Patrick Cannone célèbre après le premier but du Wild contre le Canadien, jeudi. La recrue de 30 ans a disputé son premier match dans la LNH, mardi.

Les vieilles recrues plus rares

Bruce Boudreau a joué très longtemps. Mais en 20 ans de carrière, il n'a joué que 141 matchs dans la LNH. Le reste du temps, il a trimé dans la Ligue américaine, la Ligue internationale... et il a même joué dans Slap Shot.
Alors, lorsqu'il a vu Patrick Cannone entrer dans le vestiaire, plus tôt cette semaine, le joueur lui a tout de suite été sympathique. «Il me rappelle un autre vétéran qui a joué 20 ans dans les mineures sans être ni très grand ni très rapide», a lancé le nouvel entraîneur-chef du Wild, sourire en coin. «C'est sûr que d'emblée, je vais prendre pour lui!»
Mardi, face à l'Avalanche du Colorado, Cannone a joué son premier match dans la LNH à l'âge de 30 ans et 133 jours. Après quatre ans passés à l'université, deux saisons dans l'organisation des Sénateurs d'Ottawa et trois autres dans celle des Blues de St. Louis, le petit centre a finalement reçu l'appel qu'il attendait depuis toujours.
«Les deux dernières journées ont été un peu folles, mais les joueurs m'ont bien accueilli et ça s'est somme toute bien passé à mon premier match», a confié Cannone.
On pourrait penser que n'importe quelle recrue est fébrile à son arrivée dans la LNH, peu importe que le joueur ait 20 ou 30 ans. Mais Boudreau, lui, voit une différence. «Le gars de 20 ans s'attend à ce que ça se produise. Celui de 30 ans apprécie que ça se soit produit.»
Grâce à John Anderson
C'est John Anderson, l'adjoint et ami de Boudreau, qui a recommandé Cannone au Wild cet été. Anderson a lui aussi bourlingué dans le hockey. L'ancien des Leafs et des Nordiques jouait à Fort Wayne, dans la Ligue internationale, en 1990, l'année où Boudreau - avec le double statut de joueur-entraîneur - avait marqué 40 buts et inscrit 120 points.
Or, Anderson a été l'entraîneur-chef des Wolves de Chicago (la filiale des Blues) lors des trois dernières saisons et avait Cannone sous ses ordres. Une connexion qui s'est avérée fort à propos, surtout que Cannone avait commencé à envisager d'aller jouer en Europe.
«J'en avais discuté avec mon épouse et mon agent, mais en fin de compte, on voulait encore s'accrocher pour atteindre notre but. Je suis content de ne pas y être allé! Ça a été un long parcours au fil des ans, c'est certain, mais il fallait demeurer positif. Je vivais quand même mon rêve de jouer chez les pros, même si c'était dans la Ligue américaine. Ça a été spécial d'obtenir finalement une occasion, mais maintenant, c'est derrière moi.»
De moins en moins de vieux
Selon le site QuantHockey, il n'y aurait eu, dans l'histoire de la LNH, que 132 patineurs et 29 gardiens ayant joué leur premier match après avoir eu 30 ans. Et le phénomène se raréfie à mesure que les années passent.
La chute du bloc communiste au tournant des années 90 a permis l'afflux de joueurs russes dont certains, par exemple Viacheslav Fetisov et Sergei Makarov, ont eu de belles années dans la LNH. Mais par la suite, les «vieilles recrues» capables de s'établir dans la LNH ont été rares. L'exception la plus notable est probablement Lubomir Sekeras, le seul joueur à avoir fait ses débuts avec le Wild du Minnesota à un âge plus avancé que Cannone. Le défenseur tchèque, qui avait 31 ans et 323 jours à son premier match dans le circuit, en 2000, a été en mesure de donner trois bonnes saisons au Wild.
