Le Français Antoine Griezmann (7), qui ne cache pas son amour pour tout ce qui est uruguayen, devra maintenant oublier cette allégeance, alors que France et Uruguay croiseront le fer, vendredi.

Antoine Griezmann, le Bleu latino

KAZAN — Antoine Griezmann ne va pas être dépaysé en affrontant l’Uruguayen quarts de finale du Mondial 2018, vendredi (10h) . L’attaquant français, qui passe ses journées à boire du maté, est devenu au fil de sa carrière un vrai latino dans la vie et sur le terrain.

Quand il s’énerve, Antoine Griezmann peut vite passer de la langue de Molière à celle de Borges. Enfin, en un peu plus vulgaire... Comme en témoigne son cri de rage à l’Euro 2016 après son but contre l’Albanie (2-0) à la 90e minute, alors qu’il avait démarré la rencontre sur le banc. «La concha de tu madre», avait-il hurlé en marquant, une grossièreté typiquement sud-américaine qui signifie littéralement «la chatte à ta mère».

Pas étonnant pour un attaquant qui a fait toute sa carrière en Espagne, où il fréquente au quotidien de nombreux joueurs latino-américains. Recalé par les centres de formation français à cause d’un gabarit jugé trop petit, Griezmann (5’9”) s’est expatrié au Pays basque espagnol dès ses 14 ans, à la Real Sociedad de San Sebastian.

Dans le club basque, il a démarré en professionnel sous les ordres de l’Uruguayen Martin Lasarte, et c’est un autre Uruguayen, son  coéquipier Carlos Bueno — «C’est avec lui que j’ai commencé à regarder des matchs de Peñarol [un club uruguayen]» —, qui l’emmenait à l’entraînement et l’a initié au maté, cette infusion traditionnelle très répandue en Amérique latine. 

Dans le vestiaire de l’Atletico Madrid, qu’il a rejoint en 2014, il est assis au fond à droite à côté de l’Argentin Angel Correa et des Uruguayens Diego Godin, le parrain de sa fille, et José Maria Gimenez.

Rembarré par le «Pistolero»

«Grizou» répète à l’envi son amour pour l’Uruguay. Il a notamment déclaré dimanche que les Uruguayens étaient des «gens qu’il adorait». «J’ai un peu leur style, je ne lâche rien, je donne tout», avait décrit le Bourguignon d’origine.

«Il ne connaît pas le sentiment d’être uruguayen», l’a toutefois rembarré quelques jours plus tard Luis Suarez, le «Pistolero» de la Celeste. «Antoine, même si on dit qu’il est à moitié Uruguayen, est Français. Il ne connaît pas le sentiment d’être Uruguayen, il ne connaît pas le dévouement et les efforts que les Uruguayens font depuis leur plus jeune âge pour pouvoir réussir dans le football, malgré le peu de gens que nous sommes.»

La population de l’Uruguay est d’environ 3,5 millions d’habitants, tandis que la France compte sur 67 millions de résidents.

«Il a ses habitudes, sa façon de parler, tout ça est Uruguayen, mais ce qu’on éprouve, on l’éprouve différemment», a insisté le buteur de l’Uruguay.

«Il est Uruguayen. Il a toujours été entouré de joueurs uruguayens. Il a débuté avec Martin Lasarte. Il aime ce que nous sommes, nos coutumes, manger un “asado” [les grillades en Amérique latine], notre musique, et il boit plus de maté que moi» rigolait pourtant Godin, il y a quelques semaines, dans les médias locaux., 

En équipe de France en effet, Griezmann ne se déplace pas sans son nécessaire à maté et le voir en siroter est devenu une image rituelle des avant-matchs des Bleus. Il en a dit quelques mots dans une vidéo mise en ligne par la Fédération.

«T’as de l’eau bien chaude. T’as la bombilla [prononcé bombicha], c’est genre la paille avec laquelle tu aspires l’eau. Tu as l’herbe dedans. Et ensuite on boit. En fait, c’est comme le café, comme un thé, le matin ou l’aprem’, ça me réveille. Trente prises de sang, vingt contrôles antidopage, je pense que ce n’est pas dopant, sinon ça serait mal passé», s’était-il amusé.

L’esprit Cholo

Sur le terrain, Griezmann est un drôle de mélange franco-latino-espagnol. De l’Espagne, l’attaquant de 27 ans possède le goût du jeu en une touche de balle et l’art de se glisser entre les lignes. Mais à l’Atlético, il a aussi développé une combativité de tous les instants sous les ordres du tempétueux Argentin Diego Simeone, connu pour sa soif de gagner et son comportement survolté en bord de touche.

«Il avait cette grinta en lui et l’a cultivée au contact de Simeone», expliquait il y a plusieurs mois Philippe Montanier, l’un de ses anciens entraîneurs à la Real Sociedad. En quatre ans, l’esprit «Cholo» — le surnom de Simeone hérité de la culture amérindienne en Argentine — a infusé dans les veines de Griezmann, qui se bat comme un beau diable sur le terrain de l’Atletico, sans compter ses efforts quand il s’agit de revenir défendre.

Après une longue attente, il a enfin eu droit à sa récompense mi-mai en décrochant un titre avec son club de cœur : l’Europa League face à Marseille (3-0). Vendredi contre l’Uruguay, il tentera d’amener la France en demi-finale, une étape qu’elle n’a pas atteint depuis 2006. Avant de pénétrer sur la pelouse du stade de Nijni Novgorod, «Grizou» prendra à coup sûr une grande gorgée de maté.  Avec AP