Les jeunes joueurs présents sur le terrain avant la rencontre étaient visiblement éblouis de pouvoir observer Vladimir Guerrero de si près.

L'idole du Stade rencontre son idole

Même dans le stade où son numéro est retiré, où il a longtemps été la grande étoile, Eddie Lantigua avait les yeux ronds de l’amateur devant son idole, jeudi, lors du passage de Vladimir Guerrero à Québec.

«C’est un honneur pour moi. […] Il représente tout. Il est quasiment plus gros que la République [dominicaine]», a affirmé l’ancienne vedette des Capitales, un Dominicain comme Guerrero.

«C’est quelqu’un qui a tellement une bonne réputation. Comme joueur, comme personne. Il fait beaucoup de bonnes choses pour les enfants, pour la communauté. Il est adoré partout», a-t-il ajouté, recevant lui-même l’attention de certains amateurs de baseball, en marge du show Guerrero.

Lantigua a aussi vanté la simplicité et l’accessibilité de l’ancien Expos, qui deviendra le premier joueur de position dominicain à faire son entrée au Temple de la Renommée, le 29 juillet. «Tu ne vois pas beaucoup de gars comme ça dans le Hall of Fame», a-t-il soutenu. «Malgré tout ce qu’il a fait dans le baseball, il est aujourd’hui la même personne. Il n’a pas changé.»

Quelques rencontres

Les chemins des deux hommes s’étaient déjà croisés quelques fois. La dernière remontait aux débuts des années 2000, alors que Guerrero avait donné un bâton à Lantigua. Bâton d’ailleurs signé par l’ex-numéro 27, jeudi. Tout comme un autre de la nouvelle compagnie du Québécois d’adoption, EL 31.

Lantigua se souvient aussi avoir vu un adolescent maigrichon se pointer sur un terrain de l’académie des Dodgers de Los Angeles à Campo Las Palmas, en République dominicaine, une dizaine d’années plus tôt. «Si je ne me trompe pas, il avait 16 ou 17 ans. Il était tout croche, grand. Il avait tous les talents. Mais à cause de la manière dont il marchait, je ne pensais pas qu’il allait devenir une grande vedette comme ça.»

C’était avant que les Expos fasse signer un contrat à Guerrero, en mars 1993. Avant sa transformation en «machine de guerre» dans le baseball majeur de 1996 à 2011, comme l’a décrit Lantigua.

Vladimir est arrivé à Québec depuis Trois-Rivières dans un autobus des Aigles, vers 16h. Il était d’ailleurs toujours vêtu d’un chandail aux couleurs de l’ennemi lorsqu’il est entré dans le bureau du gérant Patrick Scalabrini.

«On va lui prêter un chandail des Capitales pour ne pas qu’il se fasse huer en rentrant dans le vestiaire», a lancé le président Michel Laplante. Guerrero a finalement retiré le premier pour enfiler le deuxième devant les joueurs locaux.

L'ancienne vedette des Capitales Eddie Lantigua a tenu à souligner à quel point Vladimir Guerrero était populaire en République dominicaine.

Ceux-ci avaient les yeux ronds en présence du spectaculaire voltigeur, qui leur a adressé quelques mots en espagnol. «Même les gars qui jouent aux toughs, tu voyais qu’ils étaient impressionnés de le voir dans la chambre», a affirmé Scalabrini.

De son côté, l’entraîneur-adjoint Jean-Philippe Roy a fait signer une vieille photo de Vlad et lui, prise en 2001, alors que Roy avait été entraîneur invité au camp d’entraînement des Expos.

Un grand visiteur de plus

Un peu plus tard, Guerrero a fait une longue séance photo avec les amateurs de baseball de Québec, nombreux à vouloir immortaliser leur rencontre avec le meilleur joueur de la dernière décennie des Expos. Puis, tout souriant, il a effectué le lancer protocolaire sous les acclamations de 3471 spectateurs conquis.

«Je suis un peu surpris», a dit Guerrero, dont les propos en espagnol ont été traduits par l’interprète des Capitales, Raymond Boisvert. «J’ai été sept ans à Montréal sans pouvoir venir ici. Ça me fait plaisir de rencontrer les enfants et les amateurs qui n’ont jamais eu la chance de me voir en personne. Je suis content de pouvoir partager ces moments avec eux.»

Le voyage de Guerrero à Québec s’inscrit dans une tradition de grandes visites au Stade Canac. Le genre de rendez-vous que doivent répéter les Capitales, estime Laplante. «C’est important d’essayer de faire des choses comme ça pour les fans. Il va falloir qu’on soit créatifs, qu’on fasse des choses comme ça chaque année», a-t-il affirmé, rappelant les passages de Gary Carter, Pedro Martinez et Wayne Gretzky au fil des ans.

+

«VRAIMENT PROCHE» D'ÊTRE UN CAPITALES

Il y a cinq ans, les Capitales sont venus «vraiment proche» de faire signer un contrat à Vladimir Guerrero, a rappelé Michel Laplante. «Les gens ne nous croient pas vraiment tout le temps là-dessus, mais c’est vrai.» L’équipe a même songé faire sa promotion avec cette embauche colossale, mais a finalement opté pour la prudence, avec raison.

Selon le président, Québec avait une bonne cote auprès de l’agent de Guerrero, entre autres grâce aux passages récents d’Éric Gagné et de Pierre-Luc Laforest, deux anciens joueurs des ligues majeures.

Guerrero avait finalement signé un contrat avec les Ducks de Long Island de la Ligue Atlantique, où il n’a jamais joué. Sa retraite après la saison 2011 avec les Orioles de Baltimore demeurera donc pour toujours officielle. Car pas question d’un retour. Lorsqu’un journaliste de Québec lui a demandé jeudi s’il pourrait revenir chez les professionnels, Guerrero a esquissé un sourire moqueur qui semblait fermer toutes portes. «Tout ce qui me satisfait pour le moment, c’est de pouvoir jouer au softball dans mon patelin», a répondu le héros du jour, 43 ans, retourné vivre dans son pays.