Photo Martin Chamberland, La Presse -- Annonce de la formation pour le camp de selection de lequipe nationale junior du Canada de hockey sur glace. Sean Burke. section : sports -30- RÈfÈrence# 640560

Le casse-tête de Sean Burke

Le sort de l'équipe olympique canadienne, dépouillée de ses meilleurs éléments en prévision des Jeux de PyeongChang, est entre les mains d'un membre de l'organisation du Canadien de Montréal.
Sans fanfare ni trompette, l'ancien illustre gardien Sean Burke s'est joint au Canadien à titre de recruteur professionnel dans l'Ouest il y a un an.
Hockey Canada, qui l'a toujours tenu en haute estime, lui a permis, lors de son embauche à titre de directeur général cet été, de continuer à épier les clubs de la division Pacifique pour le compte du CH tout en bâtissant la formation olympique.
«Je peux rester connecté sur la Ligue nationale avec le Canadien et j'ai l'occasion d'occuper un poste de direction avec l'équipe olympique, le meilleur des deux mondes», confie-t-il au bout du fil.
Cette expérience pourrait-elle permettre à celui qui a été jadis adjoint au directeur général des Coyotes de l'Arizona d'occuper éventuellement le poste de ses rêves?
La réponse de l'homme de 50 ans étonne. «J'ai le travail de mes rêves en ce moment. Je travaille pour une grande organisation de la LNH et je prépare une équipe pour les Jeux olympiques. Et je ne regarde jamais trop loin devant. Je veux faire le meilleur travail possible et continuer à apprendre.»
Burke vient au 25e rang de l'histoire au chapitre des victoires avec 324, devant Billy Smith, Miikka Kiprusoff et Mike Richter. Il a joué 18 ans dans la LNH, entre autres pour les Devils du New Jersey, les Whalers de Hartford, les Panthers de la Floride et les Coyotes de Phoenix. Il a remporté la médaille d'argent aux Jeux olympiques d'Albertville en 1992, même si les joueurs de la LNH n'y prenaient pas part.
Ses exploits et sa réputation n'ont pas atteint son humilité et sa courtoisie. Burke est d'une simplicité et d'une gentillesse rares au téléphone. «Je me suis joint au Canadien par l'entremise de [l'un des bras droits de Marc Bergevin,] Scott Mellanby. Nous avons été coéquipiers au Championnat mondial junior et avons joué ensemble en Floride. J'avais pris une année sabbatique après mon départ de Phoenix, et Mell m'a appelé pour me demander si j'étais intéressé par le poste de recruteur dans l'Ouest. Je connaissais Marc Bergevin et j'aime la qualité des hommes de hockey de cette organisation.»
Burke a quitté les Coyotes peu après l'arrivée du jeune dg John Chayka, il y a deux ans. «J'étais l'adjoint au dg et l'entraîneur des gardiens, je m'y trouvais depuis sept ans, il y a eu des changements du côté des propriétaires et de la direction, et j'avais besoin de changement. Je voulais expérimenter de nouvelles choses.»
Burke n'aurait sans doute pas obtenu le poste de dg de l'équipe olympique canadienne si la LNH avait accepté de participer aux Jeux. Steve Yzerman, Peter Chiarelli, Ken Holland, Doug Armstrong et compagnie seraient fort probablement de retour.
Le lien entre Burke et Hockey Canada est cependant fort. Burke a pris part à deux Jeux olympiques (quatre ans avant Albertville, il avait porté l'unifolié à Calgary), un Championnat mondial junior et quatre Championnats du monde. 
Tâche titanesque
Sa tâche s'annonce titanesque puisqu'il lui est interdit de sélectionner tout joueur sous contrat de la LNH, même ceux qui évoluent dans la Ligue américaine. À l'heure actuelle, Derek Roy, Marc-André Gragnani, Kevin Klein, Ben Scrivens, Kevin Poulin, Mason Raymond, Maxime Talbot, Gilbert Brule et Cam Barker figurent parmi les candidats les plus connus.
