Sergei Zubov, (gauche à droite) Hayley Wickenheiser, Jim Rutherford, Vaclav Nedomansky et Guy Carbonneau sont les nouveaux intronisés au Temple de la renommée

Carbonneau et Wickenheiser au Temple

TORONTO — Pendant 16 ans, chaque fois que Guy Carbonneau faisait passer le calendrier au mois de juin, il se posait des questions.

En 19 saisons, Carbonneau a gagné trois fois la Coupe Stanley et il a remporté à trois reprises le trophée Selke, remis au meilleur attaquant défensif de la LNH.

Est-ce que sa feuille de route allait toutefois être assez remplie pour qu’il puisse être intronisé au Temple de la renommée du hockey?

«Tu t’asseois et tu regardes ce que tu as accompli, a mentionné Carbonneau. Les Coupes Stanley y étaient, les trophées Selke aussi, tout comme le reste.»

Alors que d’autres grands joueurs tiraient leur révérence, Carbonneau se faisait constamment pousser au bas de la liste.

«Il y a quelques années au cours desquelles tu te dis que tu as une chance, a-t-il ajouté. Et il y a d’autres années que tu sais que ce ne sera pas le cas.»

La nouvelle que Carbonneau attendait depuis longtemps est survenue en juin, quand le président du Temple, Lanny McDonald, l’a informé qu’il faisait partie des intronisés de 2019.

Originaire de Sept-Îles, Carbonneau sera immortalisé en compagnie de la joueuse étoile canadienne Hayley Wickenheiser, le défenseur offensif Sergei Zubov et la légende tchèque Vaclav Nedomansky, lundi soir.

Le directeur général des Penguins de Pittsburgh Jim Rutherford et le légendaire entraîneur-chef de l’Université Boston College Jerry York seront quant à eux admis en tant que bâtisseurs.

Wickenheiser est la seule personne admissible dès sa première année à être sélectionnée par les électeurs. Elle est la meilleure pointeuse de l’histoire du programme canadien féminin. Âgée de 41 ans, Wickenheiser a joué avec des garçons pendant sa jeunesse, à Calgary, glissant régulièrement ses cheveux sous son casque pour ne pas ressortir du lot.

«Je discutais avec ma sœur et nous nous parlions de ce que j’avais vécu pendant mon hockey mineur, a dit Wickenheiser, qui a pris sa retraite en 2017. Plusieurs bons souvenirs ont fait surface. C’est très plaisant de faire partie de ce groupe.»

Quatre médailles d’or

Pendant sa carrière de 23 ans avec le Canada, Wickenheiser a obtenu 168 buts et 379 points en 276 parties, mettant la main sur quatre médailles d’or aux Jeux olympiques (2002, 2006, 2010 et 2014) ainsi que sept médailles d’or au Championnat du monde de hockey féminin.

Elle était la capitaine de l’équipe nationale canadienne lorsqu’elle a gagné l’or olympique en 2010 ainsi que lors de ses titres mondiaux, en 2007 et 2012. Wickenheiser, qui est aux études pour devenir médecin, est actuellement adjointe au directeur du développement des joueurs des Maple Leafs de Toronto. «Ça boucle la boucle d’une certaine façon, a-t-elle exprimé. Je suis passée de jouer au hockey à l’école où j’étudie à travailler pour les Maple Leafs. Je n’ai pas eu l’occasion de prendre mon souffle depuis. Cette intronisation sera probablement le bon moment pour le faire.»

Zubov a disputé 12 de ses 16 saisons dans la LNH avec les Stars de Dallas, terminant sa carrière avec 152 points et 771 points en 1068 matchs. Le Russe de 49 ans a ajouté 24 buts et 117 points en 164 parties éliminatoires, gagnant la coupe Stanley avec les Rangers de New York, en 1994, et les Stars, en 1999.

Rutherford, qui a aussi pris part à 457 matchs de la LNH en tant que gardien, a été nommé directeur général des Whalers de Hartford, en 1994. Il a aidé l’équipe, qui était devenue les Hurricanes de la Caroline, à soulever la coupe Stanley en 2006. Originaire de Beeton, en Ontario, Rutherford a aussi été l’architecte des conquêtes de la coupe Stanley des Penguins, en 2016 et 2017.

