Charles Philibert-Thiboutot refuse d’accorder le bénéfice du doute au Kényan Asbel Kiprop, trois fois champion du monde du 1500 m — aussi médaillé d’or des Jeux de 2008 à la suite de la disqualification d’un autre coureur — qui, contrôlé positif à l’EPO, affirme qu’il est victime d’un coup monté.

Asbel Kiprop testé positif, Philibert-Thiboutot frustré

L’annonce du contrôle positif à l’EPO du triple champion du monde kényan Asbel Kiprop a fait réagir Charles Philibert-Thiboutot, jeudi. Frustré, le coureur de Québec ne se gène pas pour s’interroger sur le travail fait par les autorités antidopage kényanes.

C’est que Kiprop est loin d’être un petit nouveau dans le monde de l’athlétisme. Trois fois champion du monde sur 1500 m (2011, 2013 et 2015), la même discipline que Philibert-Thiboutot, l’athlète de 28 ans possède également une médaille d’or des Jeux olympiques de 2008, à Pékin, qui lui avait été décernée après la disqualification pour dopage d’un autre coureur. 

Mercredi, il a été rapporté par divers médias qu’un test antidopage aléatoire hors compétition effectué fin 2017 a révélé la présence d’EPO dans l’organisme de Kiprop. «C’est sûr que ma première réaction a été de la frustration», a indiqué Philibert-Thiboutot.

«C’est un gars qui a été au sommet de la discipline pendant quasiment 10 ans, un peu comme Lance Armstrong. J’ai moi-même pris la ligne de départ de la course où il a effectué son meilleur temps en carrière, le troisième meilleur de l’histoire», a rappelé Charles Philibert-Thiboutot à propos du 1500 m de Monaco de la Diamond League, en 2015. 

Les apparences contre lui

Asbel Kiprop a pour sa part clamé son innocence, jeudi, se disant victime d’un coup monté. «J’ai toujours été fidèle à mes convictions antidopage et je serais la dernière personne à commettre un atroce acte antisportif comme celui-là», a-t-il expliqué dans un long communiqué, affirmant qu’on l’avait prévenu la veille de son contrôle, ce qui est contre le règlement de l’agence mondiale antidopage, et que les contrôleurs ont tenté de lui extorquer de l’argent.  

Pour Philibert-Thiboutot, toutefois, difficile de laisser au Kényan le bénéfice du doute. «Il a un certain nombre d’évidences qui s’accumulent contre lui quand tu regardes son entourage. Il y avait déjà un nuage sombre au-dessus de sa tête. Disons qu’il y a des choses qui se disent entre les athlètes du circuit derrière les portes closes.»

Le Québécois souligne d’ailleurs que Kiprop est représenté par l’Italien Federico Rosa. Or, au moins quatre autres athlètes kényans représentés par cet agent ont testé positif à l’EPO depuis 2012, dont la gagnante du marathon des Jeux olympiques de Rio, Jemima Sumgong, l’été dernier.

«Est-ce que je suis surpris que Kiprop ait été testé positif, franchement, non», lance Philibert-Thiboutot, qui a évacué sa frustration publiquement sur ses comptes Facebook et Twitter.

«On connaît les Kényans comme des coureurs talentueux, mais est-ce que c’est vraiment du talent ou c’est qu’ils prennent de l’EPO? C’est rendu que l’on ne sait plus», a-t-il confié au Soleil.

Planche de salut

Des histoires allant de l’EPO en vente libre un peu partout dans le pays jusqu’à la corruption à l’intérieur l’agence antidopage kényane circulent abondamment, explique Philibert-Thiboutot. D’autant plus que dans un pays défavorisé comme le Kenya, l’athlétisme offre une chance unique de se sortir de l’extrême pauvreté, souligne l’olympien de Québec.

Le dopage est donc particulièrement attrayant. «Kiprop est un athlète qui se faisait payer entre 10 000 $ et 50 000 $ simplement pour venir courir une course. C’est de l’argent qui ne va pas à d’autres athlètes propres et s’il s’est dopé durant toute sa carrière, c’est un très gros montant. Tant qu’il n’y aura pas de pénalités monétaires associées à un test antidopage échoué, des athlètes vont continuer à se doper.»  Avec AFP