Le 22 février 2007, Ray Emery avait joué un rôle majeur dans la bagarre quasi générale entre les Sabres de Buffalo et les Sénateurs d'Ottawa.

Biron se souvient d'Emery comme un compétiteur

TORONTO — Dix ans après la fameuse mêlée générale au cours de laquelle les deux gardiens avaient échangé des coups, Martin Biron a donné l’occasion à Ray Emery de porter le dernier coup, mais ce dernier a refusé l’invitation.

Une station de radio tenait son bien-cuit annuel d’une personnalité publique en février 2017, 10 ans après qu’Emery eut eu le dessus sur Biron en plein cœur de la rivalité impliquant les Sénateurs d’Ottawa et les Sabres de Buffalo. Biron avait alors envoyé un message texte afin qu’Emery assiste à l’événement, lui expliquant que Buffalo adorerait, mais le gardien alors à la retraite n’avait pas souhaité y être.

«Nous avions invité Ray à nous rejoindre afin de lancer le dernier coup à l’extérieur de la patinoire, mais il n’était pas à l’aise, a raconté Biron. Il disait : ‘‘Oh non! Je ne veux pas que les gens me détestent, il ne s’agissait que d’un match. Je ne veux rien dire de mal de Buffalo ou de toi’’.

«Il ne l’a pas fait, car il ne souhaitait pas qu’on le cantonne dans le rôle du super-vilain qui a eu des démêlés à l’extérieur de la patinoire, a ajouté Biron. Ce n’est pas ce qu’il souhaitait être. Je trouve que sa réaction démontrait plutôt le genre de personne qu’il était et je respecte cela au plus haut point.»

Emery, qui a aidé les Sénateurs à atteindre la finale de la Coupe Stanley en 2007 en éliminant les Sabres de Biron au troisième tour et qui a remporté la coupe en 2013 avec les Blackhawks de Chicago, s’est noyé dans sa ville natale de Hamilton, dimanche. Il était âgé de 35 ans. La police de Hamilton a confirmé la cause du décès, lundi, après avoir mené une autopsie.

Biron, qui s’est retiré en 2014, participait à un match caritatif à Buffalo quand il a appris la nouvelle. «Je me trouvais avec plusieurs ex-hockeyeurs qui avaient croisé la route de Ray et tout le monde était très triste.»

Combat à sens unique

Les Sabres et les Sénateurs faisaient partie de l’élite de la LNH en 2007. La rivalité a alimenté toute la saison régulière et a mené à cet incident, le 22 février 2007, parmi les plus mémorables de la carrière de Biron.

Tout avait commencé quand Chris Neil a frappé Chris Drury dans son angle mort. L’attaquant des Sabres avait subi une lacération au front sur le coup. Sur la séquence suivante, l’entraîneur- des Sabres, Lindy Ruff, qui profitait du dernier changement à domicile, a envoyé les redresseurs de torts Andrew Peters et Adam Mair sur la patinoire, en compagnie de la recrue Patrick Kaleta.

L’entraîneur des Sens, le regretté Bryan Murray, avait plutôt opté pour un trio offensif en Jason Spezza, Dany Heatley et Mike Comrie. Quand le jeu a repris et que les gants sont tombés, Emery souhaitait être de la partie. Il a rejoint Biron pour ce qui s’est avéré un combat à sens unique en faveur d’Emery. Il s’en est ensuite pris à Peters, souriant et riant même pendant toute l’altercation, au cours de laquelle il a tenu tête à l’attaquant des Sabres.

«Je savais que des coups allaient être lancés dès que la rondelle allait être remise en jeu, alors je me suis simplement approché et Ray s’est dirigé vers moi. Quand il a retiré son masque, il souriait comme un gars qui savait qu’il n’allait faire qu’une bouchée de moi, s’est rappelé le gardien maintenant âgé de 40 ans. Il savait qu’il pouvait me battre avec une main derrière le dos et c’est pas mal ce qui s’est passé.

«Pour nous à Buffalo, du moins, pour ceux de ma génération, l’un des matchs les plus mémorables de l’histoire du club est celui-là. Ça avait été un match complètement fou.»

La rivalité s’est peu à peu estompée et les deux gardiens se sont rapidement retrouvés sous d’autres cieux. Emery a joué une saison en Russie avant de s’aligner avec les Flyers de Philadelphie, les Ducks d’Anaheim et les Hawks. il a disputé sa dernière campagne, en 2015-2016, en Allemagne. «Il était un coéquipier et un adversaire respecté, a affirmé Biron. Quand je pense à Ray, je pense à un très grand compétiteur.»

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UNE «SIMPLE MÉSAVENTURE»

La police de Hamilton rejette déjà la thèse criminelle pour expliquer le décès de l’ancien gardien des Sénateurs d’Ottawa, Ray Emery.

«À ce stade de l’enquête, nous croyons qu’il s’agit d’une simple mésaventure», a indiqué le porte-parole du corps policier, l’enquêteur Marty Schullenberg.

Emery, qui était âgé de 35 ans, s’est noyé dans le port de Hamilton, tôt dimanche matin. Au terme d’une soirée passée entre amis, dans un bateau accosté, il aurait décidé de sauter à l’eau pour nager.

Il n’est jamais remonté à la surface. Les services d’urgence ont retrouvé son corps, plusieurs heures plus tard, à une vingtaine de mètres de l’endroit où on l’a vu pour la dernière fois.

Les témoignages d’anciens coéquipiers et adversaires ont continué d’affluer, lundi. Nombreux sont ceux qui ont voulu rendre hommage au gardien qui a disputé 287 rencontres dans la LNH, entre 2003 et 2015.

«Ray faisait ce qu’il voulait, dans la vie. Il n’était pas une mauvaise personne, contrairement à ce que certains ont pu penser. Il aimait sa vie et il en profitait au maximum», a raconté Chris Phillips sur les ondes de TSN 1200.

En tant que membre du trio de leadership des Sénateurs, Phillips a eu «plusieurs conversations sérieuses» avec Emery au sujet de ses écarts de conduite à l’extérieur de la patinoire.

«J’étais un jeune père de famille, à l’époque, et Ray était extraordinaire avec mes enfants. Il avait toujours du temps à leur consacrer. Il aimait les partisans, aussi. Il riait tout le temps. Quand il enfilait ses jambières, il devenait un des joueurs les plus compétitifs de toute notre ligue.»  Le Droit