Karl Gélinas, qui a réussi samedi soir son 1000e retrait au bâton dans les rangs professionnels, a été chaleureusement félicité par ses coéquipiers Kalian Sams, Marcus Knecht (41) et Philippe Craig-St-Louis (30).

Soirée magique pour Gélinas

Ça sentait les séries, au Stade Canac, samedi, où les quelque 4092 amateurs présents ont eu droit à un captivant duel de lanceurs entre l'as des Capitales Karl Gélinas et le partant des Jackals Lee Sosa!
Auteur de son 1000e retrait au bâton en deuxième, le Québécois, impeccable pendant sept manches et deux tiers, est sorti gagnant de la confrontation, dans une victoire de 2-0 des siens. Ce gain permet aux hommes de Patrick Scalabrini de demeurer au premier rang de la Ligue Can-Am, à égalité avec les Boulders de Rockland, vainqueurs par la marque de 8-1 à Ottawa samedi soir.
En plein contrôle tout le long de la soirée, Gélinas s'est montré impérial sur le monticule du Stade Canac, n'allouant que quatre coups sûrs et deux buts sur balles à ses adversaires pendant sa sortie. Le grand droitier a également retiré huit frappeurs au bâton. Le deuxième de ces retraits constituait d'ailleurs son 1000e en carrière dans les rangs professionnels, une marque qui rend fier celui dont ce n'est pas la marque de commerce.
«Si on regarde l'ensemble de l'oeuvre, c'est une soirée magique. J'avais complètement oublié l'histoire du 1000e retrait au bâton. Je ne comprenais pas pourquoi tout le monde était sorti de l'abri. Après ça, c'est un bel accomplissement, je suis content», a raconté un Gélinas, heureux d'avoir réalisé l'exploit devant les partisans de l'équipe et sa mère, qui assistait à la rencontre.
En signant la 63e victoire des Capitales cette année - qui connaissent leur meilleure campagne depuis 2012 (66 victoires) -, Gélinas a également obtenu une cinquième victoire consécutive, et ce, après un début de saison couci-couça.
«J'ai fait quelques ajustements avec l'aide de Sikula. J'ai vraiment mis beaucoup de temps et d'énergie pour me sentir bien. Et là, en fin de saison, je me sens de plus en plus fort. Et ça arrive juste au bon moment, à la veille des séries. C'était mon plan de match de me sentir bien en deuxième moitié de saison et d'arriver frais et dispos pour les séries», a exposé le joueur-entraîneur.
Enfin un point produit pour Fuenmayor
Les Capitales avaient pris les devants 1-0 en fin de première, sur un double de Yurisbel Gracial, qui poussait Philippe Craig-St-Louis au marbre. Il aura fallu attendre la huitième avant que les hommes de Patrick Scalabrini, qui n'ont obtenu que six coups sûrs dans le match, n'inscrivent un deuxième point au tableau, lorsqu'un simple de Balbino Fuenmayor a permis à Gracial de rallier à son tour le marbre. Il s'agissait du premier point produit en dix matchs pour Fuenmayor depuis qu'il a rejoint les Capitales, le 23 août.
Quant à Gracial, il a été le seul à connaître une bonne soirée dans le rectangle des frappeurs, expédiant la balle en lieu sûr en trois occasions sur quatre.
«Ça aurait été très dommage de gaspiller une aussi grosse sortie de Karl. On lui a donné un point, puis un autre en fin de huitième. Ça prenait ça, après le gros retrait de Sandoval [en début de huitième]. Ç'a été le point tournant du match», a reconnu le gérant Patrick Scalabrini, convenant que son attaque était «froide» présentement.
La soirée de Karl Gélinas a pris fin après deux retraits en huitième, alors qu'un coureur des Jackals se trouvait au troisième coussin et que le frappeur gaucher Art Charles s'amenait au bâton. Nolan Becker a toutefois en retirant sur des prises le puissant cogneur. Avec son 23e sauvetage de la saison, le stoppeur s'approche à un du record des Capitales, établi par Deryk Hooker en 2015.
Le vis-à-vis de Gélinas, Lee Sosa, a également connu une bonne sortie, n'accordant que quatre coups sûrs, un point et trois buts sur balles aux locaux. Il a de plus retiré six frappeurs au bâton.
Pour le troisième match de la série de quatre, les gauchers Isaac Pavlik (10-4, 4,07), pour le New Jersey, et Brett Lee (3-3, 3,32), pour Québec, s'affronteront, dimanche (19h05).
«J'ai hâte de voir comment on va sortir demain [dimanche], avec Brett qui lance la balle super bien dernièrement. C'est de bon augure», a estimé Gélinas.
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Des signaux adaptés pour Lebron
Bien peu de gens, à l'extérieur du vestiaire des Capitales, savent que le voltigeur Edgar Lebron, une addition tardive à l'alignement de l'équipe, est sourd.
Reconnu pour sa rapidité, le New-Yorkais de 23 ans est souvent appelé à remplir le rôle de coureur suppléant sur les sentiers. Tout un défi, considérant son handicap. Une situation inusitée est d'ailleurs survenue dans le match de vendredi, face aux Jackals.
Remplaçant Lachlan Fontaine au deuxième coussin, Lebron se devait de garder à l'oeil le lanceur des Jackals avant d'entamer sa course. Ce faisant, il était incapable de prendre les signaux de l'entraîneur au troisième but, Jean-Philippe Roy. C'est plutôt Yordan Manduley, qui agissait comme entraîneur au premier but et qui était dans sa ligne de vue, qui s'est chargé de lui relayer les signaux.
Le rapide Edgar Lebron souffre de surdité, ce qui a forcé les entraîneurs des Capitales à s'ajuster pour communiquer le mieux possible avec lui lorsqu'il est sur les sentiers.
«Il était le point gagnant au deuxième, alors que les coussins étaient remplis. Il ne pouvait pas me regarder et lire sur mes lèvres, alors c'est Manduley, qui avait une journée de congé et coachait au premier but, qui lui a fait des signes. Un moment donné, j'ai eu un flash. C'est bien beau de lui dire + 1 ou - 1, mais si on veut lui dire de retourner rapidement, ça ne marchera pas. Alors pendant une pause, on a demandé à l'interprète Raymond Boisvert de dire à Manduley de lever les bras dans les airs si jamais ça arrivait», a relaté l'entraîneur-adjoint Jean-Philippe Roy.
La directive de ce dernier, exprimée en français à l'interprète, s'est ensuite rendue à Manduley en espagnol, puis à Lebron dans un langage des signes qui venait d'être créé spécifiquement pour lui! 
Pas un secret
Patrick Scalabrini était au courant de la surdité d'Edgar Lebron, qui porte des appareils auditifs et peut lire sur les lèvres, lorsqu'il l'a engagé. Le gérant des Capitales n'a malgré tout pas hésité à lui offrir un contrat. Il convient toutefois qu'il s'agit d'une situation inusitée.
«Et il faut apprendre de ça», estime pour sa part Roy. «Quand il est sur les sentiers, Lebron devrait garder un plus petit écart du coussin...» a-t-il laissé entendre.
Edgar Lebron n'est pas le premier joueur sourd à évoluer dans le baseball professionnel. D'aucuns se rappelleront notamment de l'ancien voltigeur des Expos, Curtis Pride, et, plus récemment, de l'actuel voltigeur des Champions d'Ottawa, Tyson Gillies, qui n'entend qu'à 30 % dans une oreille et à 50 % dans l'autre, avec l'aide d'appareils auditifs.