur la scène internationale et dans diverses ligues masculines.

«C’est très naturel pour moi», dit-elle. «Il y a quelque chose d’un peu désarçonnant dans ça qui, d’une certaine façon, ouvre plus facilement la conversation. Ils savent que je ne suis pas une menace pour eux parce que je suis de leur côté.»

Et la suite?

À moyen terme, Wickenheiser entrevoit de nouvelles opportunités dans la LNH pour les femmes, que ce soit chez les officiels, les entraîneurs ou les gestionnaires d’équipe.

«Tout est possible», a-t-elle laissé tomber, avant d’éclater de rire, lorsqu’on évoque la prochaine étape pour elle.

«Honnêtement, je n’y ai pas pensé du tout. J’essaie seulement de passer à travers la journée !»