Après une carrière en badminton qui l’a menée jusqu’à l’équipe nationale, Caroline Thorn travaille aujourd’hui en géomatique pour le gouvernement.

Caroline Thorn: sortir de sa coquille

Le jour où elle a accroché sa raquette pour tourner la page sur sa carrière en badminton, Caroline Thorn n’a jamais regardé en arrière. Consciente que sa «nouvelle» vie allait être différente de celle qu’elle avait vécue jusque-là, elle ne se doutait pas que ce changement de cap allait provoquer une transformation majeure de sa personnalité.

«C’est comme si j’avais commencé une nouvelle vie», explique l’ex-athlète ayant pris sa retraite au début de la vingtaine. «Faire du social, rencontrer des gens de mon âge qui vivaient pleins de trucs, ça m’a changée et m’a donné comme un envol vers autre chose. Moi qui étais tellement introvertie, j’ai commencé à sortir de ma coquille.»

L’ex-joueuse avoue que toutes les années passées dans le sport avaient probablement été le prélude à son changement de personnalité. «Le sport, ça te sort de tes pantoufles. Tu es constamment challengée. Je me rappelle les partys plus guindés des championnats canadiens. Quand j’arrivais là, je me sentais mal à l’aise au point de vouloir m’en aller. Mais il fallait que je reste.»

C’est après avoir raté sa qualification pour les Jeux de Barcelone que Caroline a amorcé la réflexion qui allait la convaincre de se retirer. Consciente qu’elle avait encore plusieurs bonnes années devant elle, l’ex-joueuse a réalisé que son désir de gagner n’était plus là. «Je n’étais pas celle qui s’entraînait le plus. J’étais plus le genre à me fier à mon talent pour demeurer à mon niveau. J’ai réalisé que ce que j’aimais, c’était jouer et que j’avais peut-être un peu de difficulté à gérer la pression.»

La Québécoise a aussi ressenti le besoin de retrouver un certain équilibre. Se demandant quelle tangente prendrait sa vie après le badminton, elle a senti l’urgence de préparer son avenir. Après s’être demandé dans quel domaine elle aimerait retourner étudier, elle a choisi une technique en géomatique, une spécialité dans laquelle étudiait un de ses coéquipiers de l’équipe nationale.

La transition de Caroline entre sa carrière d’athlète et sa nouvelle vie s’est faite sans heurts. D’abord parce que toutes les amies avec qui elle avait évolué avaient déjà mis fin à leur carrière. «Et puis parce que j’ai commencé ma technique et que rapidement, j’ai travaillé. J’ai connu plein de gens avec qui j’ai pu pratiquer socialement plein de sports et faire plaisir à mon côté musical en assistant à plein de spectacles. Je ne me suis donc pas du tout ennuyée du badminton. Je n’y au fait jamais rejoué sauf occasionnellement pour le fun avec mon garçon de 12 ans.»

François-Bourrin

Caroline s’était initiée au badminton alors qu’elle était en secondaire un à François-Bourrin. Elle y a d’abord joué sur l’heure du dîner. Rapidement, l’équipe de son école l’a remarquée et recrutée. «J’avais joué au baseball. Je lançais bien. Et on retrouve le même mouvement en badminton. Mon évolution a été rapide. Alors que j’étais en secondaire trois, à seulement 14 ans, j’ai gagné mon premier championnat canadien (juvénile). J’ai fait la même chose au niveau junior.»

Après s’être entraînée au PEPS en compagnie des meilleurs athlètes de la région, Caroline s’est expatriée à Calgary afin de rejoindre l’équipe nationale et augmenter ses chances de prendre part aux Jeux olympiques. On connaît la suite...

«Je n’ai jamais eu de regret d’avoir mis le badminton de côté ou de ne pas être allée aux Jeux. J’ai donné ce que j’avais à donner et j’ai fait ce qu’il fallait faire. Mes regrets, ils sont peut-être au niveau de ma personnalité. Ç’a fait en sorte que je n’ai jamais gardé contact avec les personnes que j’ai côtoyées dans les autres pays. Ça aurait peut-être été le fun si je l’avais fait. Mais je ne peux pas changer le passé.»

Aujourd’hui spécialiste dans la gestion spatiale des éléments du territoire (géomatique), Caroline travaille dans le secteur des mines pour le gouvernement. En charge d’une petite équipe, son expérience sportive lui sert quotidiennement. Mais si quand elle amorce un projet, c’est avec le désir de bien le faire et de donner son 100 %, elle n’a plus le besoin de la performance à tout prix.

«Je veux bien performer tout en me respectant et en respectant les autres. C’est comme ça dans mon travail, mais aussi dans le sport où je n’ai plus rien à prouver. Maintenant, c’est le plaisir qui compte. Faire un 5 km de course pour prouver que je peux le faire, ça ne me tente pas.»

En ce qui a trait au badminton, Caroline demeure sur ses positions. Elle ne ressent pas le goût d’y rejouer. D’abord parce qu’elle n’est pas assez en forme pour évoluer au niveau où elle était. Mais aussi parce qu’après s’être blessée au tendon d’Achille, elle ne peut plus pratiquer certaines activités. Mais a-t-elle définitivement fermé la porte au badminton au point de ne pas faire profiter aux plus jeunes de son expérience?

«Si l’opportunité se présentait et si ça entrait dans mon horaire, je ne dirais peut-être pas non.. Il faudrait cependant que je me remette à jour dans les règlements et tout ça. Mais pour le moment, ma priorité, c’est ma famille. On verra donc.»

+

QUESTIONS/RÉPONSES

Q Fait marquant

R Ma première victoire au championnat canadien. Peut-être parce que ma mère est décédée un mois plus tard. C’est le seul qu’elle a vécu avec moi.

Q Ce qui te manque le plus

R Le côté social et les voyages en groupe. Aller au championnat canadien dans un autobus rempli à craquer, les chambres d’hôtel où on s’entassait, les nuits blanches. On était un peu insouciants dans ce temps-là. J’avais de la pression... mais pas tant que ça. L’affaire la plus trippante, c’était ça.

Q Ce qui te manque le moins

R Les matchs à 23h quand tu es arrivée dans le gymnase le matin.  

Q Personnalité marquante

R Mon père. Il a fait le taxi et il s’est aussi impliqué dans l’équipe à François-Bourrin. Il a été là tout le temps. Ma mère est décédée quand j’avais 14 ans. Il a donc été tout seul après. C’est certain que son implication m’a aidée dans mon cheminement.

Q Idole de jeunesse

R Je n’avais pas vraiment d’idole. Mais j’aimais le hockey. Je regardais les matchs Canadien-Nordiques dans les chambres d’hôtel.

Q Si tu n’avais pas joué au badminton

R J’aurais joué au hockey. C’est un sport le fun à jouer.

Q Dans 10 ans

R Je me vois un peu comme je le suis aujourd’hui. Et je me vois aussi prendre plus de temps pour moi, pour voyager. Et j’espère être en forme. 

Q Rêve

R Un beau voyage en famille avec les enfants. On s’est toujours dit que l’on irait à Paris. Pourquoi Paris? La Tour Effel, c’est un emblème pour les enfants et aller la voir, on aimerait pas mal ça.