Plusieurs équipes de la LNH convoitaient les services de l'ex-entraîneur-chef des Bruins de Boston, Claude Julien. Les liens tissés avec le dg du Canadien, Marc Bergevin, lors de la Coupe du monde de septembre dernier, ont pesé lourd au moment de prendre sa décision de s'amener à Montréal.

«J'aime les villes de hockey»

Claude Julien avait l'intention d'attendre au printemps avant de prendre une décision quant à la suite de sa carrière. C'était sans compter sur l'insistance des autres formations de la Ligue nationale.
Julien n'a eu d'autres choix que de couper court à ses vacances familiales dans le Vermont quand il a reçu l'appel de Marc Bergevin. Mais une chose est certaine : le dg du Tricolore a dû se montrer persuasif en peu de temps, puisque Julien était convoité par plusieurs formations du circuit Bettman.
«Il y avait d'autres équipes qui étaient très intéressées», a admis Julien, en téléconférence de son domicile de Boston. «Mais dès que j'ai parlé avec le Canadien, je voulais écouter ce qu'ils avaient à me dire.
«Ç'aurait été facile pour moi d'aller dans un marché où le hockey est secondaire - ou plus creux encore - et de simplement me présenter à l'aréna pour faire mon travail», a ajouté Julien. «Mais j'aime les villes de hockey et c'est l'une des raisons qui m'ont aidé à prendre ma décision.»
Les liens tissés avec Bergevin lors de la Coupe du monde de septembre dernier auront pesé lourd au moment de prendre sa décision. «Il y a plusieurs facteurs, mais j'ai eu une bonne "connexion" avec lui à la Coupe du monde. C'est un bon directeur général, une bonne personne. C'est important pour moi de travailler avec de bonnes personnes.
«Je réalise aussi que je m'en vais dans une bonne organisation», a ajouté le nouvel entraîneur-chef du Canadien, âgé de 56 ans. «Le fait que je connaisse le marché, que je me rapproche de chez moi aussi, ça a influencé. J'aime la direction dans laquelle cette équipe s'en va et le potentiel qu'elle a.»
Cinq ans à 5 M$ par année
Le deuxième passage de Julien à la barre du Canadien - il avait occupé le poste de janvier 2003 à janvier 2006 - ne sera d'ailleurs pas de courte durée. Il deviendra le troisième coach le mieux payé de la ligue, après Mike Babcock (Toronto) et Joel Quenneville (Chicago). Il a signé une entente de cinq ans qui démarre la saison prochaine et qui, selon le collègue Pierre LeBrun d'ESPN, lui rapportera 5 millions $ par année.
«Pour revenir avec le Canadien, je voulais que ce soit une bonne expérience et qu'on se donne la chance de réussir», a expliqué Julien.
En s'amenant avec le Tricolore, Julien prend en charge une formation qui occupe le premier rang de la section Atlantique, certes, mais qui a connu bien des ennuis dernièrement, comme en fait foi sa fiche de 3-6-1 à ses 10 dernières sorties sous les ordres de Michel Therrien, et de 23-19-7 depuis le 1er novembre.
«On me confie une bonne équipe, je le sais très bien», a souligné Julien, qui montre une fiche de 538-332-10-117 en 997 rencontres dans la LNH. «C'est une équipe qui a probablement le meilleur gardien au monde, qui a de bons défenseurs, des joueurs qui bougent bien la rondelle et beaucoup de talent à l'avant. Et même s'ils ne marquent pas en ce moment, on va déterminer si c'est une question de confiance en soi ou s'il y a des ajustements à apporter.»
Mieux outillé qu'en 2003
Même s'il vient de perdre son job après près de 10 ans à Boston, Julien n'a pas l'intention de modifier son approche. «C'est l'une des raisons, je pense, pour lesquelles on m'a donné l'opportunité de revenir à Montréal. J'ai toujours eu de bonnes relations avec mes joueurs. Le respect, ça se gagne. Si tu respectes tes joueurs, ils vont te respecter. La fine ligne qui existe entre le respect et l'autorité, c'est ce que j'essaie de garder et ce que je ferai à Montréal.»
