Serge Bernier et Réal Cloutier se sont sûrement remémoré plusieurs souvenirs de la belle époque des Nordiques, vendredi soir, au centre Videotron.

«Buddy» Cloutier, pas l'ami de Bowman ni de Bergeron

La soirée des Remparts de Québec dédiée aux anciens Nordiques a ramené beaucoup de bons souvenirs à la mémoire de Réal «Buddy» Cloutier, mais aucun bon sentiment pour ses anciens entraîneurs Michel Bergeron et Scotty Bowman.

«Scotty n’est pas mon ami... et Bergeron n’est peut-être pas mon ami non plus...», a-t-il lancé en fin d’entrevue, après avoir évoqué ses dernières parties dans la LNH avec les Nordiques et les Sabres de Buffalo avant qu’il accroche ses patins à 28 ans.

«C’est de valeur que ça se soit mal terminé à Québec. Je n’aurais jamais dû partir de Québec. Les joueurs vedettes, tu les gardes, tu ne les échanges pas il me semble», raconte celui qui rappelle encore avec fierté qu’il avait compté les trois premiers buts des Bleus dans la LNH.

«J’aurais aimé jouer avec les Nordiques toute ma carrière. J’ai gagné la Coupe Avco [dans l’Association mondiale de hockey], mais j’aurais aussi voulu gagner la Coupe Stanley», relate Cloutier, laissant entendre qu’après avoir évolué sous les ordres de Jean-Guy Gendron, Marc Boileau, Maurice Fillion et Jacques Demers avec les Nordiques, il n’avait pas vraiment d’atomes crochus avec Bergeron.

Seul joueur à avoir porté les couleurs des Remparts de Québec et des Nordiques tant dans l’Association mondiale que dans la LNH, «Buddy» avait toujours été très attaché à sa ville. «Je suis né à Québec et j’ai commencé à jouer au Colisée à l’âge de 9 ans.»

Échangé

Échangé aux Sabres contre André Savard, Jean-François Sauvé et Tony McKegney avant le début de la saison 1983-1984, Cloutier avait cependant tout fait pour faire regretter la transaction à son ancienne équipe.

«Dans mon premier match contre les Nordiques dans l’uniforme des Sabres, j’ai marqué trois buts. C’était quelque chose, surtout contre mon ancienne équipe», raconte «Buddy».

Les frictions n’ont cependant pas tardé à commencer entre Cloutier et son nouvel entraîneur, Scotty Bowman. «Avec Scotty, un moment donné, ça ne marchait plus du tout...», résume Cloutier, qui a tout de même terminé la saison avec 24 buts et 36 aides en 77 matchs.

La saison suivante, il n’a disputé que quatre matchs dans la LNH, ayant été rétrogradé aux Americans de Rochester de la Ligue Américaine et aux Generals de Flint de la Ligue Internationale.

Il allait prendre sa retraite à la fin de la saison. «J’aurais pu avoir une carrière beaucoup plus longue dans la Ligue Nationale...», a répété Cloutier à propos de sa fin de carrière hâtive.

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LE JOUR OÙ DAN BOUCHARD S'EST LUI-MÊME ÉCHANGÉ AUX NORDIQUES

La plupart des joueurs de la LNH doivent s’attendre à être échangés au moins une fois durant leur carrière. Rares cependant sont ceux qui ont eu l’occasion de s’échanger eux-mêmes...

Il faut entendre Daniel Bouchard, de passage à Québec vendredi pour l’hommage rendu par les Remparts de Québec aux Nordiques de la LNH, raconter cette histoire abracadabrante où il a lui-même négocié pour «s’échanger» des Flames de Calgary aux Nordiques avec la bénédiction de son directeur général Cliff Fletcher en janvier 1981.

«Pierre Pagé, qui était entraîneur adjoint avec les Flames, venait de me dire que je ne jouerais pas ce soir-là. Je suis allé voir Cliff Fletcher et je lui ai demandé de m’échanger. Il m’a dit que personne n’allait vouloir de moi», raconte le gardien qui montrait alors une moyenne de buts alloués de 4.03, sa pire en carrière.

Le défi

«J’ai donc décidé de lui lancer un défi. J’ai dit à Cliff : «Tu me donnes deux appels téléphoniques et je vais m’échanger. Il a dit oui, tu peux faire deux appels, mais personne ne va vouloir de toi!»

Bouchard a donc jeté un œil sur le classement général de la LNH. «Les Nordiques étaient au 21e rang et il restait 29 matchs. J’ai téléphoné à Maurice Fillion [le directeur général] et je lui ai dit que s’il ne faisait pas les séries, il n’aurait plus d’emploi. Je lui ai dit que j’irais jouer à Québec, que les Nordiques allaient faire les séries, qu’il garderait son emploi et que j’allais aller sur le marché des joueurs autonomes à la fin de la saison», raconte Bouchard.

Fillion a insisté pour rappeler Bouchard. «Il avait peur que ce soit Tex Lecor, les Insolences d’un téléphone!», déclare l’ancien gardien en riant. «Ensuite il m’a dit : «Qu’est-ce que tu fais là?» et je lui ai dit que Cliff m’avait donné carte blanche.»

Bouchard est ensuite revenu voir Fletcher pour lui dire que Fillion semblait intéressé et le dg des Flames a alors manifesté de l’intérêt pour l’attaquant ontarien Jamie Hislop.

Marché conclu 

«J’ai rappelé Maurice et je lui ai dit que je pensais que ça allait marcher. Les deux dg ont négocié et quelques jours plus tard, Maurice m’a rappelé pour me dire que j’étais un Nordiques», se souvient Bouchard, qui est effectivement passé à Québec en retour de Hislop le 30 janvier 1981.

On connaît la suite de l’histoire : Bouchard a gagné 19 de ses 29 matchs avec les Nordiques, abaissant sa moyenne à 3.43, les Nordiques se sont effectivement qualifiés pour les séries, perdant en première ronde face aux Flyers de Philadelphie, et Bouchard a passé quatre autres saisons dans la capitale.

«Le plus drôle dans tout ça, c’est que Glen Sather [qui était alors directeur général des Oilers d’Edmonton] m’a plus tard dit qu’il avait essayé d’obtenir mes services à cette époque, mais que les Flames ne voulaient rien savoir de m’échanger à leurs rivaux albertains...», termine Bouchard. Ian Bussières