L'entraîneur-chef Claude Julien et le directeur général Marc Bergevin ont rencontré les médias, lundi, à la suite de l'élimination du Canadien.

Bergevin: «Je ne veux pas tout chambarder»

Le Canadien a fait le travail en attaque durant les séries éliminatoires. Il n'a tout simplement pas marqué.
Voilà, en substance, l'argument mis de l'avant par Marc Bergevin et Claude Julien, lundi, en conférence de presse. Une explication qui ne rassurera pas ceux qui attendent que le directeur général, après cinq ans à la direction du Tricolore, solutionne enfin le manque d'attaque chronique de l'organisation. Ou qui rêvent en silence que Bergevin imite Brendan Shanahan et les Maple Leafs de Toronto.
À défaut de compter sur une panoplie de joueurs de talent, Bergevin a misé sur des joueurs valorisés pour leur leadership, leur caractère et leur expérience des séries. Des traits de caractère qui, en principe, auraient dû prévenir une situation comme celle survenue dans le cinquième match du premier tour alors que l'équipe «n'était pas aussi affamée» que les Rangers de New York. Ce sont les mots de Claude Julien.
Aux yeux de Bergevin, ce n'est pas un constat suffisant pour réorienter les priorités de la maison.
«Dans un monde idéal, ça te prend des habiletés, a-t-il convenu, mais tu as aussi besoin d'engagement, et en séries tu as besoin de rebonds favorables. Que ce soit au niveau des lancers ou de la possession de rondelle, on était en avant des Rangers. On a rencontré un gardien qui a été le meilleur joueur de son équipe et qui a fini avec un taux d'efficacité de ,944 [NDLR : ,947]. S'il continue comme ça, il a des chances de gagner la prochaine série.
«Je ne veux pas tout chambarder à cause d'une situation comme celle-là. On va faire des ajustements nécessaires, mais de là à tout virer à l'envers? Je ne suis pas prêt à faire ça, car on a un bon noyau.»
Ce noyau, justement, compte sur plusieurs joueurs qui ont atteint la fin de la vingtaine ou le début de la trentaine. Compte tenu du fait que le Canadien avait une formation en parfaite santé en séries éliminatoires, est-ce réaliste de penser qu'il pourra faire un bond significatif en avant la saison prochaine?
«Henrik Lundqvist a les meilleures séries de sa vie à 35 ans, a répondu le dg. Carey a 30 ans. Je ne vois pas pourquoi dans cinq ans, avec Carey Price, on ne pourrait pas rester dans la même position. On va être patients et on va continuer de s'améliorer. Ça, c'est mon travail.»
La ligne de centre
Il est quand même indéniable qu'offensivement, le Tricolore était vulnérable en raison de la faiblesse de sa ligne de centre. Bergevin et Julien ont patiemment expliqué qu'Alex Galchenyuk avait le potentiel pour devenir un centre no 1, mais qu'à l'heure actuelle, les lacunes dans son jeu le rendaient plus utile à l'aile.
Or, non seulement l'équipe n'a pas progressé au centre par rapport à l'an dernier, mais encore elle a pris deux pas de recul. D'abord parce que Galchenyuk était au centre en fin de saison dernière lorsqu'une folle séquence lui a permis d'atteindre le cap des 30 buts. Et aussi parce que Tomas Plekanec, qui pilotait la deuxième unité l'an dernier, s'est montré incapable de générer assez d'offensive pour justifier ce mandat cette saison.
Dieu merci pour Phillip Danault. «Danault a fait un gros pas en avant cette année, a observé Bergevin. C'est certain que ce n'est pas un centre no 1, mais c'est un joueur très responsable et il a beaucoup de place pour s'améliorer. Plekanec a eu une année très décevante, même s'il s'est retrouvé en fin de saison et en séries. Michael McCarron est un joueur que Claude et moi voyons comme un joueur de centre de gros gabarit qui va continuer à se développer. Et Torrey Mitchell est un centre de quatrième trio. Ce sont nos joueurs de centre à l'heure où l'on se parle.»
Le dg a admis du même souffle qu'il n'avait pas de jeune centre dans les mineures capable de venir aider l'équipe l'an prochain.
Une transaction?
Dans une ligue de 30 équipes - bientôt 31 -, il n'y a même pas 30 centres numéro un dans la ligue, estime Bergevin. Et celles qui en ont un ne le laisseront pas filer.
«Il faut être créatif et travailler autour de cela», a-t-il expliqué, assurant qu'il allait continuer de regarder toutes les options qui s'offrent. Qui sait s'il ne tentera pas de ressusciter le dossier de Vadim Shipachyov, ce centre de 29 ans auteur de 76 points en 50 matchs avec le SKA de Saint-Pétersbourg, dans la KHL.
Ah! Et il ne se fait aucune illusion quant à la possibilité de dénicher un centre d'impact à l'occasion du repêchage, le Tricolore repêchant à peu près toujours autour du 12e rang. Visiblement, il faudra être très créatif.