Depuis? C'est de plus en plus difficile. Le lock-out de 2005 a amorcé un changement de style de jeu, mais c'est depuis celui de 2012 que la ligue s'est vraiment rajeunie. Depuis ce dernier conflit de travail, Cannone n'est que le sixième joueur à avoir fait ses débuts après avoir eu 30 ans. Un seul d'entre eux est parvenu à jouer une saison complète,­ le défenseur Evgeny Medvedev,­ mais ce dernier est reparti pour la KHL cette saison après avoir joué avec les Flyers de Philadelphie à l'âge de 33 ans.
Devan Dubnyk: de zéro à héros
Devan Dubnyk se voulait une police d'assurance pour le Wild au moment de son acquisition des Predators de Nashville en 2014. Aujourd'hui, il est le gardien de l'heure dans la Ligue nationale.
Acquis il y a deux ans et demi par le Canadien, Devan Dubnyk a éclos loin de Montréal. Le gardien de l'heure dans la LNH dominait le circuit au chapitre de la moyenne de buts alloués (1,55) et du taux d'efficacité (,948) avant le match ce jeudi contre la troupe de Michel Therrien, jeudi soir.
Acquis des Predators de Nashville à titre de police d'assurance le 5 mars 2014, Dubnyk avait été cédé immédiatement aux Bulldogs, dans la Ligue américaine, et n'a jamais disputé de match avec le CH. «J'ai toujours su qu'il allait finir par être un gardien spécial dans cette ligue», a raconté le défenseur Nathan Beaulieu, qui l'a côtoyé à Hamilton. «C'est un gros gars et un gars aussi très talentueux. Je suis très heureux de voir ce qu'il est devenu.»
«Cette époque me semble très loin maintenant», avoue le gardien de 30 ans. «Je me sens bien mieux aujourd'hui. C'est vraiment à Hamilton que j'ai touché le fond du baril. Quand je suis retourné à la maison en fin d'année, je me suis dit qu'il fallait que je pèse sur le bouton reset. Je devais oublier ce qui s'était passé à Hamilton, puis à Nashville avant tout, et toute la saison à Edmonton...»
Après avoir connu une relance chez les Coyotes de l'Arizona, Dubnyk est devenu un gardien élite avec le Wild. «Je ne devais pas autant changer mon approche que de laisser ces mauvais souvenirs derrière moi. Pour y arriver, il faut croire en soi-même.
«Prendre le temps de réfléchir et de passer du temps en famille et avec mes amis m'a permis de réaliser qu'en dépit de ma situation difficile et du fait que j'avais parfois l'impression que c'était la fin du monde, ces gens-là allaient demeurer autour de moi quoiqu'il arrive. Ça m'a aidé à m'enlever de la pression et à mieux me concentrer sur mon travail.»
Staal, une bonne affaire
Le Wild n'est pas seulement un club pingre en défensive - il accorde en moyenne que 1,87 but par match, la plus basse de la LNH -, il est également capable de marquer des buts. C'est d'ailleurs la septième meilleure attaque de la LNH, entre autres grâce à l'arrivée d'Eric Staal.
Le Wild semble avoir fait une très bonne affaire en offrant un contrat de 3 ans d'une valeur annuelle de 3,5 millions au centre de 32 ans, qui était joueur autonome. Staal venait de connaître sa pire saison en carrière avec 33 points en 63 matchs avec les Hurricanes, avant d'être échangé autour de la date limite des transactions aux Rangers, avec qui il avait dû se contenter de six points en 20 rencontres.
À l'instar de Dubnyk, Staal avait simplement besoin de faire le ménage et de laisser sa mauvaise saison derrière lui! Avant d'affronter le CH, il menait le Wild avec 25 points en 31 matchs. 
«C'est tellement différent de jouer dans un petit marché aux prises avec des restrictions budgétaires qui sont hors de notre contrôle», admet Staal en faisant référence aux Hurricanes, où il a joué pendant 13 ans. «Quand tu es le capitaine de cette formation et le joueur le mieux payé, c'est sûr que ça devient usant, c'est la nature humaine. Mais ce n'est pas une excuse. Il y a des moments où j'aurais pu jouer mieux que je ne l'ai fait quand j'étais là-bas.»