Dominique Ducharme se sentait prêt à faire enfin le saut dans la LNH lorsque le Canadien lui a offert de seconder Claude Julien derrière le banc de l'équipe.

Dominique Ducharme, un apôtre de la patience

La présence de Dominique Ducharme derrière le banc du Canadien jeudi soir à Québec prouve qu’il pratique ce qu’il enseigne. Apôtre de la patience, le nouvel adjoint de Claude Julien a, sans jamais brûler d’étapes, gravi un à un les échelons de la profession d’entraîneur au fil de sa carrière d’une douzaine d’années, jusqu’à voir les portes de La Mecque du hockey, le Centre Bell, s’ouvrir au printemps.

Proposition vertigineuse s’il en est une, l’offre de l’organisation montréalaise est survenue alors que Dominique Ducharme se sentait prêt à faire le grand saut, lui dont la feuille de route étincelante comprend une Coupe Memorial avec les Mooseheads d’Halifax en 2013 et une médaille d’or au Mondial junior en 2018.

Déjà courtisé par quelques organisations pour des postes d’entraîneur-chef dans la Ligue américaine, le pilote originaire de Joliette a immédiatement cessé d’écouter la concurrence lorsque le Tricolore s’est manifesté. «De un, je me sentais prêt à aller à l’autre niveau. J’ai toujours dit que lorsque tu fais les bonnes choses, un jour, les bonnes choses arrivent. Il y a eu de l’intérêt d’une couple d’organisations, mais d’avoir un contact avec le Canadien, de les rencontrer, ça s’est fait quand même assez rapidement. Et d’avoir cette opportunité-là...

«C’est une chose d’accéder à la Ligue nationale. C’était certainement quelque chose que je voulais faire, mais de pouvoir le faire avec le Canadien de Montréal, c’est encore plus spécial», a admis Ducharme.

Se trouvant sur la trajectoire d’une carrière d’entraîneur-chef, Ducharme affirme ne pas avoir hésité longtemps avant d’accepter la fonction d’entraîneur-adjoint à Julien, lui qui avait également occupé ce poste auprès de Pascal Vincent avec le Junior de Montréal, de 2008 à 2011. Car malgré une carrière de joueur professionnel de six saisons dans diverses ligues mineures américaines (ECHL, AHL) et européennes (Divisions 1, 2, 3, France), l’homme de hockey de 45 ans n’a jamais joué dans la LNH, ce qui peut être perçu négativement et peut aller jusqu’à miner la crédibilité d’un entraîneur auprès des joueurs du circuit Bettman.

En acceptant un poste d’adjoint, Ducharme espère se plonger plus progressivement dans son nouvel environnement de travail, tout en contribuant à l’effort collectif du personnel d’entraîneurs du Canadien. Son terrain de jeu? Il est notamment responsable des attaquants, et plus particulièrement de l’avantage numérique, avec Kirk Muller. Il s’occupe également de l’analyse vidéo de l’adversaire et de la préparation du plan de match, en compagnie de Julien. Et durant les matchs, il propose des ajustements à ce dernier.

Le 27 mai 2013, Dominique Ducharme et son capitaine Trey Lewis débarquent à Halifax avec la Coupe Memorial.

«Pour moi c’était important [d’arriver dans la LNH de cette façon] et de pouvoir le vivre de l’intérieur, parce que je ne l’avais pas vécu comme joueur. Éventuellement, c’est quelque chose que je veux faire comme entraîneur-chef. Mais je veux continuer d’avancer comme entraîneur et je sentais que je pouvais prendre beaucoup de bagages en prenant ce chemin-là.»

Pas en pays inconnu

Et Ducharme ne s’amène pas seul à Montréal. Sa connaissance des joueurs de la relève, acquise au cours de ses sept saisons à la barre d’équipes de la LHJMQ (cinq avec Halifax et deux avec Drummondville) et de ses sept années d’engagement dans le programme d’excellence de Hockey Canada, servira assurément au Canadien.

«C’était aussi une raison pourquoi le poste avec le Canadien m’intéressait. C’est que je sentais que je pouvais faire partie de la solution. Je sentais qu’on pouvait avoir une bonne chimie, que je pouvais apprendre de Claude, Kirk, Luke [Richardson, entraîneur-adjoint], Stéphane Waite [entraîneur des gardiens de but] et compagnie, et que je pouvais avoir un impact. En même temps, je sentais que je pouvais amener mes idées. Pour moi, c’était une bonne situation.»

Plusieurs joueurs dirigés par Ducharme se retrouvent d’ailleurs présentement dans l’organisation du Canadien. Il suffit de penser aux Jonathan Drouin, Nick Suzuki — qu’il avait d’ailleurs retranché d’Équipe Canada junior en décembre —, Victor Mete, Noah Juulsen et Charles Hudon.

L’entraîneur renoue également avec son ancien collègue du Junior de Montréal, Joël Bouchard, qui s’est joint au Canadien, à titre d’entraîneur-chef du Rocket de Laval, un mois après lui. Les chemins des deux hommes de hockey continuent de se croiser, eux qui, plus récemment, ont contribué aux succès d’Équipe Canada junior, Ducharme en tant qu’entraîneur-chef, Bouchard au sein de l’équipe de direction.

