Jesper Fast sonne les cloches de Nikita Nesterov en première période du match de vendredi. Depuis le début de la série, Canadien et Rangers sont méconnaissables au chapitre de la robustesse, ayant totalisé respectivement 108 et 119 mises en échec.

Des équipes méconnaissables

Au cours de la saison 2016-2017, le Canadien a fini 12e dans la LNH pour les mises en échec. Les Rangers, 16es.
Les joueurs du Tricolore ont jeté les gants 19 fois. Ceux des Rangers, 16 fois. On parle ici des 23e et 25e rangs du circuit.
Pourtant, devinez dans quelle série il s'est distribué le plus de mises en échec jusqu'ici. Et dans laquelle la première bagarre officielle des séries 2017 a éclaté.
On s'attendait à une série de gardiens, dans laquelle les habiletés et la vitesse prendraient le dessus sur la robustesse. C'est finalement tout le contraire qui se produit.
Après les deux premiers matchs de cette série Canadien-Rangers, on ne parle donc pas du coup de patin de Chris Kreider ou de la fluidité des relances du défenseur recrue Brady Skjei. On parle plutôt des 119 mises en échec des Rangers, des 108 du Canadien, du furieux combat de Shea Weber contre J.T. Miller et de la petite rivalité entre l'attaquant Andrew Shaw et le défenseur Brendan Smith.
Record des Rangers
Dans les notes de presse des Rangers, on nous rappelle d'ailleurs que les 74 mises en échec appliquées vendredi constituaient un record d'équipe depuis que la LNH compile cette statistique (1997-1998). Le quatrième trio des Rangers, composé du vétéran Tanner Glass et des jeunes Jesper Fast et Oscar Lindberg, a amplement contribué à la cause en distribuant 21 plaquages.
Mais en se livrant à une telle guerre de tranchées, les Rangers ne s'éloignent-ils pas de leur ADN? Ils ont beau être plus costauds que le Canadien, on ne parle tout de même pas des «BlueShirts» de l'époque de Sandy McCarthy, Matthew Barnaby et Eric Lindros.
«Quand tu arrives en séries, il doit y avoir un peu de robustesse, et je crois qu'on a bien répondu de ce côté. Mais je pense aussi que notre équipe est bâtie sur la vitesse et qu'on peut revenir à ça», a répondu l'attaquant Derek Stepan, au cours d'un point de presse tenu dans un hôtel de Montréal, hier, avant que l'équipe ne s'envole vers New York.
«On doit trouver le juste milieu entre la robustesse et la vitesse. Si on peut contrôler davantage la rondelle et mettre notre vitesse à profit, on atteindra cet équilibre.»
Le contrôle de la rondelle peut en effet expliquer en partie le nombre anormalement élevé de mises en échec des Rangers. Leur taux de possession de rondelle (indice Corsi) était légèrement bas dans le premier match, mais il a atteint des niveaux catastrophiques (41 % pour les Rangers, contre 59 % pour le Tricolore) vendredi. Et comme tout grand génie du hockey le sait, une équipe qui ne contrôle pas la rondelle aura tendance à frapper davantage que celle qui se préoccupe de la conserver.
Un CH différent
Avec les acquisitions de Jordie Benn, Steve Ott, Dwight King et Andreas Martinsen à la date limite des transactions, en plus de celles de Weber et de Shaw l'été dernier, il était prévisible que le Canadien joue davantage la carte de la robustesse ce printemps.
D'ailleurs, ça a commencé à se faire sentir en fin de saison. Après la date limite des transactions, les joueurs du CH ont été impliqués dans 7 bagarres en 18 matchs. Dans les 64 premiers matchs de la saison, l'équipe avait totalisé 12 combats, soit 1 tous les 5 matchs.
L'identité de l'équipe montréalaise a considérablement changé dans les 12 derniers mois, mais Rick Nash ne voit pas pour autant le Canadien comme une équipe basée sur la robustesse.
«Je ne sais pas si le jeu rude convient mieux [au Canadien], a ajouté un l'attaquant new-yorkais. Mais je sais qu'on se fie à notre vitesse. On est une équipe rapide et quand on connaît du succès, c'est parce qu'on patine bien. En ce moment, nos revirements et notre jeu à la ligne bleue nous ralentissent. Que ce soit pour sortir de notre zone ou pour entrer dans la leur, ça nous ralentit.»
Satisfaits malgré tout
Robustesse ou pas, les Rangers étaient à 18 secondes de quitter Montréal avec une avance de 2-0 dans la série. La défaite de vendredi avait beau être démoralisante sur le coup, Alain Vigneault et ses hommes étaient un peu plus en mesure de relativiser les résultats des deux premiers matchs hier matin.
«Je me suis levé très tôt pour revoir le match [de vendredi]. Si on a pu prouver une chose, c'est qu'on est en mesure de compétitionner avec le Canadien, a affirmé l'entraîneur-chef des Rangers. Tout le monde disait qu'on n'avait pas beaucoup de chances. Peut-être les 10 dernières minutes de la troisième période, où on a eu plus de difficulté. Mais dans l'ensemble, on a bien joué.»
Dans ces circonstances, il est de bon ton, pour l'équipe qui amorçait la série sur la route, de rappeler qu'il s'agit désormais d'un trois de cinq, et que l'avantage de la patinoire a changé de mains. En effet, si la série doit se rendre au septième match, trois des cinq prochains duels auront lieu à New York.
Baisse de décibels en vue?
Les difficultés des équipes adverses au Centre Bell sont peut-être exagérées, mais un fait demeure : l'édifice est souvent bruyant en séries. Vendredi, il était carrément chaotique. La série se déplace maintenant au Madison Square Garden et les joueurs des Rangers ne s'en plaindront pas. «Des matchs des séries au MSG, c'est incroyable. Les partisans sont déchaînés», a estimé le capitaine de l'équipe, Ryan McDonagh. Un article paru dans le New York Times samedi rappelle toutefois que l'aréna est peut-être moins bruyant que célèbre. Certains partisans se demandent si les rénovations majeures terminées en 2013 y sont pour quelque chose, tandis que d'autres y voient plutôt un changement dans la clientèle, davantage d'affaires que partisane. Coïncidence ou non, les Rangers ont présenté un dossier de 21-16-4 au Madison Square Garden, le 23e de la LNH à domicile, et y ont subi huit défaites de suite en fin de calendrier. 
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Protéger l'avance
Les Rangers ont été plutôt bons pour protéger des avances en troisième période cette saison (fiche de 27-4 quand ils mènent après 40 minutes), mais vendredi, ils se sont fait surprendre par les spécialistes des remontées tardives. Le Canadien a en effet mené la LNH avec 11 victoires cette saison quand il amorce la troisième période en retard au pointage. «Les équipes qui mènent par un but jouent généralement les pourcentages. On l'a fait et on était à 17 secondes de gagner de cette façon, a rappelé Derek Stepan. On s'est accrochés dans les 10 dernières minutes, mais ils ont marqué. En prolongation, c'est peut-être là qu'on a été trop prudents, qu'on est restés sur les talons au lieu de partir en échec avant.»