Usain Bolt a subi un claquage lors de sa dernière course, le relais 4X100 m, samedi.

Bolt foudroyé dans sa dernière ligne droite

Arrivé au terminus de sa carrière, la superstar Usain Bolt a été foudroyée samedi dans la dernière ligne droite de la finale du relais 4 X 100 m des Mondiaux de Londres, s'écroulant sur la piste.
Lancée à la poursuite du Britannique Nethaneel Mitchell-Blake et de l'Américain Christian Coleman, la grande carcasse s'est cabrée à une cinquantaine de mètres de l'arrivée, la jambe gauche en déséquilibre. Bolt a grimacé de douleur avant de se laisser choir sur la piste.
La légende vivante du sprint a refusé le fauteuil roulant qu'on lui proposait, se relevant péniblement en se tenant l'arrière de la cuisse gauche pour retrouver ses partenaires jamaïcains. «C'est une crampe à l'ischio-jambier gauche, mais le plus douloureux, c'est la déception de perdre la course», a indiqué le médecin de l'équipe jamaïcaine Kevin Jones.
La plus formidable machine à sprinter s'est donc grippée pour sa dernière exhibition. «Il s'est excusé auprès de nous, mais il n'y avait pas besoin d'excuses, les blessures faisant partie du sport», a déclaré son partenaire Julian Forte.
La Grande-Bretagne (37,47) a causé la surprise en devançant les États-Unis (37,52) et les Japonais (38,04). En l'absence de sa vedette, Andre De Grasse, l'équipe canadienne composée de Gavin Smellie, Aaron Brown, Brendon Rodney et Mobolade Ajomale s'est contentée du sixième rang, en 38,59.
Un combat de trop
Seulement troisième du 100 m il y a une semaine, son premier échec en grand championnat depuis dix ans, Bolt, 30 ans, a donc raté ses adieux sur le plan sportif. Comme des combats de trop.
Il aura néanmoins eu à Londres la confirmation, s'il en était besoin, de son immense pouvoir sur les foules qui l'ont ovationné et chéri. Scandant son nom, ils ont sifflé Gatlin, le vainqueur du 100 m, qui porte comme un fardeau ses quatre ans de suspension pour dopage.
L'homme le plus rapide de tous les temps aura finalement surtout savouré sa dernière matinée, pour les séries du 4x100 m. Au temps de sa splendeur et de celle du sprint jamaïcain, le roi n'apparaissait pas le matin, laissant à un remplaçant le soin d'expédier la formalité des qualifications. Lui n'arrivait que le soir, en habit de lumière dans son maillot jaune.
Samedi soir, la magie n'a plus fonctionné. Et sa dernière course passera à la postérité pour la manière cruelle dont la carrière d'un des plus grands athlètes de l'histoire du sport aura pris fin.
«C'est comme ça», s'est contenté de dire le Jamaïcan Omar McLead, qui a couru les 100 premiers mètres. «Le nom d'Usain Bolt va continuer de faire partie de la légende.»
«Il est quand même le meilleur au monde», a affirmé son grand rival américain Justin Gatlin.
Une personnalité en or
Au-delà de son incroyable moisson et de ses chronos supersoniques, c'est sa personnalité et son charisme qui ont forgé la réputation de Bolt, faisant de chacune de se s apparitions un évènement.
Malgré tous les succès qu'a connus Usain Bolt, plusieurs fans ne pourront oublier l'image du légendaire sprinteur s'écrasant sur la piste lors de sa dernière course.
Le Jamaïcain de 30 ans a crevé l'écran grâce à sa décontraction, son éternel sourire et son sens du spectacle, dans une discipline longtemps marquée par les postures intimidantes de coureurs roulant des mécaniques avant le départ. Une joie de vivre et une fraîcheur renforcées ses 6'5" et ses 207 livres (1,96 m, 94 kg), à mille lieues des physiques trapus habituellement en vogue chez les sprinteurs.
Avec Bolt, le show ne s'est jamais limité aux courses. Avec sa bouille et sa bonne humeur, il a cassé tous les codes en vigueur dans le milieu de l'athlétisme. En témoigne cette samba improvisée en fin de conférence de presse avec des danseuses brésiliennes avant le début des épreuves à Rio et son désormais célébrissime signe de l'Éclair. Ou encore, ce lancer de javelot en pleine nuit dans un stade olympique vide, quelques heures après sa troisième médaille d'or brésilienne. Juste pour le plaisir.
Il laissera un incommensurable vide dans le monde de l'athlétisme, sport cerné par les affaires et dont l'image est au plus bas.  Avec AP
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Usain Bolt en chiffres
Usain Bolt a établi la marque de 9,58 lors du 100 m aux Mondiaux de Berlin, en 2009.
7 : nombre de records du monde battus sur 100 m, 200 m et relais 4x100 m
8 : nombre de médailles d'or aux Jeux olympiques. À ses premiers JO à Athènes en 2004, il avait été éliminé dès le premier tour du 200 m.
9,58 : en secondes, son record du monde du 100 m. Avant l'arrivée de Bolt sur la scène du sprint, son compatriote Asafa Powell détenait le record du monde (9,74) depuis 2005. Bolt l'a battu une première fois en l'emportant en 9,72 le 31 mai 2008 à New York. Le 16 août 2008 aux JO de Pékin, il abaisse la marque à 9,69 lorsqu'il remporte sa première médaille d'or olympique. Le 16 août 2009, il explose son record du monde en 9,58 aux Mondiaux de Berlin.
11 : mombre de médailles d'or aux Mondiaux (100 m, 200 m 4x100 m en 2009, 2013, et 2015; 200 m et 4x100 m en 2011)
19,19 : en secondes, son record du monde du 200 m battu le 20 août 2009 aux Mondiaux de Berlin. Avant l'arrivée de Bolt, l'Américain Michael Johnson détenenait le record (19,32) depuis... les JO d'Atlanta en 1996. Le 20 août 2008, Bolt avait battu pour la première fois le record en remportant l'or olympique de Pékin en 19,30, devenant le premier athlète à battre deux records du monde sur le 100 m et le 200 m au cours d'une même édition des JO. Avec un titre sur 200 m à Londres en 2012, il devient le premier athlète à réussir un double doublé 100-200 m aux JO. Bolt était descendu pour la première fois sous les 21 secondes sur 200 m (20,61) lors des Championnats juniors d'Amérique centrale et des Caraïbes. La même année, il devient le plus jeune champion du monde junior de l'histoire du 200 mètres (15 ans et 332 jours).
Toujours aux Mondiaux de 2009, à Berlin, le Jamaïcain a établi le record au 200 m avec un chrono de 19,19.
53 : nombre de passages sous les 10 secondes sur le 100 m
34,2 : en millions, ses revenus annuels en dollars, selon le classement 2017 des sportifs les mieux payés dans le monde établi par le magazine Forbes.