Le point culminant du règne de Claude Julien à Boston a été la conquête de la Coupe Stanley par la franchise du Massachusetts en 2011, une première en 39 ans. Samedi, Julien retrouvera ses anciens protégés pour la première fois depuis qu’il a été congédié par les Bruins, il y a 11 mois.

L’ère Julien à Boston, un franc succès

MONTRÉAL — Il y a environ 11 mois, Claude Julien se voyait indiquer la porte de sortie par les Bruins de Boston. Malgré cela, il avait de quoi être fier du travail qu’il a accompli pendant la décennie qu’il a passée à la barre de l’équipe.

C’est ce que pensent les journalistes Steve Conroy, du Boston Herald, et Fluto Shinzawa, du Boston Globe, interrogés par La Presse canadienne à quelques semaines du premier rendez-vous de la saison entre Julien et son ancienne équipe, qui aura lieu samedi soir au Centre Bell.

«Excellent, superbe, remarquable; votre qualificatif vaut le mien», résume Shinzawa lorsque invité à décrire le travail global de Julien avec les Bruins.

«Jusqu’à ses deux dernières saisons, son règne a été une belle réussite», affirme Conroy, qui couvre l’équipe sur une base régulière depuis une quinzaine d’années.

Le palmarès de Julien à Boston est éloquent. Avec lui aux guides, les Bruins ont gagné une première Coupe Stanley en 39 ans, en 2011. Deux printemps plus tard, Julien vivait une autre finale.

Sur le plan individuel, ses 419 victoires lui confèrent le premier rang dans l’histoire de l’organisation. Seul Don Cherry affiche un meilleur taux de réussite (,658 contre ,614 pour Julien) parmi les hommes ayant passé au moins cinq saisons derrière le banc de l’équipe.

Travail de développement

Julien a accompli tout ça après s’être vu confier par Peter Chiarelli, en juin 2007, le mandat de redresser une organisation fière et renommée qui venait de rater les séries lors des deux campagnes précédentes. Et quatre fois en sept saisons.

Selon Shinzawa, qui a commencé à suivre les Bruins en 2006, Julien est parvenu à rendre de bons hockeyeurs, tels Patrice Bergeron et Zdena Chara, encore meilleurs. Leur triomphe en 2011 est en grande partie lié au travail de Julien et aux joueurs qu’il a aidé à développer en cours de route, opine-t-il.

«Bergeron est devenu un joueur complet, et maintenant il est possiblement le meilleur centre dans les trois zones de la patinoire. Chara se voulait une présence dominante à Ottawa, mais il est devenu le meilleur défenseur défensif dans la Ligue.»

Cette renaissance des Bruins ne s’est pas réalisée sans obstacle. Au printemps 2010, les Bruins se sont retrouvés en vacances lors du deuxième tour des séries après avoir laissé filer une avance de trois parties à zéro contre les Flyers de Philadelphie.

Un an après cette élimination crève-cœur, les Bruins et Julien se sont retrouvés dans une position précaire après avoir perdu, à domicile, les deux premiers matchs de leur série de premier tour contre le Canadien. Des rumeurs, qui circulaient déjà, se sont amplifiées.

«Je me souviens que j’étais au Château Champlain avec des gens du métier et il était question de potentiels successeurs si jamais Julien devait être congédié, raconte Conroy. C’est un peu ce que tout le monde ressentait. Mais on connaît l’histoire : les Bruins sont venus de l’arrière en remportant trois matchs en prolongation. Et ensuite, ils ont gagné la Coupe Stanley.»


« Si [Claude] Julien est demeuré si longtemps avec les Bruins, c’est parce qu’il a été un professionnel, parce qu’il a soutiré le meilleur de ses joueurs et qu’il les a traités avec respect »
Fluto Shinzawa, du Boston Globe, analysant la décennie que Claude Julien a passée à Boston

Une saison charnière

Vainqueur du trophée Jack-Adams en 2009, Julien a aussi guidé les Bruins au Trophée des Présidents en 2013-2014 avec une récolte de 117 points. Mais alors qu’un peu tout le monde les croyait capables de sabrer le champagne une autre fois, ils sont tombés devant le Canadien en deuxième ronde.

C’est la dernière fois que Julien menait les Bruins aux séries éliminatoires.

«Au fil du temps, Julien travaillait avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête, et ç’a commencé à peser sur les joueurs, affirme Conroy. L’an dernier, je pensais que Julien parviendrait à renverser la vapeur, mais l’équipe n’a jamais réussi à aligner les victoires. C’est arrivé seulement après le changement d’entraîneur.»

Mercredi prochain, Julien effectuera un retour au TD Garden, et sans savoir comment celui-ci sera reçu par les partisans des Bruins — après tout, il dirige maintenant l’ennemi juré — Conroy et Shinzawa souhaitent qu’il reçoive un bel accueil.

«Si Julien est demeuré si longtemps avec les Bruins, c’est parce qu’il a été un professionnel, parce qu’il a soutiré le meilleur de ses joueurs et qu’il les a traités avec respect, a observé Shinzawa. Les Bruins ont pris part aux séries lors de sept saisons consécutives. On ne peut pas contester ses résultats.»

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«ON SE SOUVIENDRA DE LUI COMME UN GAGNANT»

À 24 heures du premier match des Bruins contre leur ancien entraîneur-chef, l’heure était aux hommages dans le vestiaire bostonais.

«Il [Julien]m’a donné une chance de jouer et il a été plus patient avec moi que probablement la majorité des autres entraîneurs l’auraient été, a raconté l’ailier Brad Marchand. Nous avons eu de nombreuses conversations sur comment se comporter, comment être un bon joueur, un bon professionnel.

De son côté, Patrice Bergeron a reconnu que la rencontre de samedi face au Canadien aura un cachet particulier.

«Avec Claude de l’autre côté, ça rajoute un autre aspect. J’ai vécu de très belles expériences avec lui et c’est une personne qui m’a beaucoup aidé dans ma carrière», a souligné Bergeron.

«On se souviendra toujours de lui comme d’un gagnant, ajoute Marchand au sujet de l’héritage de Julien sur la ville de Boston. Ça faisait longtemps que nous avions gagné la coupe Stanley et il nous a aidés à la ramener. C’est quelque chose dont les gens de Boston se souviendront longtemps.»