À 74 ans, York a gagné cinq titres universitaires américains, dont quatre avec les Eagles de Boston College. Originaire du Massachusetts, il a commencé sa carrière d’entraîneur-chef à 26 ans et il en est à une 48e saison derrière le banc d’une équipe de la NCAA.

Nedomansky, maintenant âgé de 75 ans, a disputé 12 saisons en Tchécoslovaquie avant de devenir le premier athlète à fuir un pays communiste de l’est de l’Europe pour avoir une carrière professionnelle de hockey en Amérique du Nord. Il a quitté son pays en 1974.

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«LE MEILLEUR DANS SON DOMAINE», SELON MULLER

MONTRÉAL — Plusieurs personnes ont été étonnées quand on a annoncé que Guy Carbonneau allait être intronisé au Temple de la renommée du hockey.

Après tout, Carbonneau a récolté seulement 663 points en 1318 matchs dans la LNH avec le Canadien de Montréal, les Blues de St. Louis et les Stars de Dallas. Il a toujours eu l’étiquette de centre de troisième trio.

Si l’on exclut les joueurs russes ayant passé une partie de leur carrière dans l’ex-Union soviétique, la production offensive de Carbonneau est la plus faible pour un attaquant immortalisé au Panthéon du hockey ayant joué dans la LNH dans les années 80 et 90 depuis... Bob Gainey.

L’ancien modèle de Carbonneau a accumulé 501 points en 1160 rencontres dans la LNH. Et Carbonneau retrouvera Gainey parmi les légendes du hockey, lundi prochain, à Toronto, au grand plaisir de son ancien coéquipier et ami Kirk Muller.

«Si vous regardez la carrière de “Carbo”, il y a la longévité, les honneurs individuels, les championnats, a noté Muller, aujourd’hui entraîneur associé chez le Canadien. Il a aussi été le meilleur dans son domaine pendant une certaine période de temps, et ça, selon moi, signifie qu’il mérite cette reconnaissance.»

Carbonneau a pris sa retraite à la fin de la saison 1999-2000. En 18 saisons dans la LNH, il a aidé son équipe à atteindre cinq fois la finale, soulevant à trois reprises la Coupe Stanley, en 1986 et 1993 avec le Canadien, et en 1999 avec les Stars de Dallas. Il a aussi été lauréat du trophée Selke à trois reprises, en tant qu’attaquant s’étant le plus illustré dans l’aspect défensif du jeu.

«Puisqu’il est à la retraite depuis si longtemps, on oublie un peu l’impact qu’il a eu non seulement chez le Canadien, mais aussi à Dallas avec les Stars», a mentionné l’ancienne vedette des Stars Mike Modano lors d’un récent entretien téléphonique.

L’influence du Canadien

L’influence du Canadien des années 1980 et 1990 était très forte chez les Stars quand ils ont gagné leur seule Coupe Stanley en 1999. Gainey était le directeur général, Doug Jarvis était l’un des adjoints de l’entraîneur-chef Ken Hitchcock, tandis que Carbonneau, Mike Keane, Brian Skrudland et Craig Ludwig ont soulevé la coupe Stanley dans l’uniforme des Stars avant d’être rejoints par Muller pour un autre parcours jusqu’en finale en 2000.

«Ils étaient tous des gars qui avaient eu du succès au sein d’une équipe avec une mentalité défensive, a noté Modano. Votre défense vous fait gagner. “Carbo” s’assurait que tout le monde savait que si nous ne portions pas attention au jeu sans la rondelle, nous n’avions aucune chance de gagner un championnat.

«À l’époque, avec l’accrochage et l’obstruction, et en plus quand le livre des règlements prenait le bord en séries, vous deviez jouer serré, gagner des matchs à bas pointage, a ajouté Modano. C’était sa mentalité [à Carbonneau]. Il savait comment gagner des matchs comme ceux-là. Il livrait la marchandise — la possession de rondelle, remporter des mises en jeu, bloquer des tirs. Il a tout fait pour nous.»

Modano a raconté que Carbonneau passait beaucoup de temps à discuter du plan de match avec Hitchcock et ses adjoints. Il était déjà presque lui-même un entraîneur, ce qui allait devenir son emploi pendant quelques années après sa carrière de joueur. La Presse canadienne