Selon l'entraîneur-chef Claude Julien, la présence de Jordie Benn a stabilisé le troisième duo de défenseurs du Tricolore.

Benn, une arrivée stabilisatrice

Depuis le début de la saison, le consensus était que le Canadien avait besoin d'un défenseur gaucher de premier plan capable de jouer avec Shea Weber. Et si la solution était ailleurs?
Voilà maintenant quatre matchs que Claude Julien a remanié ses duos de défenseurs afin de jumeler Weber à Andrei Markov. Dans ces quatre matchs, le Tricolore a limité ses adversaires à six buts, dont quatre à forces égales. Carey Price a disputé trois de ces rencontres et s'est très bien débrouillé, mais il n'a pas eu à voler un match.
Trois de ces quatre matchs ont été disputés contre les excellentes attaques de Toronto (6e), de Columbus (5e) et de Nashville (9e). Et samedi soir au Madison Square Garden, le CH a rendez-vous avec la quatrième attaque de la LNH, celle des Rangers. Bref, les tests ont été réels, les résultats, probants.
«On s'est amélioré dans notre jeu une fois que l'on récupère la rondelle», a expliqué Julien, après l'entraînement de vendredi. «On avait des difficultés à exécuter des sorties de zone par la suite. Maintenant, les joueurs comprennent mieux où se diriger. On patine plus avec la rondelle au lieu de la dégager. On accorde moins de chances de marquer parce qu'on passe moins de temps dans notre zone. Les chances de première qualité de nos adversaires ont vraiment diminué.»
Avant que Julien ne modifie les tandems de défenseurs, Weber jouait en moyenne 25:25 par match, essentiellement le même temps d'utilisation qu'il obtenait avec les Predators, la saison dernière. Dans les quatre matchs depuis le remaniement, ce chiffre s'établit à 23:47. Et il serait plus bas si trois des quatre duels n'avaient pas nécessité une prolongation.
N'empêche, on a retranché 98 secondes à l'utilisation de Weber. On parle essentiellement de deux présences de moins par match, une différence pas aussi banale qu'à première vue.
«Ça ne fait pas une grande différence à la fin de la soirée, mais c'est surtout pendant le match que tu le ressens», explique Jeff Petry, dont le temps d'utilisation se chiffre à 22:18. «Ces présences en moins, ce sont celles où tu reviens tout juste au banc et tu es renvoyé immédiatement dans la mêlée. Ça fait en sorte que tu es reposé à chaque début de présence. Les minutes que tu joues sont de qualité et te permettent de jouer au maximum de tes capacités.»
Le jeu de Weber semble se stabiliser depuis quelques matchs, après des moments difficiles depuis les Fêtes. Les nouvelles directives émises par Julien y sont sans doute pour quelque chose, mais le temps d'utilisation n'est pas à négliger. On rappellera d'ailleurs que la saison dernière, des gens de hockey dans l'Ouest estimaient que la fatigue expliquait la baisse de rendement de Weber en séries.
«J'aime le fait que je n'ai pas à trop surtaxer certains joueurs», a admis Julien. «Il y aura probablement des situations où je devrai plus utiliser mes meilleurs défenseurs. Mais tant que je peux bien gérer ça, les joueurs restent frais et dispos.»
Solution à bas prix
Cette nouvelle répartition n'est pas entièrement étrangère à l'arrivée de Jordie Benn, qui accomplit du travail honnête à droite au sein du troisième duo. Il a joué en moyenne 15:31 à ses deux premières sorties, offrant discrètement du jeu défensif solide. Il le fait à une position où Nikita Nesterov et Greg Pateryn jouaient en moyenne 14 minutes. Bref, c'est là que l'on retrouve les 98 secondes manquantes à Weber...
«L'arrivée de Benn a vraiment stabilisé notre troisième duo, croit Julien. À ses deux premiers matchs, il a bien joué et il a aidé Nate [Beaulieu] dans son jeu. Avec un bon défenseur d'expérience, il devient plus stable.»
«Je joue un peu plus que les défenseurs de troisième duo en général, en raison de mon travail en désavantage numérique. C'est pourquoi ils ont fait mon acquisition, pour que je bloque des tirs et que j'aide l'infériorité numérique», juge Benn. «Mais si je joue 10 minutes et que Weber en joue 30, je serai heureux.»
Benn aura un autre type de défi samedi, puisqu'on le verra à l'oeuvre à l'étranger pour une première fois. Cette fois, Julien n'aura pas le dernier mot dans les changements, comme la semaine prochaine à Vancouver, à Edmonton et à Calgary.
Si le Tricolore passe ces tests, si Julien peut continuer à employer son troisième duo pendant une quinzaine de minutes, il aura trouvé une solution à bas prix à un épineux problème. Elle ne permet peut-être pas aux partisans de rêver à une Coupe Stanley, mais pour un simple choix de quatrième tour, Marc Bergevin aura au moins redressé un bateau qui prenait l'eau.
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Problème de garde... de chien
Pour bien des joueurs échangés en cours de saison, le dilemme consiste à savoir si la conjointe et les enfants suivent pour le reste de la saison. Jordie Benn, lui, a un autre type de problème. «Je suis célibataire, sans enfant. J'ai seulement un chien, mais il veut tout dire pour moi», a confié le nouveau numéro 8 du Canadien. En attendant une décision, Juice est donc demeuré à Dallas, aux bons soins du père de Jamie, qui est arrivé à la rescousse au Texas.
Benn explique fièrement qu'il a adopté son bullmastiff dans un refuge, plutôt que d'encourager une animalerie, afin de donner une deuxième chance à un chien qui était abandonné. «Je ne sais pas ce qui lui est arrivé, mais il est un peu timide et nerveux. Mais il est vraiment adorable. Je veux simplement lui donner de l'amour.»