Charlie Lindgren lors du camp d'entraînement du Canadien en septembre dernier. Le gardien, qui aura 23 ans dimanche, présente une fiche de 9-7-1, une moyenne de buts accordés de 2,75 et un taux d'efficacité de ,916 avec les IceCaps de St. John's de la Ligue américaine.

Lindgren respire la confiance

Quand vient le temps de faire une bonne première impression, Charlie Lindgren n'a pas son égal.
Lors de sa toute première rencontre avec les médias montréalais, à Tampa, le printemps dernier, les réactions étaient unanimes : le nouvel espoir du Canadien respire la confiance. Devant une dizaine de journalistes et quelques caméras, le gardien n'avait pas l'air intimidé et parlait avec aplomb.
Pourtant, Lindgren arrivait de l'Université d'État St. Cloud, où l'équipe de hockey était couverte par un seul journaliste. «J'aime parler aux gens. Je racontais simplement mon histoire», se souvient le gardien, rencontré jeudi après l'entraînement des IceCaps de St. John's, entre des matchs à Binghamton et à Utica. «Mais tu dois arriver avec confiance. Tu ne peux pas être nerveux. Tu dois avoir le sentiment d'être à ta place. Encore aujourd'hui, j'ai cette confiance en moi.»
Cette confiance dans les moments où d'autres jeunes adultes seraient intimidés, Lindgren ne l'a pas seulement dans les mêlées de presse. À son tout premier match dans la Ligue américaine, le 21 octobre, il avait été bombardé de 51 tirs. Il était tout de même ressorti de Providence avec une victoire de 4-1.
Le printemps dernier, quand le Canadien l'a embauché comme joueur autonome, il a été envoyé dans la fosse aux lions. De la NCAA, Lindgren passait directement à la LNH avec un duel contre les Hurricanes en Caroline, le 7 avril. Déjoué sur le premier tir qu'il a vu dans le match, il a gardé son calme, et le Tricolore l'a emporté 4-2.
«Ces matchs sont des occasions de lancer des messages. C'est la première impression, donc il y a une petite pression supplémentaire. Tu veux prouver à tes coéquipiers et à la direction que tu peux aider l'équipe à gagner.»
Dur premier match dans la USHL
On a poussé les recherches jusqu'à retracer le premier match de Lindgren en USHL, le circuit junior américain. Le 15 octobre 2011, dans l'uniforme du Stampede de Sioux Falls, il avait été battu six fois sur 32 tirs. Après le sixième but, il avait dû céder sa place à son adjoint, Stephon Williams.
«J'étais découragé», admet-il. «Je commençais à croire que je m'ennuyais de la maison. Mais en quittant le vestiaire, je m'étais dit que j'allais être meilleur à mon prochain match. J'ai gagné mon match suivant et j'ai été nommé gardien de la semaine peu après.
«Mon entraîneur d'été m'en reparle dès qu'il en a l'occasion, tu ne peux pas t'imaginer! Il y a deux semaines, j'ai rencontré un peu d'adversité, j'ai accordé six buts dans deux matchs de suite. Je l'ai appelé. Il m'a dit : "Tu dois simplement te rappeler que tu es bon. Rappelle-toi ton premier match en USHL, regarde le chemin que tu as parcouru depuis."»
Si le club-école du Canadien est aujourd'hui en position de participer aux séries, c'est notamment grâce au bon travail de Lindgren, surtout en début de saison. L'Américain qui aura 23 ans dimanche présente une fiche de 9-7-1, avec une moyenne de buts accordés de 2,75 et un taux d'efficacité de ,916. Ses neuf victoires le placent à égalité au sixième rang dans la Ligue américaine. Il a amorcé la campagne avec six victoires de suite, avant que les blessures à Montréal ne rattrapent les IceCaps.
«C'est difficile pour chaque équipe en début d'année, car il y a de nouveaux systèmes, de nouveaux joueurs. Charlie nous a aidés», croit l'attaquant Charles Hudon.
Au-delà des chiffres
Il y a aussi la réalité au-delà des chiffres. Par exemple, mercredi à Binghamton, il a terminé sa soirée avec une efficacité ordinaire de ,902 (37 arrêts sur 41 tirs). Mais il a dû effectuer une bonne demi-douzaine d'arrêts spectaculaires, sur une des nombreuses passes transversales des Senators qui atteignaient la cible.
Bref, avec un tel travail, il s'est clairement positionné comme le prochain gardien dans la hiérarchie du CH, pendant que Zachary Fucale, jadis un prometteur choix de deuxième tour en 2013, vit des difficultés dans sa transition chez les professionnels. Il évolue dans l'ECHL depuis près de deux mois.
S'il y a un trait de caractère de Lindgren qui fait l'unanimité, c'est ce côté compétitif. À l'entraînement jeudi, un des exercices consistait en des descentes à deux contre zéro. Il faisait toujours le premier arrêt. Une fois ce premier tir décoché, un troisième homme se joignait à l'attaque, depuis la ligne bleue, tandis que les deux autres masquaient la vue du gardien et prenaient les retours. Chaque fois, il se battait jusqu'à la fin pour réussir l'arrêt.
«Il déteste même accorder des buts à l'entraînement. Il va faire les deux premiers arrêts, et si on marque sur le troisième tir, il sera fâché. On voit la boucane sortir de ses oreilles! C'est le propre des bons joueurs, ils ont la détermination de s'améliorer», explique son coéquipier et colocataire, Ryan Johnston.
«Je déteste perdre, peut-être plus que n'importe qui», martèle Lindgren. «Toute ma famille est comme ça, mes frères sont également très compétitifs. Je suis à la maison avec eux, on joue à des jeux de société et je n'aime pas perdre. J'étais le plus vieux de la famille, et c'était hors de question que je perde à quoi que ce soit contre eux. Je n'aime pas aller sur la patinoire avec mon plus jeune frère, car s'il marque, il gagne le droit de s'en vanter!»
À l'abri de Las Vegas
Les prochains mois seront certainement intrigants devant le filet du Canadien. Derrière Carey Price, on retrouve présentement Al Montoya, dont le contrat prend fin l'été prochain. S'il ne signe pas de nouvelle entente avec le Tricolore d'ici là, un poste d'auxiliaire sera disponible à Montréal. S'il en signe une, il sera susceptible d'être repêché par Las Vegas en vue de l'expansion.
Lindgren sera lui aussi sans contrat au terme de la saison, mais deviendra joueur autonome avec compensation. Comme il en est à sa deuxième saison chez les professionnels, Las Vegas ne pourra pas le réclamer.
Quoi qu'il en soit, pour Lindgren, ces considérations sont trop lointaines pour qu'il s'y arrête. «Mon but est d'avoir une longue carrière dans la LNH, de gagner la Coupe Stanley, de gagner un trophée Vézina. Mais pour le moment, je dois jouer le plus de matchs possible dans la Ligue américaine et aider l'équipe à participer aux séries et à y faire un bon bout de chemin.»