Catrine Lavallée a vécu le «blues» des Jeux

Difficile d’imaginer Catrine Lavallée sans son sourire contagieux. Mais pendant les deux semaines qui ont suivi ses Jeux olympiques, son visage s’illuminait plus rarement.

Appelons ça le blues post-olympiques. La spécialiste des sauts a révélé mercredi en avoir été victime, à son retour de Corée. «Pendant deux semaines, j’étais dans mon lit et je les entendais encore, les Jeux. J’ai passé deux semaines à dormir et à manger, that’s it!» raconte en riant la sympathique athlète, rencontrée pendant une soirée organisée par Excellence sportive Québec-Lévis pour honorer les olympiens de le région.

Lavallée est née à Montréal, mais elle s’entraîne à Québec avec toute l’équipe de ski acrobatique. À PyeongChang, ses premiers JO en carrière, elle a décroché une 19e place. Aux Jeux, dit-elle, on ressent non seulement la pression de bien faire, mais aussi celle vécue par les compatriotes, en particulier les espoirs de médaille. Au milieu de ce tourbillon d’émotions, de cette vie irréelle, «tu te sens petit», souligne-t-elle.

Et cette impression, au retour, d’être vidée bien plus que physiquement. Soudainement, les décisions quotidiennes ont des allures d’obstacles. «Juste choisir mon souper… je ne pouvais pas, ça me faisait pleurer. Je disais : “toi maman, choisis”. Je redevenais comme une enfant : trois repas par jour, dormir huit heures...» raconte candidement Lavallée, qui a eu un ras-le-bol de la nourriture coréenne. «Pâté chinois avec du ketchup, ç’a été mon best quand je suis revenue.»

Très vite, Lavallée a repris le dessus, constatant au passage à quel point elle en avait arraché pour un temps. «C’est quand tu commences à aller mieux que tu te rends compte que t’allais moins bien. On dirait que tu reprends de la couleur», affirme-t-elle, sourire à l’appui.

Plus facile pour d’autres

Soyons transparents : le blues post-olympiques n’est pas un passage obligé. D’ailleurs, de tous les athlètes rencontrés mercredi soir par Le Soleil, seulement deux ont admis avoir connu une forme de creux de vague.

Lewis Irving n’a vécu que du bonheur en revoyant ses proches, à son retour.

Alex Harvey a connu une fin de saison à paliers, trois arrêts de la Coupe du monde de ski de fond lui permettant un atterrissage en douceur.

Laurie Blouin admet ne pas être retombée de son nuage depuis sa conquête de la médaille d’argent en slopestyle.

Laurent Dubreuil est monté sur le podium aux Mondiaux de patinage de vitesse la semaine suivante, avant de voyager au Japon, où il s’est fiancé avec sa copine.

Alex Beaulieu-Marchand, médaillé de bronze en slopestyle, en a profité pour skier par plaisir, pour lui.

Anne-Marie Comeau a vite repris ses études et son entraînement de course à pied, l’autre sport de prédilection de la fondeuse.

Reste Lavallée. Et Philippe Marquis, dont les lendemains olympiques se sont transformés en période de réhabilitation, lui qui a été opéré pour une déchirure du ligament croisé. Cette fameuse blessure majeure au genou, malgré laquelle il a participé à la finale des bosses.

«Pendant une semaine ou deux, j’étais dans mon salon, pratiquement immobile. Et je savais que mes coéquipiers étaient en Coupe du monde, à finir leur saison. J’étais content d’avoir vécu le rêve olympique, mais c’était plate d’être à la maison, assis à regarder du sport», a raconté le bosseur de bientôt 29 ans, qui laisse la porte ouverte à un retour à la compétition, la saison prochaine.

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LA SAISON D'IRVING COMPROMISE

Lewis Irving (photo) devra sans doute faire une croix sur sa saison 2018-2019. Le sauteur acrobatique doit être opéré à la hanche en octobre, et les six mois de convalescence nécessaires l’empêcheront de s’élancer du haut des pistes. Mais l’athlète de Charlesbourg faisait contre mauvaise fortune bon cœur, mercredi soir. «Non, ce n’est pas décourageant. Ça va juste faire en sorte que je vais pouvoir sentir que, physiquement, tout sera replacé pour revenir plus fort que je ne l’ai jamais été», a souligné le rouquin de 22 ans, qui a subi des injections de cortisone tout au long de la dernière campagne pour pallier aux malaises. Ce qui ne l’a pas empêché de décrocher une médaille de bronze dès la première Coupe du monde de la saison. Irving avait subi cette blessure à Deer Valley, en février 2017, lors d’une chute spectaculaire. À PyeongChang, il a terminé au 24e rang. 

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HARVEY A «DIGÉRÉ» SA QUATRIÈME PLACE

Alex Harvey a fait la paix avec sa quatrième place au 50 km des Jeux olympiques. Au terme d’une course fantastique l’ayant laissé au pied du podium, le fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges avait évacué sa tristesse d’être passé si près du but. Mais le temps arrange les choses. «Je l’apprécie maintenant. J’ai fait ce que je voulais faire. Je ne pouvais pas demander ben ben plus que ça. C’est une de mes meilleures courses en carrière. Je l’ai vraiment digérée», a expliqué Harvey. Il se dit choyé par les accolades reçues depuis sa performance à PyeongChang. «J’ai l’impression d’avoir plus de reconnaissance en finissant quatrième que si j’avais fini troisième. C’est vraiment bizarre. Mais les gens comprennent que chaque sport a sa réalité et [connaissent] l’historique du ski de fond au Canada», a ajouté le champion du monde en titre sur 50 km, qui ira s’entraîner en Norvège, en août.