Malgré les insultes et les quolibets, Brandon Shell (à gauche) ne s'est jamais laissé abattre, devenant plaqueur partant pour les Jets de New York à 25 ans.

Brandon Shell est passé... des actes à la parole

Brandon Shell n'a pas oublié la solitude à l'adolescence, alors qu'il avait peur de parler aux autres. Le plaqueur de 6'5" et de 324 livres des Jets de New York ne savait pas quoi dire, ou comment le dire. Cependant, il savait exactement ce qui allait arriver au moment où son bégaiement allait nouer sa langue et l'empêcher de construire la plus simple des phrases.
«Les autres se moquaient toujours de moi. Ils me disaient :  "Accouche du mot!"» se souvient Shell. «Je devenais tellement anxieux que je me mettais à suer et je me refermais, refusant de parler à quiconque. C'est pour ça que je me fais discret, aujourd'hui, mais j'essaie de sortir de ma coquille en vieillissant.»
Cela a été long pour le gaillard de 25 ans de se sentir suffisamment à l'aise pour s'ouvrir aux autres malgré son trouble d'élocution. Petit neveu du membre du Temple de la renommée Art Shell, Brandon entame sa deuxième saison dans la NFL et il a mérité le poste de plaqueur partant. Une promotion qui est toutefois venue avec un plus grand nombre de demandes d'entrevues, quelque chose qui l'aurait freiné il y a à peine quelques années.  
«Je pense que j'en suis venu à bout parce que maintenant, je suis rendu à un point dans ma vie où ça ne me sert plus à rien de me cacher. Si je bégaie, je bégaie. C'est la vie. Je dois l'accepter, c'est comme ça que je suis.»
Shell n'avait jamais discuté publiquement de ses problèmes de bégaiement, parce qu'il a toujours préféré laisser ses actions sur le terrain parler à sa place. Mais il s'est ouvert après une apparition dans une publicité avec les Jets et STOMP Out Bullying, une campagne de sensibilisation nationale contre l'intimidation et la cyberintimidation pour les enfants et les adolescents aux États-Unis.
Personne n'est parfait
«Tout le monde a des défauts», souligne Shell. «Chez certains, les défauts ne sont pas aussi apparents que chez d'autres, mais ils ont besoin d'apprendre à respecter leurs pairs et à ne pas s'en moquer, parce qu'on ne connaît pas le passé de chaque personne. On ne sait pas ce que les gens vivent à l'extérieur de l'école ou de la maison. Tout le monde devrait prendre ça en considération avant de faire des commentaires désobligeants à propos des autres.»
Shell sait de quoi il parle. Il a connu des jours particulièrement brutaux dans son école secondaire de Caroline du Sud, où il préférait rester seul plutôt que d'être ridiculisé. Pour lui, rien n'était pire que d'avoir à se lever en classe et de lire des passages de ses manuels à haute voix. «Je n'arrivais pas à faire sortir les mots. Je pouvais les voir, mais je ne pouvais pas les laisser sortir.»
Puis, les surnoms méchants ont commencé à tomber : le géant vert jovial, grosse douceur, gros ours en peluche. Et même pire.
«Même si tu es plus massif qu'eux, les gens vont quand même se moquer de toi en raison de ta taille. Ça va de soi. Puis, je ne parlais pas beaucoup, alors ça leur donnait d'autres munitions. Et comme j'avais de la difficulté à lire à voix haute avec mon bégaiement, ça leur en donnait davantage. J'ai fait beaucoup rire de moi.»
Un jour, il en a eu assez. Un collègue de classe a commencé à se moquer de lui dans la cafétéria. Âgé de 13 ans, Shell a explosé. «Je me suis levé et je l'ai frappé. À ce moment, j'en avais assez. J'ai finalement réalisé que ce n'était pas la bonne manière de faire.»
Il a purgé une suspension de quatre jours et il s'est servi de ce temps pour penser à une nouvelle approche, qui n'incluait pas ses poings. «J'ai pris toute cette colère-là, je l'ai mise dans une bouteille et j'ai continué à vivre ma vie. Je n'allais certainement pas laisser ce que les autres disaient de moi dicter le reste de ma vie.»
Un sanctuaire
Le football est devenu un sanctuaire pour Shell, qui s'est transformé en joueur de ligne offensive hors normes à Goose Creek High School et en espoir de premier plan, se classant troisième meilleur joueur de Caroline du Sud et quatrième meilleur plaqueur offensif au pays.
Il a reçu des offres de plusieurs universités avec des programmes de football prestigieux, comme Alabama et Clemson, mais il a choisi des rester près de chez lui à l'Université de Caroline du Sud. Shell avait déjà suivi des programmes pour traiter son bégaiement au secondaire, mais ce sont les cours d'élocution à l'université qui l'ont aidé à construire sa confiance.
Étonnamment, il est difficile de trouver des traces du bégaiement de Shell dans les entrevues publiées dans la section football du site Internet de l'Université de Caroline du Sud. Même pendant l'entrevue de 20 minutes avec Associated Press, il n'a jamais vraiment eu de difficulté à s'exprimer.
«C'est plus facile quand on me pose des questions, car je peux réfléchir à ce que je vais dire», explique-t-il en révélant que son bégaiement est plus évident quand il est énervé ou excité. Mais les jours où il avait honte sont révolus.
Quand il rentre à la maison pendant la saison morte, il rencontre parfois les mêmes gens qui se moquaient de lui. Shell trouve amusant le fait qu'ils essaient de devenir son ami, maintenant qu'il évolue dans la NFL. Mais il n'a pas oublié un mot de ce qu'ils lui ont dit. Et il s'est promis de l'utiliser comme un carburant, un rappel de ne jamais se laisser freiner par les mots de personne. Ou les siens. «À l'époque, vous m'intimidiez. Je ne veux pas paraître arrogant, mais regardez-moi maintenant. J'ai pris toutes vos méchancetés et je m'en suis servi pour aller là où je voulais dans la vie. Ça m'a rendu plus fort.»