Larry Nassar a écouté jeudi les victimes lui raconter la détresse qu'elles avaient vécue à cause de lui.

«Ce n’était pas un médecin. C’était un pédophile»

CHICAGO — Les championnes olympiques Jamie Dantzscher et McKayla Maroney ont confié à leur tour jeudi au tribunal leurs éprouvants témoignages contre Larry Nassar, l’ancien médecin de l’équipe de gymnastique des États-Unis accusé d’agressions sexuelles sur plus de 100 anciennes athlètes.

La sentence du praticien, qui risque la perpétuité, pourrait être prononcée dès vendredi.

«J’ai cru mourir cette nuit-là», a déclaré McKayla Maroney dans un témoignage écrit, lu au tribunal par le procureur. La sportive évoquait un voyage à Tokyo quand elle avait 15 ans. Elle accuse Larry Nassar de lui avoir à l’époque donné un somnifère. Quand elle s’est réveillée, le médecin était en train d’abuser d’elle.

«Ce n’était pas un médecin. C’était un pédophile. Il m’a laissé des cicatrices mentales qui ne partiront jamais», a ajouté la jeune femme aujourd’hui âgée de 22 ans, qui affirme que le médecin l’a agressée pendant des années.

La Fédération américaine de gymnastique n’était revenue que la veille sur sa décision, qui avait fait scandale, d’empêcher la jeune femme de s’exprimer publiquement sur ces abus sexuels. Elle invoquait l’accord d’indemnisation de 1,25 million $ signé avec la famille Maroney en décembre 2016, dans lequel l’ancienne gymnaste s’était engagée à ne pas s’exprimer sur l’affaire, sous peine de devoir payer une amende de 100 000 $.

Parmi les premières à avoir accusé publiquement le médecin, Jamie Dantzscher, elle, s’est adressée directement au médecin dans la salle d’audience.

«Tu m’as manipulée pour que je crois que tu étais gentil et que tu m’aidais pendant que tu m’agressais sexuellement, encore et encore et encore, pour ton seul plaisir sexuel tordu», a lancé la femme de 35 ans.

Larry Nassar, âgé de 54 ans, a plaidé coupable d’agressions sexuelles. Il avait déjà été condamné début décembre à 60 ans de réclusion pour détention de matériel pédopornographique dans un volet annexe de la procédure.

Juge indignée

L’émouvante litanie des victimes, souvent en larmes, résonne dans ce tribunal de Lansing, au Michigan, depuis mardi.

Assurant craindre pour sa santé mentale s’il était forcé d’écouter tous leurs témoignages, le médecin a demandé à la juge Rosemarie Aquilina d’être excusé. Cette dernière lui a répondu publiquement durant l’audience, d’un ton indigné : «Passer quatre ou cinq jours à les écouter n’est rien du tout par rapport aux heures de plaisir que vous avez pris à leurs dépens, en détruisant leur vie».

Parmi ses victimes figurent certains des plus grands noms de la gymnastique américaine contemporaine, dont les médaillées d’or par équipe Simone Biles, Aly Raisman, Gabby Douglas et McKayla Maroney.

Pendant que les témoignages s’enchaînaient au tribunal jeudi, le journal local The Detroit News a affirmé qu’au moins 14 responsables de l’Université du Michigan, qui employait Larry Nassar, avaient eu vent d’accusations d’agressions sexuelles dès 1997.

L’Université a licencié M. Nassar en septembre 2016, quand des accusations ont été rendues publiques. «Toute suggestion que l’Université ait pu couvrir la conduite atroce de Nassar est tout simplement fausse», a réagi son porte-parole Jason Cody, dans un communiqué.

Jeudi également, la Fédération américaine de gymnastique a décidé de mettre fin à son partenariat avec le célèbre centre d’entraînement national, connu sous le nom de ranch Karolyi, où Larry Nassar a commis des agressions sexuelles.