La sortie morne et sans vie contre les Bruins de Boston mercredi était révélatrice pour le Canadien.

Place au réalisme pour le Canadien

WASHINGTON — Les joueurs du Canadien n’ont pas le droit d’abandonner, peu importe la situation dans laquelle ils sont plongés. C’est une question d’orgueil, pour eux, et de respect, pour les partisans.

Les leaders dans le vestiaire croisés au cours des derniers jours n’ont certainement pas laissé voir qu’ils avaient baissé les bras. Max Pacioretty et Brendan Gallagher, pour ne nommer qu’eux, étaient d’humeur massacrante.

Les sourires d’après la victoire à l’arraché contre le Lightning de Tampa Bay il y a deux semaines sont depuis longtemps oubliés.

Le problème, c’est le décalage entre la parole et les actes. La sortie morne et sans vie contre les Bruins de Boston était révélatrice. Les lacunes constatées au début de la saison sont toujours là et elles ne s’en iront pas : la ligne de centre et la brigade défensive.

Un journaliste de Washington a d’ailleurs résumé très simplement la situation il y a quelques jours sur Twitter : «Le constant débat sur la question de savoir qui devrait jouer au centre à Montréal rappelle à quel point les Capitals sont chanceux d’avoir eu les quatre mêmes joueurs au centre dans 140 de leurs 144 derniers matchs [Backstrom, Kuznetsov, Eller, Beagle].»

Panique avec la rondelle

Pour la brigade défensive, en l’espace de quelques minutes face aux Bruins, Jordie Benn, même s’il avait du temps pour réagir convenablement, a lancé la rondelle avec force sur la bande pour s’en débarrasser. Dégagement refusé. Puis, Jakub Jerabek a expédié la rondelle avec un tir frappé carrément vers la zone des Bruins. 

Dégagement refusé, évidemment. Sur la passerelle, on peinait à se rappeler la dernière fois que l’on avait vu un tel geste.

«On aurait dit qu’on ne voulait pas la rondelle» et «on paniquait avec la rondelle». Une observation lucide du capitaine.

On savait que la soirée allait être longue, et longue elle a été. Mais ce match a au moins eu le mérite de ramener tout le monde sur terre après les récentes performances encourageantes. Marc Bergevin pouvait s’accrocher à un mince espoir, ses joueurs lui donnaient une raison d’y croire.

Jeudi matin, le site spécialisé en probabilités sportives Sports Club Stats évaluait les chances que le Canadien participe aux séries à 1,7 %. Un bon indicateur, mais allons plus loin.

Nous avons remonté jusqu’à la saison 2003-2004 pour voir si, à ce stade-ci de la saison, une équipe au 14e rang dans l’Est avait déjà participé aux séries. Sans tenir compte des nouvelles divisions ou du format des séries, seulement en regardant le classement.

C’est arrivé... zéro fois. Une seule fois une équipe classée au 13e rang a réussi l’exploit : les Capitals de Washington de la saison 2007-2008. Une équipe qui comptait quand même sur Alex Ovechkin, Nicklas Backstrom, Mike Green et Olaf Kolzig. Et pour une équipe en 12e place, c’est arrivé deux fois en 12 ans. En d’autres mots, c’est rarissime.

«Y croire»

Les joueurs et Claude Julien n’ont pas le droit de baisser les bras, même s’ils ont accès aux mêmes statistiques que tout le monde. L’entraîneur a d’ailleurs livré un vibrant plaidoyer mercredi sur le thème «Y croire». Il a ensuite sommé les journalistes de demander aux joueurs si eux avaient abandonné. «C’est à eux d’y croire autant que nous», a-t-il lancé, et c’est tout à son honneur.

Mais les dirigeants du Canadien ont un devoir de réalisme. En revanche, rien ne les force à bouger immédiatement ou à précipiter leurs décisions.

Si Geoff Molson choisit de congédier Marc Bergevin, d’excellents candidats comme Julien BriseBois deviendront disponibles à la fin de la saison (à moins que Steve Yzerman ait l’amabilité de le laisser partir en milieu de campagne). Si la solution est d’échanger par exemple Max Pacioretty ou Tomas Plekanec, le retour sera sans doute meilleur à l’approche de la date limite des transactions. D’autant plus que si le capitaine change d’uniforme, Bergevin n’a pas droit à l’erreur. Un tel marqueur vaut son pesant d’or.

Il y a plusieurs pistes de solution pour relancer le Canadien, mais seulement à moyen terme. Le match contre les Bruins a conforté l’idée qu’il fallait désormais penser à l’avenir. Croire l’inverse relèverait de l’acharnement.