Félix Auger-Aliassime n’en finit plus de faire écarquiller les yeux des amateurs de tennis. Âgé de 18 ans seulement et possédant un grand talent, de la puissance et une grande force mentale. Classé dans le top 50 , il pourrait, selon les experts, grimper parmi les 10 meilleurs joueurs au monde dans un avenir rapproché.

Auger-Aliassime vu par...

Le nom de Félix Auger-Aliassime est sur toutes les lèvres de la planète tennis depuis le début de l’année tellement le jeune athlète de L’Ancienne-Lorette a remporté du succès sur les courts des quatre coins du monde. Après avoir battu son compatriote Denis Shapovalov dimanche à l’Open de Madrid, il s’est incliné mercredi contre le numéro deux mondial Rafael Nadal. Le Soleil a demandé à quatre anciens professionnels de tennis leur opinion sur la nouvelle coqueluche du tennis canadien et québécois et sur l’avenir que pourrait lui réserver son sport.
Pierre Lamarche

«Son jeu est solide partout» — Pierre Lamarche

Champion canadien de tennis en 1974, Pierre Lamarche est lui aussi un admirateur de Félix Auger-Aliassime. Celui qui possède un club de tennis à Burlington, en Ontario, et une revue dédiée à ce sport espère que l’essor d’Auger-Aliassime et celui de son compatriote Denis Shapovalov contribueront à faire augmenter la popularité du tennis au Canada.

«Quel talent!», lance tout de suite le natif de Montréal quand on évoque le nom du jeune prodige de L’Ancienne-Lorette. «Mais ce que j’aime le plus de Félix, c’est sa manière d’être, la manière dont il remercie ses parents. Je lui envoie régulièrement des félicitations suite à ses matchs et il répond tout le temps. Même s’il n’a que 18 ans, je vois déjà quelqu’un de très professionnel en lui. Il va aller très loin, et pas seulement comme joueur de tennis, mais comme personne également.»

Il va sans dire que Pierre Lamarche est extrêmement impressionné par les habiletés physiques du jeune joueur. «C’est particulier pour quelqu’un de sa grandeur. Il est comme un joueur de basketball : très grand, mais aussi très rapide en même temps, et son jeu est solide partout. Tu vois aussi que son mental est très solide. Il y a des joueurs très émotifs et il y en a certains qui savent gérer leurs émotions. Ce sont ces derniers qui deviennent des champions.»

«Et en plus de toutes ces qualités, Félix a aussi une très bonne équipe autour de lui, à commencer par son entraîneur Guillaume Marx. Mais ça part de plus loin que ça, ça part de sa famille, de son père Sam. Nous avons déjà eu sa sœur Malika à notre club à Burlington et c’était la même chose, tu voyais qu’elle était bien entourée, qu’elle avait grandi dans un bel environnement. Et j’ai compris que Félix avait aussi maintenant une résidence à Monte-Carlo. On voit qu’il est dans un bon environnement et il reçoit aussi un très bon support de Tennis Canada.»

Pierre Lamarche se réjouit de voir Félix Auger-Aliassime gravir si rapidement les marches au classement de l’Association of Tennis Professionnals (ATP), lui qui a pris sa retraite du tennis professionnel au moment même où ce classement était mis de l’avant. «On peut dire que j’ai arrêté de jouer quand l’ATP a commencé! Mais ce n’est pas grave, car le tennis, c’est la seule chose que j’aie faite dans ma vie et j’ai eu la chance d’en vivre», indique celui qui a figuré parmi les sept meilleurs joueurs au classement canadien de 1971 à 1974, dont numéro 2 en 1974, l’année de sa victoire au championnat canadien.

«C’est très excitant de voir aujourd’hui les résultats qu’on a au Canada, surtout quand on voit deux jeunes personnes très différentes, mais aussi très talentueuses comme Félix et Denis, sans oublier Bianca Adreescu qui est incroyable elle aussi chez les femmes. 

«Tout ça est très bon pour le tennis et j’espère que ça se traduira par une augmentation du nombre de joueurs au pays, car il ne faut pas seulement des spectateurs, il faut aussi des gens sur les courts!», termine celui qui a fait son entrée au Temple de la renommée de Tennis Canada en 2004.