Il a quelques autres joueurs dans sa ligne de mire, donc certains juniors. «On surveille la situation de Nolan Patrick [deuxième choix au total en 2017]. Sera-t-il renvoyé dans les rangs juniors? Restera-t-il à Philadelphie? D'autres joueurs d'âge junior pourraient disputer neuf matchs en ouverture de saison, puis être rendus disponibles. Même s'ils ont un contrat d'entrée de la LNH, les jeunes renvoyés dans les rangs juniors seront admissibles. Il n'y a peut-être pas d'Eric Lindros comme avec nous en 1992, mais nous allons surveiller cette catégorie de joueurs de près.»
Burke n'a pas encore fait son deuil de Shane Doan, qui a récemment annoncé sa retraite. «Shane Doan nous amènerait énormément d'expérience et de leadership, dit-il. Mais un joueur qui voudra participer aux Olympiques devra rester actif dans une ligue professionnelle quelconque cet hiver pour maintenir un certain niveau. Peut-être pas du début de la saison, mais au moins quelques mois avant les Jeux.»
Le dossier de Jarome Iginla est moins encourageant. «Sa situation est différente de celle de Shane Doan, explique Burke. Jarome espère toujours jouer dans la LNH à l'heure actuelle.»
Un corps à réparer
Sean Burke ne s'ennuie pas trop de l'époque où il jouait. «Plus maintenant. C'est toujours plus difficile les premières années, mais quand on travaille dans le milieu, on peut retrouver d'une certaine façon la vieille routine quotidienne. La transition a été bonne pour moi. J'ai été chanceux d'avoir une longue carrière et de poursuivre dans ce domaine.»
La santé est somme toute bonne. «Je me sens quand même bien. J'ai eu deux remplacements des hanches il y a quelques années, j'ai subi neuf ou dix interventions chirurgicales, comme la plupart des gars, mais j'ai une routine d'entraînement qui me permet de rester en forme.»
Il aurait rêvé de jouer pour le Canadien. «Mais ce n'est jamais passé proche. J'aurais tellement aimé avoir ce privilège. Regardez les statistiques. Je n'en suis pas sûr, mais je crois avoir été à mon mieux quand je jouais à Montréal. J'aurais été assez bon pour le Canadien.»
Débuts avec les Devils
Sean Burke a entamé sa carrière en 1987 avec les Devils du New Jersey. Il a pris sa retraite en 2007 chez les Kings de Los Angeles. Il a vécu les grands changements du métier de gardien.
«Parmi ces grands changements, il y a eu l'arrivée des entraîneurs des gardiens. Ça a haussé le niveau de tous les gardiens. Benoit Allaire, entre autres, a eu une grande influence sur moi. L'équipement a aussi beaucoup changé. J'ai commencé avec les vieilles jambières brunes, mais pour moi, les nouvelles jambières n'ont pas changé les choses autant que l'équipement pour le haut du corps. En début de carrière, je pouvais sentir les rondelles, maintenant, il n'y a plus de peur, les gardiens peuvent désormais bloquer les rondelles.»
Mais le plus grand gardien de tous les temps? «On évoque souvent Patrick Roy et Martin Brodeur, répond Sean Burke, mais à mes yeux, Dominik Hasek est le plus grand. Brodeur et Roy ne sont pas loin derrière, mais Hasek a changé la perception que les gens pouvaient avoir de notre métier de gardien. Tout le monde disait qu'il pratiquait un style qui ne fonctionnerait pas, mais c'est son sens du jeu qui lui a permis de briller. C'était un aspect du jeu qu'on associait aux avants. Dominik Hasek a prouvé que c'était aussi un élément essentiel pour les gardiens. Il comprenait le jeu mieux que n'importe quel gardien, un peu comme Wayne Gretzky chez les avants.»