Fernando Tatis Jr regarde filer la balle qu’il vient d’expulser hors du terrain, en huitième manche du match opposant les Padres aux Rangers, lundi à Arlington au Texas.
Fernando Tatis Jr regarde filer la balle qu’il vient d’expulser hors du terrain, en huitième manche du match opposant les Padres aux Rangers, lundi à Arlington au Texas.

Baseball: des codes qui font jaser

Carl Tardif
Carl Tardif
Le Soleil
Jeune vedette montante des Padres de San Diego, Fernando Tatis Jr a-t-il enfreint une loi non écrite du baseball, lundi dernier, en frappant un grand chelem avec un compte de trois balles et aucune prise en fin de huitième manche au moment où son équipe menait par sept points ? S’il l’avait fait aux dépens de Karl Gélinas, le lanceur des Capitales de Québec aurait avalé sa pilule sans dire un mot.

«Je respecte ce que Tatis Jr a fait. Si tu ne veux pas te faire frapper à 3-0, arrange-toi pour lancer des prises », souligne le détenteur du record pour le plus de victoires dans l’histoire du club de baseball indépendant.

Diverses philosophies s’affrontent lorsqu’on tente de percer le mystère des codes du baseball. Certains les suivent à la lettre, d’autres aimeraient qu’on les balance par-dessus bord.

«Les lois non écrites vont toujours exister. L’idée derrière cela est de ne pas humilier l’adversaire, mais on joue aussi pour gagner. Personnellement, je me suis déjà élancé avec un compte de 3-0, mais jamais lorsqu’on détenait une grosse avance. Dans ce cas-ci, je ne suis pas un partisan de ceux qui se plaignent d’un manque de respect, j’aurais plus tendance à dire à mon lanceur d’être meilleur», soutient le gérant Patrick Scalabrini, qui dirige les Alouettes de Charlesbourg (junior élite) en raison de l’annulation de la saison de la Ligue Frontier (indépendant).

Scalabrini a joué dans les rangs collégiaux, aux États-Unis, où ce code n’existait pas, où l’objectif était d’écraser l’adversaire. Il peut comprendre que de jeunes joueurs ne l’appliquent pas dès leur arrivée dans les rangs professionnels.


« Les lois non écrites vont toujours exister. L’idée derrière cela est de ne pas humilier l’adversaire, mais on joue aussi pour gagner »
Patrick Scalabrini

À 21 ans, Tatis Jr connaît une saison du tonnerre. Après 25 matchs, au moment d’écrire ces lignes, le natif de San Pedro de Macoris, en République dominicaine, menait la Ligue nationale avec 12 circuits et 29 points produits. Fils de l’ancien joueur des Expos Fernando Tatis, il a été mis sous contrat comme joueur autonome à l’âge de 16 ans par les White Sox de Chicago, qui l’ont échangé aux Padres un an plus tard en retour d’un vétéran lanceur maintenant retraité, James Shields. Ironie du sort, son père détient le record du plus grand nombre de points produits dans une manche, soit huit, tous réussis à l’aide de deux grands chelems.

«Je suis en faveur des codes pour certaines choses ridicules, comme voler un but avec une très grosse avance dans le pointage. Pour le reste, les joueurs devraient avoir le droit de s’amuser, c’est bon pour le spectacle. Je n’ai pas de problème à voir un frappeur regarder un long circuit dans un match serré, mais ne marche pas jusqu’au premier but, par exemple», rappelle Scalabrini, qui avait vu son voltigeur David Salgueiro afficher un peu trop d’intensité sur les sentiers dans un match contre Ottawa, en 2019, ce qui a mené à une mêlée générale.

Respect des joueurs

Homme de baseball à la philosophie peu conventionnelle, Michel Laplante a connu les codes du baseball comme joueur, gérant et président.

«À mes yeux, les codes dans le vestiaire et entre coéquipiers sont beaucoup plus importants, mais je peux comprendre que ça puisse prendre un certain temps à les comprendre. Avec les Capitales, on a déjà eu des joueurs de sept nationalités, chacun avait son code…», note-t-il.