«Au fil du temps, on est devenus des amis proches. De pouvoir travailler dans la même organisation, c’est le fun. C’est un positif de plus pour moi. Je retrouve aussi beaucoup des joueurs que j’ai coachés ou côtoyés avant, que ce soit au Mondial junior, dans la LHJMQ, ou parce que j’ai dirigé des matchs contre eux. Ça fait que je me sens à l’aise dans mon nouveau rôle.»

Parmi eux, Drouin, qui a brillé sous les ordres de Ducharme à Halifax, est celui dont la situation intrigue peut-être le plus les amateurs. Jouera-t-il au centre? Ou à l’aile? Avec quels joueurs s’alignera-t-il?

«On en parle tous ensemble, comme on parle de tous les joueurs. C’est certain que c’est un joueur que je connais plus que les autres. Je vais éventuellement connaître plus les autres. Mais à part ça, le travail reste le même», a indiqué du bout des lèvres Ducharme, qui ne veut visiblement pas s’aventurer sur un terrain glissant.

Bien préparé

Ses 10 saisons passées dans les rangs juniors n’auraient pu mieux le préparer à son nouveau travail. Avec le Junior de Montréal, il a découvert les particularités de la fonction d’entraîneur-adjoint. Avec les Mooseheads d’Halifax, il a continué sa progression en endossant le rôle d’entraîneur-chef. Avec les Voltigeurs de Drummondville, il a ajouté une nouvelle corde à son arc en assumant aussi les responsabilités de directeur général.

«Toutes ces expériences-là nous forment autant comme entraîneur que comme homme de hockey. C’est certain que la Ligue nationale, c’est une réalité différente. Nos joueurs ne sont pas en pension et ne vont pas à l’école ici, des à-côtés que tu dois gérer quand tu es junior. Il y a des réalités différentes, mais tout ça nous prépare à aller à un autre niveau», note Ducharme, qui découvre également les contraintes liées à l’application de la convention collective des professionnels de la LNH.

En 2012, après avoir accusé un retard de 0-3 face aux Remparts, Dominique Ducharme et ses Mooseheads d'Halifax avaient complété la spectaculaire remontée en remportant le septième match de la série en prolongation, au Colisée.

Pour y arriver, il faut toutefois se donner du temps. C’est un processus. Un concept avec lequel tous les entraîneurs ayant fait leurs classes dans les rangs juniors sont familiers.

«Tu ne peux pas penser trop loin. Chaque jour, il faut venir à l’aréna et s’assurer d’en sortir meilleur que lorsqu’on y est entré. Tu ne peux pas sauter d’étapes. Comme entraîneur, j’ai eu cette patience. Je suis passé par toutes les étapes, à tous les niveaux, dans tous les rôles, pour graduellement monter les échelons.

«Ça me prépare bien à ce qui s’en vient. Et j’ai la même philosophie avec les joueurs. Quand on s’applique à bien faire les choses au quotidien, on devient graduellement une meilleure équipe.»

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UNE SÉRIE MÉMORABLE

Ce n’est pas sans un certain plaisir que Dominique Ducharme renouera avec Québec, jeudi. «Dans mes années juniors, on a tout le temps eu des bons matchs, des bonnes confrontations avec les Remparts, à Québec. Surtout lorsque j’étais avec Halifax, parce qu’on était dans des cycles similaires.» En 2012, dans l’enceinte inhospitalière du Colisée, ses jeunes Mooseheads avaient également effectué une remontée spectaculaire contre les Remparts, après avoir accusé un déficit de 0-3 dans le quart de finale de la LHJMQ, pour enlever la série lors du septième match, en prolongation. La formation d’Halifax alignait alors deux exceptionnels attaquants de 16 ans, Nathan MacKinnon et Jonathan Drouin, particulièrement brillant. «Ç’a été mémorable, c’est certain. À ce moment-là, notre jeune équipe avait grandi beaucoup de cette série-là. L’année d’après, on avait gagné la Coupe Memorial. Les séries éliminatoires, et particulièrement celle contre les Remparts, avaient eu un gros impact sur la maturité que nos jeunes avaient prise. Comment faire face à l’adversité. Ça nous avait fait grandir beaucoup.»

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LA CARRIÈRE DE DOMINIQUE DUCHARME DANS LA LHJMQ

- Adjoint de 2008 à 2011 avec le Junior de Montréal

-Entraîneur-chef de 2011 à 2016 avec les Mooseheads d’Halifax

- Entraîneur-chef de 2016 à 2018 avec les Voltigeurs de Drummondville

Honneurs individuels

- 2013 : trophée Ron-Lapointe (entraîneur de l’année de la LHJMQ)

- 2013 : tophée Brian Kilrea (entraîneur de l’année de la LCH)

- 2018 : trophée Paul Dumont (personnalité de l’année de la LHJMQ)

Fiche comme entraîneur-chef

Saison régulière (450 matchs) : 255 gains, 158 défaites, 37 défaites en prolongation (pourcentage de victoires de ,607)

Séries éliminatoires : 52 victoires, 26 défaites (pourcentage de victoires de ,667)