Sylvain St-Laurent
Vendredi dernier, Bobby Ryan a pris le temps de bien expliquer les raisons qui l’ont poussé à s’absenter pendant trois longs mois, au beau milieu d’une saison.
Vendredi dernier, Bobby Ryan a pris le temps de bien expliquer les raisons qui l’ont poussé à s’absenter pendant trois longs mois, au beau milieu d’une saison.

Bobby et son bouton

CHRONIQUE / Vendredi dernier, Bobby Ryan a pris le temps de bien expliquer les raisons qui l’ont poussé à s’absenter pendant trois longs mois, au beau milieu d’une saison. Il y a un tout petit bout de sa conversation avec les journalistes dont nous n’avons pas vraiment parlé.

Ce petit bout de conversation m’est resté dans la tête pendant toute la semaine.

Ryan parlait depuis presque 10 minutes quand un collègue lui a demandé s’il avait pensé aux sensations qui lui procureraient son prochain but.

« Quand je marquerai ce but, j’aurai comme l’impression d’appuyer sur le bouton de redémarrage », a-t-il répondu.

J’ai accroché à cette réponse, parce que ce n’est pas la première fois que Ryan utilise cette expression.

C’était le 12 avril 2017. Les Sénateurs venaient de jouer leur premier match des séries éliminatoires. Ils avaient perdu, mais ils avaient offert une très belle résistance aux Bruins de Boston.

Ryan, en particulier, avait livré une performance inespérée.

Il venait de traverser une saison régulière pénible. Soixante-deux matches, 25 points.

Durant le premier match des séries, il était méconnaissable. Il était partout, sur la patinoire.

Il a marqué le seul but de son équipe, ce soir-là. Il aurait facilement pu en marquer un ou deux de plus.

J’étais allé le voir, dans le vestiaire, pour savoir ce qu’il avait mangé avant la partie.

Il m’avait répondu qu’il avait simplement décidé de remettre les compteurs à zéro pour les séries.

Je lui ai dit que ça ne se passait pas comme ça, habituellement. On m’a toujours dit que, dans le monde du sport, le succès n’est pas instantané. On m’a toujours dit qu’il faut prendre des centaines de bonnes décisions et poser des milliers de bons gestes, pendant une longue période, pour parvenir à exceller quand ça compte.

« Ce n’est pas si simple que ça. La switch, j’ai essayé de l’allumer cinq ou six fois dans la dernière année. Ça n’avait encore jamais fonctionné », a-t-il conclu.

Au printemps 2017, Ryan a réussi. Pendant les six semaines qui ont suivi, il a joué son meilleur hockey dans l’uniforme des Sénateurs.

Si l’équipe avait réussi à se rendre jusqu’au bout, cette année-là, Erik Karlsson aurait fort probablement remporté le trophée Conn-Smythe.

Ryan aurait peut-être grimpé sur la deuxième marche du podium. Il a été le deuxième meilleur joueur de son équipe, durant la poussée qui a pris fin lors du septième match de la Finale de l’Association Est.

Pendant cette — trop — courte période, Ryan a démontré qu’il était capable d’être un joueur dominant, dans la LNH.

Trois ans plus tard, Ryan est de retour au point de départ. Il a reparti la machine avec son tour du chapeau, jeudi soir.

Après le match, il ricanait un peu nerveusement, disant qu’il avait peut-être placé la barre un peu haut.

« Il nous reste 17 ou 18 matches à jouer, je pense. Je veux juste finir la saison sur la meilleure note possible. Je veux juste aider les gars à conclure ce chapitre de la meilleure façon possible », a-t-il déclaré.

Au fond, Ryan sait fort bien qu’on ne s’attend pas à ce qu’il remplisse le filet chaque soir.

Il sait aussi qu’au fond, la barre sera placée exactement là où il veut la placer.

S’il veut nous prouver qu’il est en forme, en santé, et qu’il peut encore jouer un rôle dans la relance d’un jeune club de la LNH, la porte lui est grand ouverte.

Si le bouton de redémarrage lui permet de connaître six autres grosses semaines de hockey, on sera tous contents pour lui.

Le « bon vieux » Bobby Ryan est de retour.

À son arrivée à Ottawa, en 2013, il a vite gagné la sympathie des gens, au Centre Canadian Tire, avec sa franchise et son ouverture. Malgré tous les malheurs qui l’avaient affligé, il était toujours d’une grande disponibilité. Son moral semblait toujours bon.

Ryan s’était un peu effacé, au cours des dernières années. Il s’arrangeait pour ne pas se trouver dans le vestiaire en même temps que les journalistes. Il lui arrivait même de refuser des demandes d’entrevue.

Dans la dernière semaine, il a refait surface. Ça fait du bien de le voir et de l’entendre. Son discours est enrichissant.

À 32 ans, le vétéran pourrait enlever de la pression à ses jeunes coéquipiers en prenant la parole plus régulièrement. Ce serait une autre façon, pour lui, de se rendre utile.