Le lanceur gaucher Jeff Degano est arrivé chez les Capitales de Québec avec la ferme intention de se débarrasser de son problème de dystonie, un mal mystérieux qui se manifeste lorsqu’un athlète d’élite devient incompétent, du jour au lendemain, à exécuter le mouvement de précision qu’il a pourtant réussi des milliers de fois, et d’enfin retrouver le marbre.

Degano veut vaincre le yips

Le yips. Mot honni dans un vestiaire de baseball, tabou ultime dans le coin des lanceurs. Ancien choix de deuxième ronde des Yankees, Jeff Degano arrive chez les Capitales de Québec avec la ferme intention de se débarrasser de ce mal mystérieux et d’enfin retrouver le marbre.

«Non merci. J’aime mieux ne pas en parler», a simplement répondu l’artilleur originaire de la Colombie-Britannique, jeudi matin, quand Le Soleil l’a abordé sur le sujet avant le quatrième jour du camp présaison.

Le yips ou dystonie se manifeste lorsqu’un athlète d’élite devient incompétent, du jour au lendemain, à exécuter le mouvement de précision qu’il a pourtant réussi des milliers de fois auparavant. Un golfeur tout à coup incapable d’envoyer son coup roulé dans le trou ou un lanceur ayant complètement perdu la zone des prises. Comme Degano.

Après une opération de type Tommy John au coude, le gaucher de 6’ 4” a connu une saison universitaire fantastique en 2015, à Indiana State (NCAA D1), avec 126 retraits au bâton et seulement 28 buts sur balles en 99 manches lancées pour une moyenne de 2,36 points mérités.

Ces grosses statistiques ont convaincu les Yankees de New York de le choisir en deuxième ronde, soit 57e sur 1215 joueurs repêchés par le baseball majeur cette année-là.

25 bb en 5,2 ml

Mais dès 2016, il n’était plus l’ombre de lui-même. Cinq manches et deux tiers lancées pour 25 buts sur balles et 10 mauvais lancers aux 47 frappeurs qu’il a affrontés dans toute la saison, en Virginie, dans la ligue des recrues.

Puis une seule manche de travail au total de la saison suivante, en 2017, dans la NY-Penn (A faible). Trois petits retraits, mais surtout neuf passes gratuites et cinq mauvais lancers au profit de seulement 18 frappeurs affrontés. La catastrophe.

«Plusieurs pensées te traversent l’esprit pendant tout ce temps. J’ai quelques idées du pourquoi c’est arrivé et j’y travaille», vient à bout de dire Degano, aujourd’hui. «J’ai pensé arrêter. Mais tu ne veux pas avoir de regret pour le reste de ta vie. L’occasion que me donnent les Capitales s’avère une véritable bénédiction», insiste-t-il.

Mercredi soir, au stade Canac, dans un match présaison sans importance contre une équipe qui n’existe pas vraiment, l’athlète de 26 ans a quand même lancé une manche complète. Où il a accordé deux coups sûrs, un point et… aucun but sur balles. Première pour lui en trois ans.

«Je n’avais pas affronté de vrais frappeurs depuis au moins neuf mois. Je suis content de ma sortie. J’ai encore des choses à travailler, mais c’est un bon départ. Ma préparation de cet hiver paye. Je veux retrouver l’endroit où j’étais avant et retomber en amour avec le baseball», résume-t-il, juste heureux de pouvoir aller de l’avant.

Protéger la mascotte

Le yips atteint parfois jusqu’aux ligues majeures. Le lanceur Rick Ankiel est devenu voltigeur. Le deuxième-but Chuck Knoblauch ne pouvait plus capter une balle, tellement qu’il a pris sa retraite. Le lanceur Jon Lester a fini par tirer au premier coussin avec un bond, tellement ses relais étaient toujours hors cible.

Le président des Capitales, Michel Laplante, lançait encore avec l’équipe quand le grand mal a frappé son coéquipier Reggie Laplante, qui a joué avec Québec en 2002.

«Reggie avait gagné le titre de lanceur de l’année dans l’organisation des Yankees en 2000 avec une fiche de 6-0, 13 sauvetages et une moyenne de 1,04! Mais l’année suivante, il n’était plus capable.

«J’ai tenté de l’aider, on a consulté des psychologues sportifs, mais c’était très difficile. On avait tous les mains moites quand il lançait. Ça prenait juste un tir hors de la zone et il se mettait à tirer partout. Même près de la mascotte!» dit Michel Laplante, à propos de son homonyme Reggie, choix de sixième ronde des Yankees en 1999.

Tout d’un coup, la mémoire musculaire fait défaut. Du moment où l’artilleur se met à réfléchir au lancer qu’il effectue, comment faire sa motion, quand relâcher la balle, les carottes sont cuites. «Et plus on intervient, plus on le lui rappelle», ajoute Laplante.

Projet d’un mois

Le gérant Patrick Scalabrinie et l’instructeur des lanceurs Karl Gélinas voient Degano comme «un projet», «un pari qu’il vaut la peine de tenter». Ils lui donnent un mois.

«Les Yankees ont essayé de le changer dès le début pour qu’il devienne un autre Andrew Miller [36 sauvetages et 100 retraits au bâton en 2015 avec les Yankees]. Avec ça, il a perdu tous ses repères. Il a peut-être un léger manque de confiance en lui et ça l’a affecté au point qu’il a perdu le nord. Il a perdu le marbre», fait valoir Gélinas.

«Mercredi, il avait l’air d’un petit garçon heureux, ses yeux étaient pétillants! Il ne faut pas s’emballer pour une manche, mais c’est à suivre», promet celui qui occupe à la fois les postes de coach et de lanceur vétéran.

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Retard possible des Cubains

La fermeture de l’ambassade du Canada à La Havane n’aurait pas d’effet direct sur le cas des Capitales, mais les trois joueurs cubains pourraient néanmoins arriver en retard pour le début de la saison. Si le gérant Patrick Scalabrini espère toujours voir les avant-champs Yordan Manduley, Stayer Hernandez et le lanceur Vladimir Garcia débarquer avant le match d’ouverture de jeudi prochain, la date du 18 mai, deux jours plus tard, est maintenant avancée...

Les nouveaux venus Tyler Olander et Max Kuhns ont lancé dans l’enclos d’entraînement devant l’instructeur des lanceurs, Karl Gélinas, jeudi. Kuhns démontre l’expérience de ses quatre saisons dans l’organisation des Mets de New York, tandis que le géant de 6’ 10” Olander s’avère «un beau projet». «La balle vient de haut, alors c’est difficile pour le frappeur», dit Gélinas... Les Capitales disputeront deux matchs préparatoires samedi, à Sainte-Marie de Beauce, contre les Aigles de Trois-Rivières, et dimanche, à Coaticook, contre les Champions d’Ottawa.

Les amateurs beaucerons verront entre autres les vétérans lanceurs Scott Richmond, un ancien des ligues majeures, et Karl Gélinas en action durant trois manches chacun, tandis qu’en Estrie, le bouledogue roux Arik Sikula et le puissant Matt Marsh se produiront sur la butte aussi pour trois manches.