Le défenseur espagnol de Dortmund Marc Bartra (au centre) a été blessé dans les explosions qui visaient le bus de l’équipe, en avril dernier. Le suspect a avoué avoir voulu décimer l’équipe pour faire chuter le cours de ses actions en Bourse.

Attentat contre l’équipe de Dortmund: ouverture du procès à Berlin

BERLIN — Le suspect de l’attentat qui a visé l’autobus des joueurs de Dortmund en avril, faisant deux blessés, comparaîtra jeudi devant un tribunal de la ville, où il risque la prison à perpétuité pour tentatives d’assassinat.

Serguei W., un Germano-Russe de 28 ans, voulait décimer l’équipe de soccer allemande pour faire chuter en Bourse les actions du club, contre lesquelles il avait spéculé à la baisse.

Quelques heures avant le match de quart de finale de Ligue des champions contre Monaco le 11 avril, il avait déclenché trois bombes cachées dans une haie au passage du bus, à la sortie de l’hôtel où l’équipe résidait. Par chance, les explosifs mal positionnés n’avaient que partiellement endommagé le véhicule.

Le défenseur espagnol du Borussia, Marc Bartra, avait été blessé au poignet par des éclats de verre, et un motard de l’escorte policière, touché aux tympans par le souffle d’une explosion.

Le match contre Monaco avait été retardé de 24 heures, et repoussé au mercredi soir. Le Borussia avait perdu 2-3, et l’entraîneur de l’époque, Thomas Tuchel, s’était plaint amèrement, de l’UEFA d’abord, puis du patron du club Hans-Joachim Watzke dans un deuxième temps, estimant qu’il était inhumain d’avoir fait jouer ses joueurs au lendemain d’un attentat, alors qu’un de leurs coéquipiers était à l’hôpital.

Dortmund avait été éliminé au match retour après une nouvelle défaite à Monaco (3-1).

Le suspect avait laissé derrière lui des lettres de revendication mettant en cause le terrorisme islamiste, pour tenter de brouiller les pistes. Mais il avait été arrêté 10 jours après les faits et avait avoué que le motif de son crime était l’enrichissement personnel. Il sera jugé à partir de jeudi pour 28 tentatives d’assassinat.

Commander un steak

Il avait attiré l’attention du personnel de l’hôtel, d’abord en insistant pour avoir une chambre avec vue sur l’extérieur, d’où il pouvait voir les explosions, et en venant ensuite très calmement, juste après l’attentat, commander un steak au restaurant, alors que tout le monde dans l’établissement était inquiet et agité.

Ses transactions avec les actions du club, réalisées le même jour, avaient également alerté la police. L’enquête a révélé qu’il avait emprunté 50 000 euros pour financer ses spéculations financières. L’opération consistait à acheter des options de vente en pariant sur la baisse du cours de l’action du Borussia, avec une échéance au 17 juin 2017. «Plus le cours de l’action aurait chuté, plus le bénéfice du suspect aurait été fort», avait expliqué le parquet à l’époque.

L’auteur de l’attentat présumait qu’en tuant ou en blessant plusieurs joueurs, il parviendrait à faire chuter le cours de l’action. «Nous n’avions jamais été confrontés à une telle attaque, qui s’est finalement avérée une forme perfide de manipulation des cours de la Bourse. C’est quelque chose de complètement nouveau», avait déclaré le chef de la police criminelle allemande Holger Muench.

Selon la presse allemande, Serguei W. était un expert en électronique et était capable de fabriquer lui-même les engins explosifs. Chacune de ses bombes contenait un kilogramme d’un mélange de peroxide d’hydrogène et de mazout, et environ 65 clous.