Depuis que Doug Weight est à la barre des Islanders, ils n'ont aucune défaite en temps réglementaire en quatre matchs (3-0-1).

L'avantage de la glace des Islanders

En plus de devoir affronter les Islanders de New York, un club qui a retrouvé sa joie de vivre depuis l'arrivée en poste du nouvel entraîneur Doug Weight, le Canadien va devoir affronter un autre obstacle de taille, jeudi à Brooklyn : le Barclays Center.
Les Islanders n'en sont qu'à leur deuxième saison dans cet aréna, mais l'endroit en question est déjà décrié comme étant l'un des pires pour assister à un match de la LNH. C'est aussi l'un des pires endroits pour y jouer au hockey, à ce qu'il paraît...
«Ça ne fait pas partie des meilleurs arénas de la ligue, ça, c'est certain», a répondu le défenseur Jeff Petry avant le départ pour Brooklyn. «C'est différent, c'est sûr. C'est la configuration de l'endroit qui est différente. Mais ça ne doit pas nuire à notre préparation en vue de ce match.»
Ce qui est certain, en tout cas, c'est que les joueurs des Islanders y voient un avantage : ils ont une fiche de 14-8-5 à la maison, comparativement à un dossier beaucoup plus ordinaire de 6-9-4 sur les glaces ennemies cette saison.
Le capitaine Max Pacioretty ne veut pas trop en rajouter - «Parce que j'ai des amis par là-bas!» -, mais il reconnaît du bout des lèvres que le Barclays Center n'est pas un endroit qui respire le hockey. «Je ne sais pas ce qu'on peut rajouter. Peut-être qu'on est un peu trop gâtés parce qu'on joue au Centre Bell?»
Équipe transformée
Mauvaise glace ou pas, le Canadien va affronter un club transformé depuis le congédiement de l'entraîneur-chef Jack Capuano, il y a une semaine. Depuis que Weight est à la barre de l'équipe, les Islanders n'ont aucune défaite en temps réglementaire en quatre parties, ayant récolté trois victoires (3-0-1) depuis cette embauche.
«Les joueurs essaient toujours de faire bonne impression quand ils doivent jouer pour un nouvel entraîneur», a noté Pacioretty. «J'ai déjà été dans cette position auparavant. Tous les joueurs tentent d'impressionner le nouvel entraîneur, tous les joueurs tentent d'obtenir plus de temps de jeu, ils tentent tous d'être évalués de manière très favorable. Alors je m'attends à affronter des gars qui vont travailler très fort.»
Il y a aussi le fait que les joueurs du Canadien en seront à leur dernière partie avant la pause du Match des étoiles à Los Angeles, en fin de semaine. Rappelons que Carey Price, qui sera devant le filet contre les Islanders, et Shea Weber seront les deux représentants du Canadien. «Mais personne dans ce vestiaire ne pense à la pause du Match des étoiles, on pense à gagner ce match», a tenu à dire Petry.
«Aréna de basketball»
Le Canadien n'a pas eu souvent à aller patiner à Brooklyn, mais en deux matchs jusqu'ici contre les Islanders dans leur nouvelle demeure, il a une fiche de 2-0. Phillip Danault, qui n'a disputé qu'un seul match en carrière à Brooklyn, ne conserve pas des souvenirs très favorables de l'endroit.
«C'est pas un aréna de hockey, c'est un aréna de basketball plus qu'autre chose. La glace, c'est pas la meilleure, je me souviens de ça. Mais au moins, la glace sera aussi mauvaise pour eux autres que pour nous!»
«Coincés» à Brooklyn
Les Islanders aimeraient mettre fin à leur entente avec le Barclays Center, propriété des Nets de Brooklyn de la NBA. Un déménagement à New York ou ailleurs est illusoire selon Andrew Zimbalist, analyste économique des sports américains.
La plupart des joueurs des Rangers vivent à Manhattan, préférant la proximité du Madison Square Garden et de Times Square à celle du lieu d'entraînement de l'équipe, dans la banlieue nord de New York. Ceux des Nets de Brooklyn habitent presque tous dans l'arrondissement préféré des hipsters, où se trouve le Barclays Center, l'amphithéâtre que ces basketteurs de la NBA partagent avec les Islanders.