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Sébastien Lareau en 2000

«La prochaine étape, le top 10» — Sébastien Lareau

Les déplacements d’un Michael Chang avec beaucoup plus de puissance, la puissance d’un Jim Courier mais de beaucoup supérieur à lui techniquement et «un peu de Federer dans ses gestes»... C’est comme ça, rien de moins, que l’ancien joueur de tennis Sébastien Lareau voit Félix Auger-Aliassime. 

Deux numéros un mondiaux et un numéro deux, mais Lareau n’a pas du tout l’impression d’exagérer. «Félix est un athlète exceptionnel avec une tête de compétiteur, une tête de champion. Il y a un gros déclic qui s’est fait en lui cette année depuis qu’il joue avec les meilleurs. Sa prise de décisions s’est améliorée et ça demeure un surdoué qui comprend très bien la «game».»

Lareau n’était pas surpris du tout de voir le Lorettain percer le top 50. «Ce n’était qu’une question de temps et, maintenant, la prochaine étape c’est le top 10», poursuit-il, pas du tout préoccupé par le jeune âge du phénomène Auger-Aliassime. «Il n’a pas l’air d’un gars de 18 ans, il est calme, posé, il a l’air en mission!»

«Félix a fait ce qu’aucun autre Québécois n’a fait. Cette année, il a passé une autre grosse étape en franchissant le top 50. Croyez-moi, pour y arriver, il faut que ton jeu soit à un autre niveau. Ça prend des armes spéciales comme le coup droit de Félix qu’il peut frapper tellement fort et sa rapidité qui fait qu’il n’est jamais pris à contrepied», confie celui qui avait lui-même atteint le 76e rang mondial. 

«Il se déplace tellement bien, il sait reconnaître les opportunités pour être agressif et il a diminué de beaucoup ses fautes directes par rapport à l’an passé, où il allait parfois trop vite. L’an prochain sera une grosse année, car il est plus facile de monter que de rester là. Mais malgré tout, je ne suis comme pas inquiet!», ajoute Lareau.

Selon lui, pour fuir non pas la guigne de la deuxième année, mais bien celle de la troisième année, Félix devra éviter de devenir trop confiant ou de vouloir brûler des étapes. «Les autres joueurs vont l’épier davantage, l’effet de nouveauté va s’estomper», met-il en garde, ajoutant que, selon lui, Auger-Aliassime n’a pas encore atteint son plein potentiel. «Pour lui, Sky’s the limit ! S’il devient plus puissant et plus précis sur ses premières balles, il sera encore plus dangereux. Et il faut qu’il garde son tempérament, qu’il continue d’avoir autant de plaisir à jouer.»

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Le président de Tennis Québec, Réjean Genois

«Il a tout pour lui» — Réjean Genois

Le président de Tennis Québec, Réjean Genois, ne manque pas de superlatifs pour qualifier le jeune Félix Auger-Aliassime. «Je l’ai dit à la télé et je le redis ici : Félix sera la plus grande vedette de sport du Québec pour les dix ou douze prochaines années, tous sports confondus. Il sera pour le Québec ce que Björn Borg a été pour la Suède, ce que Guillermo Vilas a été pour l’Argentine», déclare l’ex-joueur professionnel natif de Québec à propos du jeune prodige de L’Ancienne-Lorette.

«On le regarde aller depuis plusieurs années, il a toujours eu beaucoup de talent. Mais depuis qu’il est arrivé au Centre national d’entraînement, c’est comme un missile vers le haut!», poursuit Genois. «Il s’améliore à chaque match. Il a joué un moins bon match (au tournoi de Monte-Carlo) contre Alexander Zverev, troisième au monde, mais c’est le seul depuis plusieurs mois. Depuis janvier, il n’a accumulé que des succès», ajoute-t-il.

Analysant le jeu d’Auger-Aliassime, Genois note qu’il a beaucoup amélioré son coup droit ainsi que son service. «En plus, il vient de se payer quatre joueurs du top 20!», poursuit-il au sujet des récentes victoires d’Aliassime contre le Grec Stefanos Tsitsipas (10e au classement de l’ATP), l’Italien Fabio Fognini (18e), le Croate Borna Coric (13e) et le Georgien Nikoloz Basilashvili (17e). Cinq si on ajoute son compatriote Denis Shapovalov (20e), qu’il a vaincu à l’Open de Madrid après que le Soleil se soit entretenu avec Genois.

