Individu hors normes qui aborde le golf avec une pensée scientifique, Bryson DeChambeau est le seul joueur de la PGA dont les bâtons sont tous de la même longueur.

Bryson DeChambeau, le «scientifique fou»

PARAMUS, New Jersey — L’expression «scientifique fou» colle bien à Bryson DeChambeau. Un scientifique du genre est toujours au travail, toujours en mode recherche et rarement satisfait.

DeChambeau, sans aucun doute, est un individu à part. Et c’est le principal intéressé qui l’a dit lui-même après sa victoire dimanche dernier à l’Omnium Northern Trust. Il s’agissait d’un troisième titre sur le circuit de la PGA en un peu plus d’un an pour le Californien de 24 ans, ce qui lui a permis de grimper au 12e rang du classement mondial et au premier rang du classement de la Coupe FedEx.

Le golfeur aime la science, au point où il préfère de loin parler de biomécanique que d’oiselets et de bogueys. 

En mars, lorsqu’il avait dû déclarer forfait après la première ronde du Championnat Valspar, il avait dit souffrir d’une inflammation du «QL». Se rendant compte que les journalistes devant lui le regardaient avec des points d’interrogation dans les yeux, DeChambeau a décidé d’élaborer sur la question. 

«C’est parce que mon muscle carré des lombes [la traduction française de quadratus lumborum] ne fonctionnait pas bien», avait-il dit. «Mon muscle iliaque et mon muscle longissimus ne fonctionnaient pas bien, en d’autres mots.»

Mêmes regards vides devant lui... «J’ai mal au bas du dos, c’est plus clair pour vous?» a ajouté le «scientifique fou», qui a visiblement le sens de l’humour. 

DeChambeau, qui a remporté le Championnat de la NCAA et le Championnat amateur américain en 2015, se démarque également par un souci maniaque des détails et son travail acharné. La preuve : après avoir joué 63, samedi, DeChambeau s’est immédiatement dirigé vers le champ de pratique et a frappé des balles, jusqu’à que le soleil se couche. 

«C’est la moitié du travail que je fais pendant les semaines de congé», explique DeChambeau. «Les gens ne réalisent pas à quel point je travaille fort pour tenter de mieux comprendre la biomécanique de mon corps. Je n’ai jamais été très talentueux dans quoi que ce soit. Les gens sont probablement en désaccord avec ça, mais moi je sais que je dois travailler deux fois plus fort que tout le monde pour réussir.

«Quand j’ai commencé à jouer, je n’étais pas vraiment bon. C’est autour de l’âge de 14-15 ans que j’ai réalisé que je devais redoubler d’ardeur pour arriver aux mêmes résultats que les autres.»

Diplômé en physique à l’Université Southern Methodist, à Dallas, DeChambeau a admis qu’il a presque toujours obtenu des A à l’école, mais qu’il devait toujours travailler avec acharnement pour y arriver. 

«J’étais très moyen en lecture et en écriture», avoue DeChambeau. «Je n’oublierai jamais le moment où j’ai reçu un B à l’école secondaire. J’étais sur le choc parce que j’avais travaillé tellement fort. Ce B, c’est à cause de mes lacunes en écriture. C’est comme ça depuis que je suis né. Je dois toujours en faire plus.»

La conscience spatiale en cadeau

Et l’arithmétique, dans tout ça? Le golfeur sourit. 

«Ça, je suis né avec, je crois. J’aime les chiffres. Je crois aussi que Dieu m’a doté d’une grande conscience spatiale.» Qu’est-ce qu’une grande conscience spatiale? Aucun journaliste n’a osé pousser le sujet plus loin...

Depuis quelque temps, DeChambeau s’est trouvé un partenaire d’entraînement en la personne de Tiger Woods. On pourrait inverser la phrase et dire que c’est plutôt le Tigre qui s’est trouvé un partenaire d’entraînement.

Toujours curieux d’aborder le golf différemment, Woods tente d’ailleurs «d’entrer» dans la tête de DeChambeau — seul golfeur du circuit à utiliser des bâtons qui sont tous de la même longueur (celle d’un fer 7) —, afin de progresser. 

«On sait tous qu’il est très intelligent», affirme Woods. «Surtout, il met beaucoup d’efforts pour devenir meilleur, il donne toujours tout ce qu’il a.»

D’ailleurs, le scientifique du golf a récemment déclaré que «chaque jour que tu ne passes pas sur le terrain, quelqu’un d’autre devient meilleur que toi. Cette phrase, je la tiens de Hogan.»

Toutefois, le légendaire Ben Hogan, gagnant de 69 tournois de la PGA, n’a jamais parlé de «conscience spatiale», de «déviation standard» ou de «proprioception».  Mais, reconnu comme un travailleur acharné, il aurait probablement apprécié DeChambeau.