Avant la LNH, Daniel Carcillo a connu les humiliations quotidiennes réservées aux recrues du Sting de Sarnia. «Ce sport et cette culture m’ont enlevé beaucoup de choses dans la vie, dénonce-t-il. Je veux juste m’assurer que les gens comprennent cette réalité.»

Carcillo révèle l’intimidation dont il a été victime dans les rangs juniors

Daniel Carcillo en a assez. Il en a assez de devoir se taire, de devoir protéger des gens qui l’ont fait souffrir.

En deux longs gazouillis, l’ancien joueur de hockey a choisi de dénoncer l’intimidation dont il a été victime à sa première année dans la Ligue de hockey de l’Ontario (OHL) avec le Sting de Sarnia, en 2002-2003, alors qu’il n’avait que 17 ans. «C’était la pire année de ma vie. Et j’ai été enrôlé dans la LNH et j’ai réalisé mes rêves», a déclaré Carcillo, lundi.

Âgé aujourd’hui de 33 ans, l’ancien choix de troisième ronde des Penguins de Pittsburgh en 2003 a éprouvé le besoin de raconter son expérience après avoir entendu parler d’une agression sexuelle présumée impliquant des athlètes du St. Michael’s College, une école privée réservée aux garçons à Toronto, qui a été filmée. L’Ontarien a cru qu’il serait bien de partager son histoire dans le cadre de la Semaine de sensibilisation à l’intimidation de Twitter.

Sur son compte vérifié, Carcillo a raconté avoir été battu quotidiennement avec le bâton d’un gardien de but. Il a également décrit ce qu’il a nommé le «shower train» : les recrues étaient obligées de s’asseoir dans la douche alors que les vétérans urinaient ou crachaient du tabac à chiquer sur eux ou à proximité, leur jetant parfois de la crème à raser.

Point de non-retour

Carcillo a décrit d’autres scènes choquantes à La Presse canadienne, notamment celle où il a été forcé à cueillir des pommes dans une glacière remplie de déchets — notamment de pizzas —, d’urine et de crachats. «Je ne peux pas m’empêcher de partager ces histoires. Ce sport et cette culture m’ont enlevé beaucoup de choses dans la vie. Je veux juste m’assurer que les gens comprennent cette réalité. Que les parents comprennent ce qui se passe réellement et que cela se produit bien plus souvent que le simple fait que j’en parle.»

Carcillo a déclaré qu’il avait atteint un point de non-retour en 2003 lors d’un voyage de 45 minutes entre Sarnia et London dans un autobus nolisé lorsque six ou sept autres recrues et lui ont été enfermés, torse nu, dans les toilettes pendant que des vétérans crachaient leur tabac à chiquer à travers un orifice d’aération.

Durant cette saison-là, Carcillo a contacté David Branch, le commissaire de la OHL. Un porte-parole de la ligue a déclaré que Branch avait attiré l’attention des groupes de propriétaires et de gestionnaires de Sarnia sur cette situation et qu’il avait commencé à imposer de lourdes amendes aux équipes au sein desquelles les joueurs vivaient du har­cèlement.

En octobre 2005, Moe Mantha, des Spitfires de Windsor, a notamment écopé d’une suspension d’un an en tant que directeur général et d’une suspension de 25 matchs à titre d’entraîneur pour un incident de harcèlement mettant en cause plusieurs de ses joueurs.

L’entraîneur dit ne pas avoir su

Jeff Perry, l’entraîneur-chef de l’équipe de Sarnia en 2002-2003, s’est dit déçu de ses joueurs vétérans lorsqu’il a lu les allégations de Carcillo, le week-end dernier. «Nous ne savions certainement pas que qui se passait à l’époque. Il n’y a aucune raison pour que le Sting de Sarnia, le groupe de gestion ou le personnel d’entraîneurs aient soutenu ces gestes si ces allégations sont vraies. [...] C’est certainement inquiétant d’entendre que ces événements ont probablement eu lieu.»

Carcillo a cependant insisté sur le fait que Perry était au courant du traitement auquel il avait été soumis, ainsi que d’autres recrues. «Pour être honnête, j’aime bien Jeff. C’est vrai. Je ne le blâme pas. Je blâme les gars qui m’ont fait ça. Je suis passé par-dessus ça. Je ne veux pas gâcher la vie de ces gars parce que certains d’entre eux sont encore reliés au hockey mineur.»

Au moment des faits allégués, les frères Rob et Larry Ciccarelli étaient propriétaires du Sting. En janvier 2015, l’équipe a été vendue à Derian Hatcher et David Legwand, anciens joueurs de la LNH.

Carcillo fait partie d’un recours collectif contre la LNH pour le traitement des blessures à la tête. Un règlement provisoire de 18,9 millions $US a été annoncé le 12 novembre.