Il admet cependant qu'il est mieux outillé pour ce deuxième passage à Montréal qu'il y a 14 ans. «L'expérience fait beaucoup. Je n'ai jamais été amer ou déçu de mon expérience à Montréal. C'était ma première expérience [dans la LNH] et j'ai vite réalisé que de se faire congédier, ça faisait partie du métier. J'ai toujours aimé l'organisation, la ville, ses partisans. J'aime les défis et ça m'excite de revenir. Mais je ne manquerai pas d'expérience cette fois-ci.»  Avec La Presse
Un système qui a fait ses preuves
Claude Julien aime bien que son équipe soit en possession de la rondelle. L'entraîneur-chef ne croit pas que son système de jeu diffère énormément de celui de son prédécesseur chez le Canadien. Selon lui, de petits ajustements font souvent une grosse différence.
À quel genre de hockey peut-on s'attendre chez le Canadien sous les ordres de Claude Julien, un entraîneur-chef extrêmement structuré? Conservateur diront certains; ultra-défensif diront d'autres. Il n'en demeure pas moins que le système étanche qu'il a mis au point avec les Bruins de Boston a fait ses preuves au fil des ans.
«J'ai toujours dit qu'on ne gagnait pas en jouant du jeu entièrement offensif, même si on a besoin de marquer des buts», a rappelé Marc Bergevin, mercredi, en décrivant son nouvel homme comme un entraîneur direct, juste et ferme qui allait apporter le sens des responsabilités dont ses joueurs ont besoin. «Il ne s'agit pas de jouer défensif, il s'agit de jouer du hockey responsable.»
De prime abord, Julien ne croit pas que son système de jeu diffère énormément de celui de Michel Therrien. «Mais souvent, de petits ajustements font une grosse différence», a-t-il pris soin de préciser. À n'en pas douter, il veillera à remettre sur les rails l'unité d'infériorité numérique, aspect qui a longtemps souri aux Bruins durant son règne.
Le coefficient de tentatives de tirs est une unité de mesure qui est utilisée pour estimer la possession de rondelle. Au fil des ans, les Bruins ont fait très belle figure sur ce plan, à l'exception de l'an dernier. Même au moment de son congédiement, les Bruins affichaient le meilleur Corsi de la ligue!
«Je veux avoir la possession de la rondelle», a reconnu Julien. «Avec les Bruins, la rondelle était souvent dirigée dans le fond de la zone, mais on avait un bon échec-avant pour nous permettre d'en reprendre le contrôle. On va travailler là-dessus à Montréal aussi, parce que je veux continuer d'avoir cette statistique qui montre qu'on joue le plus souvent avec la rondelle.
«Et l'autre aspect du jeu qui nous a donné l'occasion d'avoir souvent la rondelle, c'était le jeu défensif. Quand on défendait bien, on reprenait rapidement possession de la rondelle. Il y a plusieurs petits ajustements qui vont être faciles à apporter et qui vont porter leurs fruits.»
Se maintenir à jour
À Boston, Julien a longtemps demandé à ses attaquants de créer une trappe en zone neutre et à ses arrières de demeurer stationnaires en zone défensive afin de limiter les chances de marquer. C'est de cette façon qu'il a remporté la Coupe Stanley. Mais les Bruins ont ensuite perdu des joueurs à cause du plafond salarial et ils ont changé de directeur général.
Sous Don Sweeney, Julien a accepté d'adopter une cadence de jeu plus rapide, avec une implication accrue des défenseurs en attaque, et ainsi d'emprunter le virage observé partout dans la Ligue. Les résultats ont été mitigés, et il a fini par en payer le prix. 
«D'une saison à l'autre, les choses changent», a souligné Julien. «À un certain moment, c'était de grosses équipes qui gagnaient la Coupe Stanley. Puis ça a été la vitesse. L'an dernier, l'important pour les Penguins de Pittsburgh était de ne pas passer beaucoup de temps dans leur territoire et ils amenaient les batailles pour la rondelle en zone neutre.
«On voit toujours des changements d'une saison à l'autre et il faut s'assurer de se maintenir à jour. Si tu as la tête trop dure, si tu ne veux rien changer à ton système et que tu n'acceptes pas d'aller dans la direction où s'en va le hockey, tu ne pourras pas survivre.»
Julien a nommé les Ken Hitchcock, Mike Babcock et Joel Quenneville, entraîneurs-chefs de métier qu'il a côtoyés au sein du programme national, pour décrire comment il puisait dans de nouvelles perspectives. «C'est incroyable comme on peut s'améliorer en échangeant ses idées.»  La Presse