Le Taïwanais Shao-Pin Ho a frappé ses premières balles et capté ses premiers roulants en sol québécois, mardi, lui qui aura dans son ombre pendant tout l’été son traducteur Kevin Chiu, qui l’aidera à s’en sortir dans la vie de tous les jours, lui qui comprend très peu l’anglais.

Shao-Pin Ho vient en paire

Avec l’arrivée de Shao-Pin Ho à Québec, les Capitales ont doublé leur département de traduction. Le joueur taïwanais est débarqué au stade du parc Victoria, mardi, accompagné de son traducteur personnel.

Les deux jeunes hommes n’avaient que peu ou pas dormi de la nuit. Ho a atterri à Toronto en fin de soirée lundi, en provenance de sa ville natale de Taipei après un vol de 14 heures. Le duo a aussitôt pris la route pour Québec, afin d’être sur le terrain pour la deuxième journée du camp présaison des Capitales.

Seule la diligence d’un policier québécois a pu les ralentir, alors qu’ils roulaient à 136 km/h sur l’autoroute. Était-ce l’accent, la plaque d’immatriculation de la Géorgie? Ils s’en sont tirés sans amende.

«Je me se sens libre, ici, je me sens bien. Je suis en confiance et confortable», a commenté le joueur d’avant-champ de 23 ans, en début d’après-midi, après la séance d’entraînement.

Les propos de Ho sont traduits par Kevin Chiu. Mais au contraire de Raymond Boisvert, traducteur attitré des Cubains depuis leur association avec les Capitales, Chiu est à l’emploi de Ho. Aussi Taïwanais et ami de longue date de Ho, Chiu a immigré aux États-Unis en 2010. Sa blonde est à Toronto, il en a donc profité pour lui rendre visite quelques jours avant de cueillir son patron à l’aéroport.

Ils se sont retrouvés l’an dernier, quand Ho a décroché un poste dans les filiales des Marlins de Miami, ses premiers pas en Amérique.

«Il m’a appelé un peu en catastrophe et m’a demandé de l’aider. J’ai accepté tout de suite, parce que j’étais aussi passé par là, je le comprenais. Il ne maîtrisait aucun mot d’anglais, même pas pour commander chez McDonald’s! Je suis devenu traducteur par accident», sourit l’étudiant en physiothérapie, qui traduit du mandarin à l’anglais et vice-versa même si Ho peut saisir des phrases de base.

«Il s’améliore, mais il est ici pour jouer au baseball, alors il se concentre là-dessus», précise le traducteur.

Leur expérience dans une station-service de Québec mardi matin n’a quand même pas été de tout repos. Payer les 40 $ d’essence et savoir où se trouvaient les toilettes a presque nécessité le langage des signes. Peut-être Chiu ajoutera-t-il cet été le français à son C.V.

Une recrue qui attrape toutes les balles

Ho avoue qu’il n’avait jamais entendu parler de Québec. Mais les Capitales étaient le seul club à lui offrir un contrat sans essai préalable. Il a sauté sur l’occasion. Son but demeure de retourner dans le baseball affilié, dit-il. Outre ses habiletés athlétiques, surtout défensives, Ho veut avant tout démontrer sa passion du baseball aux amateurs de Québec.

Surtout joueur de deuxième-but, il peut aussi patrouiller à l’inter ou au troisième coussin, Ho a bouclé la saison dernière dans le système des Marlins avec une moyenne offensive de ,233 et sept points produits en 27 matchs et 100 apparitions au bâton. Les Marlins l’ont promené entre la Floride et l’État de New York, de la ligue des recrues au A fort, où il n’a disputé que trois rencontres, puis au A faible.

«Quand il est retourné en Floride [A faible], ça n’allait plus parce qu’il était devenu vraiment fatigué», explique Chiu, qui lui profite de l’expérience pour travailler dans le domaine du sport. Il étudie la physiothérapie et songe peut-être devenir agent de joueur.

«On voulait une recrue réserviste qui attrape toutes les balles, et c’est ce qu’on a, tel que promis», a pour sa part constaté le gérant Patrick Scalabrini, mardi, à propos de l’athlète de 5’9” et de 165 livres. Même s’il ne s’attend à rien d’extravagant de sa part en attaque, il n’a pas manqué de souligner que Ho venait de claquer le premier coup de circuit du camp, aux dépens de Jay Johnson, releveur qui tente un retour.

DONATELLO IMPRESSIONNE

À la première simulation entre lanceurs et frappeurs, les gars sur la butte ont toujours l’avantage. Le rythme est plus long à retrouver au bâton. Ce qui n’a pas empêché le releveur Sean Donatello d’épater en cette deuxième journée de camp présaison des Capitales. «Aucun frappeur n’a même mis la balle en jeu contre lui!» a commenté le gérant Patrick Scalabrini, qui mise sur lui pour clore les matchs.

Scalabrini assure que la présence de Donatello n’est pas compromise par le retour possible de Nolan Becker, releveur par excellence dans la Ligue Can-Am l’an dernier. Il a été libéré par les Royals il y a quelques jours, mais un retour à Québec n’a pas encore été évoqué entre le gérant et le joueur. «S’il n’a pas encore de job [dans le baseball affilié] la semaine prochaine, il m’a dit qu’il viendrait chercher sa bague» de championnat présentée aux joueurs lors du match inaugural.

Outre Donatello, le partant Arik Sikula a montré la même attitude frondeuse que l’an dernier sur le monticule, le releveur gaucher Will Dennis s’y est présenté plus mince de 20 livres, Trevor Bayless a été aussi puissant, mais moins précis, et Jay Johnson a encaissé le premier circuit du camp, cadeau-surprise du Taïwanais Shao-Pin Ho.