Les Championnats du monde 2019, présentés à compter de vendredi au Qatar, pourraient marquer le début d’un long règne pour l’Américain Noah Lyles (au centre).

Après Bolt, qui sera la nouvelle vedette?

DOHA — Qui sera la grande vedette des Mondiaux? De la nouvelle sensation américaine Noah Lyles au controversé Christian Coleman en passant par Karsten Warholm ou le trio de sprinteuses Dina Asher-Smith, Shelly-Ann Fraser-Pryce et Elaine Thompson, ils sont plusieurs à pouvoir enflammer la piste du Khalifa stadium à Doha à partir de vendredi pour les premiers Championnats du monde de l’après Usain Bolt.

Lyles: la future star?

Showman au sourire ravageur, le coureur de Gainseville (Floride) est annoncé comme la future star de l’athlétisme, en mal de vedettes reconnues par le grand public depuis la retraite du légendaire Usain Bolt en 2017, et ces Championnats du monde pourraient marquer le début d’un long règne. À seulement 22 ans, Lyles est déjà le 4e performeur de tous les temps sur 200 m (19 sec 50) qui sera sa seule épreuve individuelle au Qatar. Sans rival sur le demi-tour de piste, le titre de champion du monde lui semble promis. Avant sans doute de s’attaquer aux Jeux Olympiques de Tokyo en 2020 au Graal pour tout sprinteur: le 100 m.

Coleman : une odeur de soufre

Médaillé d’argent aux Mondiaux en 2017, champion du monde intérieur sur 60 m (2018) et détenteur du record du monde de la distance (6 sec 34), meilleur performeur mondial depuis 2017 sur la ligne droite : tout semblait réussir à Christian Coleman, étiqueté grandissime favori du 100 m des Mondiaux. Mais la révélation fin août de trois manquements à ses obligations de localisation antidopage a fait l’effet d’une douche froide. Le coureur de 23 ans a finalement été blanchi par l’agence américaine antidopage, auteure d’une erreur, mais sa réputation a fatalement été entachée et il débarque au Qatar lesté d’un boulet dont il se serait bien passé. Sans Noah Lyles, qui se concentre sur le 200 m, et donc sans adversaire à sa mesure, il reste le principal prétendant à la couronne suprême. Mais s’il venait à céder face à la pression, son compatriote et vétéran Justin Gatlin (37 ans) pourrait lui ravir le beau rôle et se succéder à lui-même au palmarès. Gatlin, sacré sous les sifflets en 2017, a déjà été suspendu à deux reprises pour dopage durant sa longue carrière. Pas sûr que l’athlétisme y gagne au change.

Warholm: Sacré Viking 

Le facétieux Norvégien, médaille d’or en 2017 dans une relative indifférence, a pris une nouvelle dimension cette année en battant à trois reprises le record d’Europe du 400 m haies, porté à 46 sec 92, 2e chrono de l’histoire. Il a réussi le tour de force d’éclipser les deux autres prodiges d’une discipline enfin en pleine effervescence après des années de vache-maigres, le Qatarien Abderrahman Samba et l’Américain Rai Benjamin, qui semblent aussi capables de menacer le vieux record du monde de Kevin Young (46 sec 78 en 1992). La probable présence de ces trois cracks en finale pourrait offrir une course d’anthologie.

Asher-Smith, Thompson, Fraser-Pryce: sprint indécis

Triple championne d’Europe en 2018 (100 m, 200 m, 4x100 m), la sprinteuse britannique Dina Asher-Smith espère bien confirmer son nouveau statut sur le plan mondial à 23 ans. La partie ne s’annonce pourtant pas facile face aux deux Jamaïcaines Elaine Thompson, double championne olympique en 2016 (100 m, 200 m), et Shelly-Ann Fraser-Pryce, elle aussi double médaillée d’or aux JO

(100 m en 2008 et 2012), revenue à son meilleur niveau après une absence pour cause de maternité.

Yulimar Rojas: record en vue?

La Vénézuélienne a frappé très fort le 6 septembre en établissant la 2e meilleure performance de l’histoire sur le triple saut (15,41 m). Si la couronne mondiale devrait logiquement lui revenir, celle qui a échoué à seulement 9 centimètres du record du monde semble capable d’effacer la marque de l’Ukrainienne Inessa Kravets (15,50 m) qui tient depuis le 10 août 1995.

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LE CANADA VEUT FAIRE OUBLIER LES DÉCEPTIONS DE 2017

La première expérience de Glenroy Gilbert à titre d’entraîneur-chef de l’équipe du Canada aux Championnats du monde d’athlétisme en est une à oublier. La délégation canadienne est arrivée à Londres en 2017 avec de grandes attentes, mais des maladies et des blessures ont fait en sorte qu’elle est revenue au pays sans avoir touché au podium.

Andre De Grasse et Derek Drouin, les étoiles de l’équipe, ont déclaré forfait à la dernière minute à cause de blessures. Un virulent virus de Norwalk s’est répandu dans l’hôtel de l’équipe, laissant le décathlète Damian Warner et d’autres compétiteurs trop faibles pour livrer bataille au meilleur de leurs capacités.

«C’est incroyable à quel point les choses ont tourné à Londres, avec tous les malaises et malheurs qui ont frappé nos athlètes, a déclaré Gilbert. Je n’avais jamais vécu quelque chose de semblable, à titre d’entraîneur ou d’athlète.»

Cette édition des Championnats du monde d’athlétisme aura finalement été un accident de parcours pour une nation qui a amassé huit médailles lors du rendez-vous universel de 2015, une récolte historique, et six médailles aux Jeux olympiques de Rio en 2016. En 2019 à Doha, au Qatar, où s’amorceront les Championnats vendredi, le Canada enverra 52 athlètes. Et si Gilbert, blagueur, a affirmé qu’il «aimerait certainement gagner plus de médailles qu’à Londres», il reste qu’il se trouve à la tête d’une délégation forte et diversifiée qui se présente dans la foulée d’une saison estivale excitante.

«Nous pourrions voir un certain nombre d’athlètes sur le podium, ou à portée», estime Gilbert, un médaillé d’or des Jeux olympiques d’Atlanta, en 1996, au relais 4 x 100 mètres.

Le Canada compte 11 athlètes classés dans le top 10 au monde. Parmi ceux à surveiller : Warner, numéro un au décathlon; De Grasse qui, enfin, est en santé après deux saisons amputées par les blessures (3e au

200 mètres, et 9e au 100 mètres); Aaron Brown (4e au 200 mètres); Brandon McBride (4e au 800 mètres); Gabriela DeBues-Stafford, qui a réécrit le livre des records canadiens cette saison (4e au 1500 mètres); Alysha Newman (3e au saut à la perche); Brittany Crew (6e au lancer du poids).

Il y aura cependant deux absences notoires, celles de Drouin et de Melissa Bishop, tous deux blessés. La Presse canadienne