Bill Torrey et son éternel nœud papillon lors du passage des Islanders au Colisée de Québec lors de la saison 1984-1985. Il a patiemment construit l'équipe qui a remporté quatre fois de suite la Coupe Stanley en ayant la main heureuse au repêchage, notamment en 1973 lorsqu'il a sélectionné le pilier du club, le défenseur Denis Potvin (5).

Bill Torrey, le mentor des dg, n'est plus

SUNRISE, Floride — Bill Torrey, l’homme au tempérament jovial et au traditionnel nœud papillon qui a bâti la dynastie des Islanders au début des années 1980, est décédé mercredi à l’âge de 83 ans.

La LNH a précisé que l’ancien dg des Islanders de New York a rendu l’âme à son domicile du sud de la Floride. La cause du décès n’a pas été précisée, et rien ne semblait laisser croire qu’il était aux prises avec des problèmes de santé.

«Il a été d’abord un pionnier, puis est devenu un mentor et, encore plus, un ami pour bien des gens dans cette industrie», a déclaré jeudi le président et dg des Islanders, Garth Snow. «Les équipes qu’il a bâties ont atteint des sommets qui ne seront possiblement plus jamais atteints, comme gagner quatre Coupes Stanley de suite et 19 séries éliminatoires d’affilée.»

Torrey, qui a passé les dernières années à titre de conseiller au dg Dale Tallon avec les Panthers de la Floride, en plus d’occuper le poste de gouverneur adjoint, se trouvait à son bureau des Panthers, comme d’habitude, plus tôt cette semaine.

Tallon a dit avoir le cœur brisé à la suite de l’annonce du décès de Torrey. «Bill a été un géant de notre sport. Il a été l’architecte d’une dynastie, un membre du Temple de la renommée et plus important encore, un homme de famille engagé.

«Il a été un mentor et un ami cher, qui a joué un rôle-clé pour m’attirer dans le sud de la Floride et travailler à ses côtés. Il était un homme merveilleux, qui n’a jamais perdu sa passion pour le hockey et qui adorait se retrouver à l’aréna. Je suis fier d’avoir travaillé avec lui et je serai toujours reconnaissant pour son soutien et son amitié. Il a été une légende et un membre original des Panthers.»

Bâtir avec patience

Né à Montréal le 23 juin 1934, il a fait ses hautes études à l’Université St. Lawrence à Canton, dans l’État de New York, où il s’est spécialisé en affaires et en psychologie. Il a décroché son premier travail administratif dans le monde du hockey dans les années 1960 avec les Hornets de Pittsburgh Hornets de la Ligue américaine. Torrey a fait le saut dans la LNH en 1967, comme vice-président exécutif des Seals de la Californie, qui ont fait leurs débuts cette année-là. 

Il a laissé une marque indélébile sur le hockey, particulièrement avec les Islanders et les Panthers. Il a d’ailleurs été admis au Temple de la renommée du hockey en 1995.

Directeur général des Islanders à leur entrée dans la LNH en 1972, il a fait preuve de patience et de doigté pour bâtir une dynastie en moins de 10 ans.

En 1973, il s’est servi du tout premier choix du repêchage pour sélectionner le défenseur Denis Potvin, un futur capitaine qui allait devenir la pierre d’assise de l’équipe. L’année suivante, Torrey s’est tourné vers l’ailier gauche Clark Gillies et le centre Bryan Trottier.

Puis en 1977, il a repêché au 15e rang un ailier droit du National de Laval, Mike Bossy, qui allait former avec Gillies et Trottier l’un des trios les plus productifs dans la LNH. Élu recrue de l’année à l’issue de la saison 1977-1978, il allait marquer au moins 50 buts lors de chacune de ses neuf premières saisons dans la Ligue.

Après plusieurs éliminations décevantes, les Islanders et l’entraîneur-chef Al Arbour ont remporté leur première de quatre Coupes Stanley consécutives au printemps de 1980, en six matchs face aux Flyers de Philadelphie. Quelques mois plus tôt, Torrey avait complété l’une des meilleures transactions jamais réalisées à la date limite en faisant l’acquisition du centre Butch Goring (Los Angeles) en retour de l’attaquant Billy Harris et du défenseur Dave Lewis.

Les Islanders, dont il a été le premier employé, ont d’ailleurs érigé une bannière en son honneur, intitulée «The Architect» sur laquelle était dessiné un nœud papillon.

La fin d’une grande époque

Aujourd’hui analyste aux matchs télévisés des Panthers, Potvin l’a vu pour la dernière fois il y a environ deux semaines. Selon l’ancien grand défenseur, le décès de Torrey représente la «fin d’une grande époque».

«Je l’ai rencontré à 19 ans avec mes parents. Il m’a repêché. J’ai toujours été avec les Islanders, il a toujours été mon directeur général, et depuis 1993, j’étais avec lui en Floride. Ce n’est pas difficile de savoir qu’il a eu une grande influence dans ma vie. C’est un géant, un géant dans le hockey. Il n’y a jamais eu un directeur général comme lui», a témoigné Potvin lors d’une entrevue téléphonique.

«J’ai encore des photos à la maison qui datent de 1973, je pense que c’était en juillet ou en août, après le repêchage, et c’est Bill Torrey qui nous a reçus. C’est un homme extraordinaire avec une personnalité vraiment incroyable. Bill est venu à notre mariage en 1984. C’est un homme spécial dans ma vie.»

Selon Potvin, Torrey avait une capacité de bien écouter les gens de son entourage, ce qui a contribué aux succès des équipes qu’il a dirigées.

«Il écoutait bien. Il voulait avoir l’opinion de tout le monde. Il avait vraiment le pouls de l’équipe. Il savait ce dont on avait besoin. Lui et Al Arbour formaient un duo exceptionnel.»

En 1993, Torrey est devenu le premier président des Panthers. En 1996, l’équipe a atteint la finale de la Coupe Stanley, qu’elle a perdue en quatre matchs contre Patrick Roy et l’Avalanche du Colorado.

En 2010, les Panthers lui ont également érigé une bannière honorifique, avec le numéro 93, pour commémorer la saison du premier match de l’équipe.

«On peut voir son empreinte chez à peu près toutes les équipes de notre ligue. Il a été un mentor et une inspiration pour une génération de directeurs généraux qui ont suivi ses traces en bâtissant des équipes à partir du recrutement, du repêchage et du développement des joueurs, un modèle qui demeure aujourd’hui une garantie de réussite à long terme», a déclaré le commissaire Gary Bettman, qui l’a qualifié de «véritable légende du hockey».