«Je m’entraîne au Stade IGA et quand Félix est en ville et qu’il s’entraîne sur terre battue, on dirait que la terre tremble!», lance Genois. «C’est ce qu’on appelle le «total package», il a tout pour lui : il mesure 6 pieds 4 pouces, il est talentueux, il aime ça jouer au tennis et ça paraît. Même Rafael Nadal a dit que Félix était le joueur qui l’avait le plus impressionné depuis le début de l’année.»

Alors qu’Auger-Aliassime est présentement 30e au monde, Réjean Genois croit qu’il percera bientôt le top 30 après sa victoire contre Juan Ignacio Londero. «C’est une très bonne tête de tennis, il peut jouer agressif et il est bon sur toutes les surfaces. Je pense que Félix peut battre n’importe qui, sauf peut-être Nadal, sur terre battue. Il n’a que 18 ans, mais il n’est pas intimidé. Il a confiance en lui.»

Selon le président de Tennis Québec, le jeu, l’attitude et la force mentale de Félix lui vaudront assurément de très grands succès. «Il n’a pas de faiblesse! Denis Shapovalov peut à l’occasion être erratique et se faire battre par moins fort que lui, mais ce n’est pas les cas de Félix», résume celui qui a atteint le 76e rang mondial au classement de l’ATP.  

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Richard Legendre

«Un produit purement québécois» — Richard Legendre

Pour Richard Legendre, ex-joueur de tennis professionnel et ancien vice-président de Tennis Canada, l’un des éléments les plus intéressants lorsqu’on mentionne Félix Auger-Aliassime est qu’il est un produit «purement québécois», un joueur exceptionnel faisant partie d’une nouvelle élite du tennis canadien.

«Quand je dis qu’il est purement Québécois, c’est qu’il a commencé à jouer à L’Ancienne-Lorette, qu’il a poursuivi au Club Avantage et qu’il a ensuite transféré au Centre national d’entraînement à Montréal. Il n’est pas allé en Floride à l’âge de 12 ans, il s’est vraiment développé ici. Et ça, c’est un beau message pour les jeunes qui regardent son parcours. Non seulement c’est faisable pour un jeune joueur d’atteindre de hauts niveaux, mais c’est faisable chez nous!», déclare l’ancien ministre des Sports dans le gouvernement de Bernard Landry. 

Pour lui, Félix Auger-Aliassime, c’est du jamais vu. «C’est un honneur de pouvoir parler de lui. Honnêtement, je n’ai jamais vu un jeune Québécois de 18 ans avec autant de talent et de potentiel qui, en plus, est déjà de calibre mondial. Peux-tu t’imaginer que, dans quatre ans, il n’aura que 22 ans et quatre années de développement de plus?», s’interroge Legendre. «Quand je vois Réjean [Genois] et Eugène Lapierre [vice-président de Tennis Canada], on parle toujours de Félix!»

Il note qu’alors que plusieurs croyaient que le Canada n’était pas un pays de tennis, Auger-Aliassimne, Denis Shapovalov, Milos Raonic, Bianca Andreescu et même Eugénie Bouchard sont sur le circuit en même temps. «Et ce n’est pas comme si c’était un creux de vague dans le calibre du tennis masculin. Bien au contraire, c’est probablement le moment dans l’histoire où le calibre est le plus relevé avec les Federer, Nadal, Djokovic et toute la nouvelle garde qui monte. Se frayer une place dans le top 50 est exceptionnel. Ce n’est pas facile de gagner des matchs, de se qualifier.»

Richard Legendre est également convaincu qu’Auger-Aliassime peut encore s’améliorer. «Il n’a que 18 ans et à 18 ans, 99 % du temps tu peux encore t’améliorer», analyse-t-il en vantant du même coup le jeu complet
du jeune phénomène à l’offensive, ses attaques, ses contre-attaques, son revers, son coup droit et le fait qu’il soit très habile au filet.

«Et il garde la bonne attitude. Imaginez, après sa défaite face à John Isner en demi-finale de l’Open de Miami, il est allé faire des services, car cet aspect de son jeu avait été plus faible. Il a une bonne mentalité.»

D’après Legendre, l’un des défis auxquels Auger-Aliassime aura à faire face est de demeurer en santé. «C’est le cas pour tous les joueurs de tennis présentement, il faut maintenir la forme semaine après semaine. Le dosage va être important, son choix de tournois aussi. Il ne faut pas trop s’emballer et se brûler, car aucun joueur n’est à l’abri des blessures», termine-t-il, ajoutant que le fait que Félix soit bien entouré le rassure sur ce point.