Depuis Noël, Price affiche un dossier de 6-8-3, avec une moyenne de buts accordés de 3,15 et un taux d'efficacité de ,897.

Les problèmes de Price vus de l'extérieur

C'est la question qui tourmente une province : que se passe-t-il avec celui qui était considéré comme le meilleur gardien au monde depuis deux ans? La Presse a sondé trois experts du monde des gardiens de but pour tenter d'y voir plus clair : Sébastien Farrese, ancien entraîneur des gardiens chez Hockey Canada et pendant 10 ans chez les Bulls de Belleville; Kevin Woodley, rédacteur en chef de la revue spécialisée InGoal Magazine; et Eli Wilson, un consultant qui a travaillé pendant plusieurs étés avec Price.
En baisse
Aucun doute, Price ne semble pas être dans son élément depuis quelques semaines. Personne ne s'entend sur l'élément déclencheur de sa mauvaise séquence. La date la plus «populaire» est le 16 décembre, jour où il a adressé à Michel Therrien le «regard vu par toute la planète» quand l'entraîneur-chef l'a retiré d'un match contre les Sharks de San Jose. Mais ce serait oublier que Price a rebondi le lendemain avec un triomphe de 2-1 à Washington. Retenons simplement que depuis Noël, Price affiche un dossier de 6-8-3, avec une moyenne de buts accordés de 3,15 et un taux d'efficacité de ,897. À titre comparatif, à ses trois premières saisons sous l'entraîneur des gardiens Stéphane Waite, Price a affiché une moyenne de 2,12 et une efficacité de ,931.
Les yeux
Sur le troisième but des Coyotes de l'Arizona, jeudi, Price a complètement perdu la rondelle de vue. Selon Farrese, c'est là un signe de fatigue mentale. «D'habitude, quand il perd la rondelle de vue, il regarde à gauche, à droite des joueurs. Quand tu lèves les épaules, ton bâton n'est plus sur la glace. Price n'a pas l'habitude de réagir comme ça», explique Farrese. Le Québécois note d'autres situations où Price peine à suivre la rondelle. «Quand la rondelle est derrière le but, on dirait qu'il tombe plus vite à genoux, qu'il voit moins bien la rondelle. Avant, il pouvait rester debout. S'il s'agenouille pour chercher la rondelle, il ne voit plus ce qui se passe autour de lui et ne peut plus analyser le jeu.» «Si tu perds la rondelle de vue, c'est que tu n'es pas dans le moment présent», rappelle Wilson.
La lecture du jeu
Selon quelques observateurs, Price ne semble pas non plus lire le jeu aussi rapidement que pendant ses bonnes séquences. «C'est un sport qui se décide sur les dixièmes de seconde. Ce sont les nuances entre un Price miraculeux et un Price un peu au-dessus de la moyenne», croit Woodley. Sur le premier but des Coyotes, jeudi, Price est hors position au moment où Christian Dvorak reçoit une passe en entrée de zone. «Des fois, c'est la fraction de seconde», souligne Farrese. «Il analyse peut-être le jeu une petite affaire moins vite. Quand on ne lit pas le jeu aussi bien, on joue plus profondément.»
La fatigue mentale
L'idée de la fatigue mentale revient souvent. «Price a commencé sa saison plus tôt en raison de la Coupe du monde, il n'a pas eu de pause au Match des étoiles et il n'a presque pas joué la saison dernière», énumère Woodley. Ailleurs dans la LNH, les gardiens Jake Allen et Brian Elliott sont, comme Price, devenus papas récemment et ils connaissent eux aussi des saisons en deçà de leurs standards. «Ta routine n'est plus la même. Tu ne penses plus seulement à toi, tu penses aussi à ta famille», souligne Farrese. «Dans le junior, la même chose survient quand le jeune est préoccupé par l'école. Parfois, des facteurs externes déconcentrent un athlète. T'as beau lui dire de laisser ça à la porte du vestiaire, ce n'est pas si évident que ça!»
Des problèmes dans la LNH
Woodley oeuvrant pour une revue spécialisée, il parle à plusieurs gardiens de la LNH en cours de saison. Un commentaire qui revient souvent, c'est que la saison 2016-2017 est une des pires pour les gardiens. «Tu n'as pas assez de temps d'entraînement, ni de temps de repos physique et mental», explique-t-il. «De plus, il y a un influx de jeunes joueurs qui emploient des entraîneurs spécialisés en été, comme le font les gardiens depuis 20-25 ans avec leurs entraîneurs des gardiens. Les attaquants rattrapent les gardiens.» Ce genre de facteur peut expliquer la variation dans le pourcentage d'arrêts dans la LNH, en baisse pour une très rare fois. «Henrik Lundqvist est le gardien le plus constant de la LNH depuis 2005 et il en arrache lui aussi. Mais certains gars inversent aussi la tendance. Cam Talbot a eu des jumeaux, il joue un nombre de matchs incroyable et il connaît la saison de sa vie», note Woodley.
Au-dessus de la moyenne malgré tout
Price a beau accorder plus de buts dernièrement, certains chiffres laissent croire qu'il n'a pas entièrement perdu ses moyens. La statistique la plus révélatrice : à forces égales, il vient au troisième rang de la LNH avec une efficacité de ,934 (minimum 20 matchs). C'est en désavantage numérique que ça se gâte, là où il dégringole au 32e rang dans la LNH (efficacité de ,850). «Je sais que je vais passer pour le spécialiste des gardiens qui défend les gardiens, mais que fait le Canadien défensivement?» se questionne Woodley. «Plusieurs tirs viennent de l'enclave, les adversaires réussissent des passes transversales. Les gens regardent seulement la localisation des tirs, mais je regarde aussi la trajectoire de la rondelle avant le tir.» Les trois experts sondés sont persuadés que Price finira par se sortir de sa mauvaise séquence. «Il est juste trop bon techniquement, mentalement, émotionnellement pour ne pas revenir à ce qu'il était avant», martèle Wilson. «Il ne se fie pas à une seule qualité pour être bon. Il n'est pas juste bon mentalement ou juste bon en positionnement. Il a tous les outils.»