Venu à Québec simplement pour récupérer sa bague de championnat, Nolan Becker est finalement demeuré dans la capitale, lui qui devrait enfiler l’uniforme des Capitales à compter de la semaine prochaine.

Becker préfère Québec à Wall Street

Pour le premier voyage de la saison, les Capitales jouissent d’un ajout de taille. Au sens propre comme au figuré. Meilleur releveur dans la Ligue Can-Am l’an passé, le gaucher de 6’6” Nolan Becker est de retour malgré lui, mais pas à reculons.

Libéré par l’organisation des Royals de Kansas City début mai, Becker est d’abord revenu à Québec pour simplement récupérer sa bague de championnat de 2017, vendredi dernier. Il n’est jamais reparti. Probable toutefois qu’il ne soit pas activé avant le retour à Québec, lundi prochain.

«Le baseball indépendant peut être poche, dans un sens. Mais si tu joues dans l’indépendant, c’est ici la meilleure place. C’est juste dommage qu’il faille aussi jouer sur la route!» a-t-il affirmé en riant, cette fin de semaine, assis dans les estrades du Stade Canac.

Il arrive de Wilmington, en Caroline du Nord, où il a lancé au niveau A fort pour 13,1 manches. Il a réussi 13 retraits au bâton, accordé quatre points mérités (mpm de 2,70) et seulement deux buts sur balles. D’excellentes statistiques, mais pas assez pour être promu et déloger un autre lanceur.

«Les Royals m’ont dit qu’à mon âge [26 ans], ils devaient m’envoyer dans un calibre plus élevé [AA ou AAA], mais qu’ils n’avaient pas de place au niveau plus haut. C’est frustrant! Comme joueur autonome, tu dois être parfait et dès que tu fais une erreur, ils tirent la corde… Le baseball n’est pas toujours juste et je joue depuis assez longtemps pour comprendre ça», admet celui qui soufflera 27 bougies dans trois semaines.

La Can-Am ignorée

Sa surprise vient du fait que personne chez les Royals n’avait eu vent de ses exploits de l’an dernier à Québec. De son record d’équipe de 24 sauvetages (à égalité), de sa moyenne de 1,14 en 37 sorties, de ses 17,2 manches avant de donner le moindre point. Rien! C’est après l’avoir vu dans la ligue d’hiver mexicaine que l’appel est venu.

«Ils m’ont demandé où j’étais l’été passé, ils n’avaient aucune idée de ce qu’était la Ligue Can-Am! C’est un peu décourageant. Mais, en même temps, c’est quand j’ai le plus de plaisir à l’extérieur du terrain que je suis au mieux sur le terrain ou vice-versa. Alors je suis content d’être de retour et je ne peux pas être négatif», poursuit-il, sachant que quelques joueurs de la Can-Am sont rappelés chaque année.

«Tu as juste besoin que la bonne personne te voie la bonne journée et que son organisation ait la bonne place. J’aimerais dire que je n’ai qu’à travailler fort pour être rappelé bientôt, mais je connais la réalité et la meilleure chose à faire est de jouer chaque match comme si c’était ton dernier», résume Becker.

Le natif de New York parle de son séjour à Québec comme d’une expérience à la fois sportive et culturelle. «Je ne veux pas insulter personne au Kansas ou au Texas, mais ce n’est pas le genre d’endroit où je veux vivre. [Québec], c’est comme visiter un autre coin du monde.»

Il est né et a grandi sur le béton de la Grosse Pomme, dans Greenwich Village. Où les terrains de baseball se faisaient pas mal plus rares que les courts de basketball et où trouver un endroit pour se lancer la balle relevait du défi, surtout l’hiver.

Avec des prix Nobel

Très fort en classe, Becker a pu fréquenter l’école secondaire publique la plus réputée de New York. «En gros, Stuyvesant High School réunit des gens qui sont très bons en mathématiques et en sciences», explique-t-il. L’institution comptait l’an dernier «70 % d’élèves aux origines asiatiques et seulement six Afro-Américains par 1000 enfants!» souligne-t-il ensuite.

Avec une mère noire et un père blanc, Becker s’y sentait en plus différent comme athlète, lui qui évoluait au sein des équipes de baseball et de basket. Stuyvesant s’enorgueillit d’avoir produit quatre gagnants d’un prix Nobel, mais combien de ces lanceurs auront réussi un match parfait comme Becker dans l’uniforme des Peglegs?

Il a été bien préparé pour l’Université Yale, aussi mieux connu pour son volet scolaire. N’empêche qu’après presque deux saisons sur la touche à cause de blessures, il a sorti la tête de l’eau à sa troisième campagne universitaire. Assez pour être repêché par les Reds de Cincinnati, organisation où il jouera ensuite cinq ans.

«Mon but a toujours été de repousser le moment où j’enfilerai un complet pour aller travailler dans un bureau sur Wall Street», confie le diplômé en économie et «placements avancés».

«Mes parents souhaitent que je commence à regarder pour un vrai job, mais je ne veux pas que mes derniers souvenirs de baseball soient dans le A fort avec une équipe où je ne connaissais personne et où je n’avais pas de plaisir», a-t-il conclu, en profitant du moment présent.

Par ailleurs, le voltigeur américain Stephen Gaylor rejoindra les Capitales à Rockland pour la série de trois matchs contre les Boulders qui s’amorce mardi soir. L’Américain n’avait pas encore son passeport pour venir jouer au Canada. Il a passé les quatre dernières saisons dans les filiales des Braves. Il présente une moyenne offensive de ,261 en carrière, la vitesse (44 buts volés en 249 matchs) étant sa marque de commerce. Le réserviste Mattingly Romanin a été libéré après le match de dimanche pour libérer un poste dans l’alignement.

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LA SEMAINE DE GÉLINAS

Karl Gélinas a donné le ton, les autres ont suivi. En raison d’une performance sans bavure à son premier départ, jeudi dernier, le partant des Capitales a hérité du titre de lanceur de la semaine dans la Ligue Can-Am. En sept manches, l’as de la rotation n’a pas donné de point aux Jackals du New Jersey dans une victoire de 3-0, retirant cinq frappeurs au bâton. Au-delà de sa propre performance, celle de tout le personnel l’a impressionné lors de la série d’ouverture, où les siens ont triomphé trois fois sur quatre, dont deux par jeu blanc. «Je suis très satisfait de ce qu’on a montré dans les quatre matchs. Je savais que [le personnel de lanceurs] ce serait l’une de nos forces, cette saison. Les partants ont bien fait, mais les releveurs aussi», analysait d’ailleurs Gélinas, dimanche, après la première défaite de la saison au compte de 6-2 contre les Jackals. L’avant-champ Jarred Mederos (7 en 15), des Miners de Sussex County, a été nommé le frappeur de la semaine.