Quatre des six coéquipiers du vétéran Bruno Langlois (deuxième à partir de la gauche) au sein de l’équipe canadienne sont (de gauche à droite) les Québécois Adam Roberge, Nickolas Zukowski, Pier-André Côté et James Piccoli.

Bruno Langlois, grand frère de l'équipe canadienne

Pendant que les coureurs du World Tour se font masser dans le luxe du Château Frontenac, Bruno Langlois assemble une table à pique-nique dans le stationnement arrière d’un centre d’achat de Vanier. Il sera quand même avec eux sur la ligne de départ du Grand Prix cycliste de Québec, vendredi, à 11h.

«Pis je me suis fait mal au dos!» a grimacé le sympathique cycliste, jeudi matin, en montrant son œuvre de bois montée la veille devant son café-boutique-salle d’entraînement Vélo Cartel. C’est là que le vétéran de 39 ans gagne sa croûte pour pouvoir continuer à rouler avec l’élite.

«Il y a beaucoup de monde cette semaine et les gars de la Française des jeux [équipe Groupama-FDJ] s’en viennent. Je ne voulais pas qu’ils manquent de place», explique l’athlète et homme d’affaires, qui porte le titre non officiel de capitaine au sein de l’équipe canadienne formée pour les GPC de Québec, vendredi, et de Montréal, dimanche.

Son commerce s’adresse aux initiés qui savent où aller. Mais son emplacement dans un quartier défavorisé à l’arrière d’un restaurant à déjeuners de la rue Soumande n’attire pas qu’Anthony Roux et ses potes de la FDJ. Aussi des adeptes d’un autre genre de pratique cycliste. On parle plus ici de bicycle, celui parfois équipé d’un chariot pour transporter des sacs pleins de cannettes vides.

Patience et passion

«Ça fait plusieurs années que je dis que c’est mon dernier», sourit le Dominique Michel du cyclisme québécois, qui en sera à son septième GPC de Québec et à son sixième à Montréal. «Mais avec l’expérience et l’entraînement, j’ai prouvé que je suis encore de niveau et que ma place est méritée.»

Ce rôle de grand frère — ou presque de père, son coéquipier Nickolas Zukowsky vient d’avoir 20 ans! — permet à Langlois de conseiller les gars sur le positionnement en course et, au besoin, de les calmer. «Même si en réalité, je suis presque aussi stressé qu’eux!» confie le natif de Matane.

«Ça me garde jeune et ça me motive. Et j’espère que ça donne l’exemple aux jeunes! Ils ont du talent, mais se découragent rapidement. Certains pensent que leur carrière dure deux, trois ans. Mais le cyclisme est un long processus.

«Les vieux performent encore, même au niveau international, poursuit-il. Regarde la Vuelta d’Espagne en ce moment, Alejandro Valverde vient de gagner deux étapes à 38 ans. C’est un sport où il faut être patient et passionné. C’est vrai que c’est dur, il y a les blessures et pas beaucoup d’argent. Mais il faut faire notre chemin et ceux qui passent à travers, à la fin, c’est les plus forts.»

Une équipe jeune

Sur les 201,6 km du GPC de Québec, soit 16 fois une boucle de 12,6 km, Langlois mènera une équipe de sept comptant cinq Québécois. Ses six coéquipiers affichent en expérience totale seulement trois départs au GPC de Québec; quatre sont âgés de 20 ou 21 ans.

L’an dernier, Pier-André Côté, de Saint-Henri-de-Lévis, a pris part à l’échappée lors de sa première participation. Il est de retour avec l’équipe canadienne du directeur sportif Kevin Field, après avoir raflé deux étapes au Tour de Beauce avec la formation Silber, en juin.

«On a des jeunes sélectionnés pour les Championnats du monde des moins de 23 ans, James Piccoli a gagné le Tour de Beauce avant d’aller courir en altitude en Utah et au Colorado, Alex Cataford aussi», énumère Langlois, positif sur la valeur de sa troupe.

«Mais on est contre les meilleurs au monde, tempère-t-il. Notre objectif sera de montrer le maillot et de garder un ou deux gars pour le final. Vu que Peter Sagan [vainqueur ces deux dernières années à Québec] n’est pas là, possible que ça ne se finisse pas au sprint massif. Si la course est moins contrôlée à la fin, qu’on prend le bon coup et qu’on a les jambes, on est capables», espère Langlois.

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PICCOLI CONNAÎT LA GRANDE ALLÉE

Opposé pour la première fois à ses idoles dans une course du World Tour de l’UCI, James Piccoli souhaite avant tout «savourer» le moment. «Je ne sais pas ce que ça voudra dire en matière de résultats, mais c’est une expérience dont je me souviendrai toute ma vie», indique celui qui s’alignera avec l’équipe canadienne pour les GP cyclistes de Québec et de Montréal.

Mais le Montréalais de 27 ans garde une carte dans sa manche. Vainqueur du dernier Tour de Beauce, en juin, Piccoli avait justement amorcé son irrésistible poussée jusqu’au sommet du podium sur la Grande Allée, lors du critérium de Québec. Au même endroit où seront jugés vendredi le départ (11h) et l’arrivée (autour de 16h).

Le parcours s’annonce autrement plus long et plus ardu cette fois, ainsi que le calibre du peloton beaucoup plus relevé. Mais il espère retrouver les succès vécus sa première fois dans l’uniforme canadien cette année.

«De courir avec des gars que j’ai suivis à la télé, que j’ai toujours idolâtrés, ça va être assez cool. C’était des idoles, mais là, je vise de les battre! Alors maintenant, c’est juste des gars avec deux jambes contre qui je dois courser», rigole celui qui termine un contrat avec l’équipe continentale américaine Elevate-KHS.

Il a surtout très hâte à dimanche, au GPC de Montréal. Pour gravir en course World Tour la côte Camillien-Houde, son terrain d’entraînement depuis l’âge de 12 ans. Ses parents auront une petite installation en bordure de parcours, tandis que plusieurs amis et membres de sa famille y seront aussi pour l’acclamer. Quelques-uns feront de plus la route jusqu’à Québec pour la première manche.

«Ces deux courses constituent le moment fort de ma saison, résume-t-il. Un bon résultat serait bien pour un prochain contrat, mais être présent et actif dans la course pourrait être assez à cause du niveau très élevé.»