Mais les joueurs des Islanders continuent à bouder Brooklyn. Tout autant qu'ils ont choisi de rester près de leur lieu d'entraînement, au milieu de la longue île qui a donné son nom à leur équipe.
La proximité de l'amphithéâtre où les joueurs d'une équipe évoluent n'est évidemment pas garante de succès, comme le démontrent de façon éclatante (ou désolante) les Nets, détenteurs de la pire fiche de la NBA cette saison (9-35 avant le match d'hier soir). Mais, dans le cas des Islanders, la distance entre l'équipe et Brooklyn semble vouloir se creuser.
Après maintes protestations de la part des joueurs, ceux-ci n'utilisent plus la glace du Barclays Center pour se délier les jambes le matin de leurs matchs locaux. Et les nouveaux propriétaires des Islanders, Jon Ledecky et Scott Malkin, jonglent depuis plusieurs mois avec l'idée de quitter Brooklyn, où leur équipe termine sa deuxième saison devant une moyenne inférieure à 13 000 spectateurs par match.
En juin dernier, le quotidien de Long Island Newsday révélait que Ledecky et Malkin avaient engagé des pourparlers pour construire un nouvel amphithéâtre avoisinant le CitiField, le domicile des Mets dans l'arrondissement de Queens, ou à Belmont Park, le site de Long Island qui accueille la dernière étape de la Triple Couronne.
En septembre, Newsday ajoutait que le contrat liant les Islanders au Barclays Center comprenait une clause de retrait pouvant être invoquée au bout de trois ans par l'une ou l'autre des parties après des négociations de bonne foi visant à renégocier les conditions de l'entente actuelle.
Au-delà de leurs sentiments vis-à-vis de Brooklyn, les Islanders ont tout intérêt à renégocier cette entente conclue en 2012 par l'ancien propriétaire de l'équipe, Charles Wang. Mais une renégociation risque de ne pas suffire à rendre Brooklyn plus attrayant aux yeux de Ledecky et de Malkin.
Pas de soutien pour un nouvel amphithéâtre
«Ça ne sera jamais avantageux d'être un locataire dans un amphithéâtre dont le propriétaire est une autre équipe», dit Andrew Zimbalist, analyste économique des sports américains. «Il est toujours préférable d'avoir son propre amphithéâtre, de façon à recueillir non seulement tous les revenus de la vente normale des billets et des sièges de luxe, mais aussi les revenus des événements qui ne sont pas liés au hockey, tous les revenus de commandite, tous les revenus des concessions alimentaires, etc. Le fait de ne pas avoir ça place les Islanders dans une position désavantageuse par rapport à la plupart des autres équipes.»
Zimbalist comprend donc le désir des Islanders de mettre un terme à leur entente avec le Barclays Center et de déménager ailleurs dans la grande région de New York ou dans une autre ville. Mais il conseillerait aux propriétaires de l'équipe de ne pas se faire d'illusions à ce sujet.
«Le problème est que vous ne trouverez pas dans la grande région de New York une communauté prête à soutenir le coût de la construction d'un nouvel amphithéâtre. Dans certaines circonstances, vous pouvez composer avec ce problème en déménageant dans une autre ville. Mais les Islanders ont examiné cette possibilité pendant des années, et rien ne s'est présenté à eux. Je pense qu'ils sont coincés à Brooklyn.»
Et Smith d'ajouter : «Si les Islanders redeviennent performants, je pense qu'ils sont capables de recréer une base de partisans. Pour le moment, ils se retrouvent un peu au milieu de nulle part. Leurs vieux partisans ne veulent pas voyager de Long Island à Brooklyn - ça prend trop de temps et les transports en commun ne sont pas bons - et les gens de Brooklyn ne sont pas encore intéressés à l'équipe.»
Faut dire que les joueurs des Islanders ne semblent pas plus s'intéresser à eux qu'il ne le faut.  Richard Hétu (La Presse)