Selon lui, des lois non écrites ont disparu à cause de l’arrivée de l’arbitrage salarial, où l’on récompense les statistiques individuelles au lieu des sacrifices pour l’équipe.

Fernando Tatis Jr des Padres de San Diego célèbre son grand chelem avec un compte de trois balles et aucune prise en fin de huitième manche au moment où son équipe menait par sept points.

«Les Nationals de Washington ont laissé partir leur meilleur joueur [Bryce Harper] pour ensuite remporter la Série mondiale. Mais est-ce que celui qui fait avancer son coureur ou qui prolonge sa présence au bâton pour laisser le temps à son lanceur de récupérer pourra se servir de cela dans sa négociation de contrat ? En arbitrage, ce sont les chiffres qui comptent, mais après, on se plaint qu’un joueur cherche à les améliorer…»

N’empêche, à son premier match dans le AAA, Laplante a déjà atteint un frappeur à son retour au monticule en guise de réplique. «On t’aime bien, Frenchie», lui avaient dit les vétérans de l’équipe. Il n’a pas encore oublié le premier lancer de l’histoire des Capitales au Stade municipal, le 4 juin 1999, où un frappeur adverse avait expédié une faible rapide à la piste d’avertissement au lieu de la regarder passer pour que l’on conserve la balle en souvenir.

«Sur certaines choses, je suis un peu vieux jeu. Comme joueur, j’avais un code ; j’en avais aussi un comme gérant. Et comme président, je veux vendre des billets… Comme gérant, je vérifiais toujours avec un coach ou joueur adverse d’un geste posé par un autre. Souvent, ils me disaient, c’est un jeune, on est aussi fâché contre lui, alors on ne répliquait pas», notait celui qui a déjà congédié un lanceur parce qu’il avait brisé un appuie-balle (tee-ball) en retraitant au vestiaire.

Laplante admire les Bruins de Boston pour leur respect des codes. À l’inverse, malgré plusieurs choix de première ronde, les Oilers d’Edmonton n’ont pas encore atteint le niveau de maturité nécessaire pour l’emporter, note-t-il.

«À une certaine époque, on n’entendait pas parler d’un geste comme celui de Tatis Jr. Les joueurs réglaient ça entre eux. Aujourd’hui, un gars peut jouer avec les Red Sox et signer avec les Yankees, l’année suivante. On n’aurait pas vu cela, dans le temps. Les codes changent, il faudrait enlever quelques pages au fameux livre qui n’a jamais été écrit, mais le chapitre qui dit qu’il faut se tenir en équipe ne doit jamais disparaître.»

Et sur ce, comme diraient Jacques Doucet et Rodger Brulotte : «on la regarde aller, bonsoir, elle est partie…»

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DES APPUIS POUR TATIS JR

À travers le baseball, Tatis Jr a été plus appuyé que critiqué pour son geste, qui a mené le releveur des Rangers du Texas Ian Gibaut à lancer derrière le frappeur suivant, ce qui lui a valu une suspension de trois matchs. Le gérant Chris Woodward a aussi été sanctionné pour une partie en raison du geste de Gibaut. Pour sa part, la jeune vedette a répliqué à son tour, mercredi, en volant le troisième but à ses dépens avec une avance de 6-0… Voici quelques commentaires de personnages du baseball à la suite des événements.

Johnny Bench (légendaire receveur des Reds) : «Tout le monde devrait s’élancer avec un compte de 3-0.»

Chris Woodward (gérant des Rangers) : «Ce n’est pas parce que je n’ai pas aimé cela que ce n’était pas correct de le faire.»

Reggie Jackson (Monsieur octobre avec les Yankees) : «Ne cesse pas d’avoir autant d’énergie, le baseball a besoin de gars comme toi, de joueurs étoiles.»

› Trevor Bauer (lanceur des Reds) : «Ta seule erreur a été de t’excuser.»

Source: mlb.com