Phillip Danault

L'évolution du CH depuis le mois d'octobre

Une équipe espère toujours être meilleure au moment d'amorcer les séries qu'elle ne l'était lorsqu'elle a entamé sa saison. Qu'en est-il du Canadien à la veille des séries? Est-il meilleur qu'il ne l'était en octobre? Pour tenter de répondre à la question, Marc Antoine Godin vous propose un survol de l'évolution à la ligne bleue, à l'attaque et derrière le banc.
Les rôles ont changé à l'attaque
L'essentiel des changements d'effectifs est survenu à la date limite des transactions. Le Canadien s'est départi de David Desharnais et de Sven Andrighetto, en plus de rétrograder Daniel Carr. Sont arrivés Michael McCarron (rappelé de St. John's), Steve Ott, Dwight King et Andreas Martinsen.
Le Tricolore a certainement gagné en gabarit et en expérience, mais malgré l'intéressant coup de patin de Martinsen, il a un peu perdu en vitesse avec le départ d'Andrighetto. Les succès de ce dernier avec l'Avalanche du Colorado (12 points en 15 matchs) ne passent pas inaperçus, mais on doute qu'il ait connu pareille séquence avec le Canadien.
Tous ces changements sont mineurs, puisqu'avec une formation en santé, ni les joueurs qui sont partis ni ceux qui sont arrivés n'évolueraient dans le top 9. C'était presque par défaut que le CH employait Desharnais au centre du troisième trio. Même avec Alex Galchenyuk de retour à l'aile, le CH est probablement mieux servi par Andrew Shaw au centre qu'il ne l'aurait été par Desharnais.
C'est en ce qui concerne les responsabilités de chacun que les changements à l'attaque ont été plus significatifs. Phillip Danault est celui qui a fait le bond le plus prodigieux. Il a disputé les 13 premiers matchs de la saison sur l'aile gauche du quatrième trio, puis a profité de blessures à Galchenyuk et à Desharnais pour aller pivoter un trio au centre de Max Pacioretty et d'Alexander Radulov.
C'est à la fois au mérite du Québécois, qui a su être à la hauteur - tant offensivement que défensivement - , et l'illustration de la chute de Tomas Plekanec. Ce dernier a amorcé la saison avec Radulov à sa droite, et aucune chimie n'a opéré. Il a fallu attendre les derniers matchs du calendrier, avec Paul Byron et Brendan Gallagher, pour que le vétéran tchèque rehausse son jeu.
L'autre modification de taille, c'est le retour de Galchenyuk à l'aile. C'est un constat d'échec que le Tricolore, qui cherche un joueur de centre numéro 1 depuis 20 ans, n'ait pas été en mesure d'amener le talentueux Galchenyuk à ce niveau. La valse-hésitation des dernières années a représenté beaucoup de temps perdu dans l'apprentissage de son jeu défensif. Mais en même temps, si Galchenyuk n'avait pas été blessé et qu'il avait continué de produire au rythme des deux premiers mois, le CH aurait-il été plus à l'aise de fermer les yeux sur ses lacunes? Probablement.
Une note enfin sur Artturi Lehkonen, qui conclut sa saison recrue au sein du deuxième trio, là où il l'a commencée. Il n'y est pas resté durant tout le calendrier, mais autant Michel Therrien que Claude Julien ont apprécié le jeu mature qu'a offert le jeune Finlandais. Le Canadien a un joueur du top 6 en lui.
Un vecteur d'espoir derrière le banc
Claude Julien
Michel Therrien était le premier entraîneur-chef à entreprendre cinq saisons derrière le banc du Tricolore depuis Scotty Bowman. Il a une fois de plus guidé son équipe vers un excellent début de calendrier, le CH remportant 13 de ses 15 premiers matchs (13-1-1). Mais c'est vraiment dans un segment de 18 matchs, entre le 9 janvier et le 12 février, que son bateau a coulé. L'offensive tonitruante du début de saison est tombée au neutre quelque part en décembre, la structure en zone défensive s'est désintégrée et Carey Price n'était plus l'ombre de lui-même au début de 2017. Une recette pour un désastre!
À la mi-février, Claude Julien a hérité d'une équipe encore au sommet de sa section, mais en perte d'identité. Sur le plan statistique, son impact s'est surtout vérifié dans la colonne où ça compte le plus : celle des victoires (15-6-1). Il a réintroduit un jeu défensif irréprochable et a pu compter sur un Price à nouveau dominant. L'infériorité numérique, en sérieuse difficulté avant cela, s'est mise à dominer la compétition (88,4 %, au 2e rang de la LNH).
Offensivement, le nouveau coach n'a peut-être pas encore amené l'équipe là où elle peut aller. C'est certainement vrai du côté de l'attaque à cinq (13,7 %, 25e rang)! Cela étant dit, si les statistiques publiées par Corsica ne suggèrent pas que le Canadien s'impose vraiment en matière de chances de marquer (8.00, 20e), d'autres données révèlent que si l'on se concentre sur les chances de marquer dites «à haut risque», le Tricolore a généré 43 % des chances à haut risque lors des 20 derniers matchs de l'ère Therrien, tandis qu'il en a produit 57 % sous Julien.
Ce qui reste indéniable, c'est que le Tricolore est l'équipe qui a récolté le plus de points dans la LNH depuis le 20 février. Et on a beau décortiquer les statistiques, c'est sur un aspect bien intangible que le changement d'entraîneur se fait le plus sentir. Les joueurs ne cessent de répéter le mot «positif» pour décrire la réalité post-Therrien. Julien s'est révélé un vecteur d'espoir et de confiance en soi. Si les joueurs sont dans de meilleures dispositions, il en revient à eux maintenant d'aller au bout de leur potentiel.
Une brigade défensive améliorée
Shea Weber
L'arrivée de Shea Weber a profondément modifié l'allure de la ligne bleue. Si la contribution totale en points de la brigade défensive a été un tantinet supérieure à celle de la saison dernière, Weber a surtout aidé Carey Price et le CH à s'imposer sur le plan défensif. À égalité numérique, il a terminé premier parmi tous les défenseurs ayant joué 500 minutes pour les buts contre par tranche de 60 minutes.
Mais un problème existant durant l'ère Subban n'a pas été résolu : le CH n'a pas de véritable solution à gauche dans le premier duo de défenseurs. Nathan Beaulieu a hérité du poste lors des cinq premiers matchs, mais il l'a perdu au profit d'Alexei Emelin. Il n'a plus jamais obtenu cette occasion par la suite. Son manque de progression est frustrant.
Le troisième duo en défense a posé problème durant une bonne partie de la saison. Pateryn, Redmond, Barberio, Hanley et Nesterov n'étaient pas de calibre pour donner du répit au top 4. Les choses ont heureusement changé avec l'arrivée de Jordie Benn, obtenu de Dallas en retour de Pateryn. Il s'agit sans l'ombre d'un doute de la plus importante acquisition sur glace de cette saison.
Si Andrei Markov a joué un peu plus qu'on ne l'anticipait en début de saison, la brigade défensive est quand même plus solide maintenant qu'elle l'était en début de saison. Benn constitue une amélioration notable par rapport à Pateryn, et Brandon Davidson est plus digne de confiance que ne l'était Zach Redmond.