Après plus de 30 ans de carrière dans les milieux du kayak en rivière, Anthony Kelso songe à prendre sa retraite. Une fin abrupte et improbable motivée par la décision de la municipalité de Beaupré de ne plus supporter son club.

Anthony Kelso: une fin abrupte et improbable

Anthony Kelso n’aurait jamais pensé que sa carrière en kayak pourrait prendre fin d’une manière aussi abrupte qu’improbable. Principal administrateur du club de Beaupré où il était entraîneur, il n’a eu d’autres choix que de mettre la clé dans la porte du club fondé par son père il y a plus de 50 ans quand la municipalité s’en est dissociée. Une décision qui pourrait l’inciter à accrocher sa pagaie de coach pour de bon.

«Je vais continuer à donner des cours cet été parce que j’ai pris des engagements», explique Kelso, qui a tourné le dos au ski alpin afin de se concentrer sur sa carrière de kayakiste de rivière qui s’était amorcée lors des Jeux du Québec de 1987. 

«Mais il y a un gros point d’interrogation pour 2019. Dans les circonstances actuelles, c’est certain qu’il n’y aura pas de kayak à Beaupré. L’alternative serait d’aller à Shannon. Mais je n’y suis pas résident et j’ai besoin que l’on me prête des locaux. Je ne suis pas sûr que les gens de Shannon vont me dire: “Pas de problème, viens-t’en.” Alors je ne pense pas continuer.»

L’ex-champion canadien pourrait aussi cesser d’enseigner son art dans les cégeps. Il trouve un peu absurde l’idée d’offrir un cours en piscine sans par la suite permettre aux participants de vivre pleinement l’expérience du kayak sur une rivière.

«Ce n’était vraiment pas de cette façon-là que je voulais sortir du sport. J’adore toujours donner des cours de kayak. Mais ce qui s’est passé, c’est la goutte qui a fait déborder le vase. Mes temps libres, je vais dorénavant les consacrer à mes enfants.»

Même si les derniers événements lui laisseront sans doute un goût amer, Kelso indique qu’ils n’altéreront en rien les souvenirs qu’il garde de sa carrière, des voyages extraordinaires qu’il a faits comme ce périple dans les Territoire du Nord-Ouest, où il a surfé sur les vagues jusqu’à une heure du matin, des gens exceptionnels qu’il a rencontrés, mais aussi de l’esprit zen et convivial de son sport.

«Même si le kayak est un sport individuel, lors de la compétition chacun est dans son bateau et il est seul à travailler avec la rivière, en dehors c’est une autre game. Il y a un travail d’équipe incroyable qui doit faire. D’abord pour monter et démonter les installations avant et après une compétition, mais aussi parce que la difficulté de se trouver des entraîneurs en slalom faisait en sorte que l’on se coachait beaucoup entre nous autres. On se donnait des trucs, on s’aidait.»

Quatrième aux mondiaux

Champion canadien en slalom, Kelso s’est signalé en terminant quatrième des championnats mondiaux juniors. Il a par la suite mis les Jeux olympiques dans sa mire, mas il n’a pas réussi à se qualifier pour les rendez-vous de 2000 et de 2004.

«Je n’étais pas assez discipliné et pas assez égoïste. Rendu au niveau national, tu n’as plus le choix, il faut vraiment que tu penses à toi et que tu fasses juste ça. Mais je trouvais ça très difficile, de voir des jeunes qui avaient besoin d’aide et de ne rien faire. Une partie du temps que j’aurais dû prendre pour m’entraîner, je leur donnais. Mais même si je ne suis pas allé aux JO, j’ai quand même eu de beaux succès. Comme athlète, mais aussi comme coach. Max-Émile Petitclerc, que j’ai eu à l’âge de 10 ans, alors qu’il était haut comme trois pommes, s’est rendu aux championnats du monde juniors. Il y a aussi eu Thomas Weber et Andrew Hamelin.»

Après avoir œuvré dans plusieurs domaines, c’est au niveau communautaire que Kelso a trouvé un travail répondant à ses aspirations profondes. Coordonnateur au Service d’entraide Basse-Ville, il recueille des meubles et des électroménagers qu’il redonne à des gens dans le besoin.

«Les personnes qui viennent me voir sont pas mal poquées. Certaines ont eu des malchances et d’autres sont des immigrants. On essaie de les aider du mieux que l’on peut. Il y a beaucoup de préjugés véhiculés par rapport à ces gens. Je pense qu’il y a un grand manque d’informations à leur sujet. On ne peut pas s’imaginer comment la vie peut basculer du jour au lendemain.»

Kelso avoue que son travail lui demande beaucoup sur le plan émotionnel. Et ce sont les cas d’enfants dans le besoin qui le minent le plus. Certains soirs, il arrive à la maison assez chamboulé. Mais il arrive à oublier le boulot. «J’ai tellement été entraîné à faire le vide avant un bloc de départ que le transfert se fait. Et je n’ai pas le choix...

«En contrepartie, mon travail est aussi très valorisant. C’est le cas quand je vois, par exemple, des gens pousser un soupir de soulagement parce qu’ils se sentent aidés.»

Revenant sur le kayak, Kelso dit que peu importe ce que lui réservera l’avenir, il gardera toujours une grande place pour le kayak dans sa vie. «Encore aujourd’hui, je vais sur une section qui est classée débutant qui s’appelle Pont-Rouge–Donnacona. C’est une rivière large et très facile. Mais juste surfer une vague, faire des remontées, jouer dans l’eau, c’est extraordinaire. Ça me ramène quand j’avais 10 ans, que je me parkais dans la vague et que je surfais pendant deux ou trois heures.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q Faits marquants

R Ma Coupe du monde en Espagne où j’étais entraîneur de l’équipe nationale. C’est là que je me suis aperçu que j’adorais coacher au niveau élite. Et je ne sais pas, il y a quelque chose en Espagne... C’est Barcelone, le retour du kayak aux Jeux olympiques en 1992. Sinon, ma quatrième place aux championnats du monde juniors en 1994.

Q Personnalité marquante

R Mon père et ma mère m’ont toujours supporté dans tout ce que j’ai fait. Mon père, c’est lui qui m’a mis dans un kayak... et qui ensuite a couru après le kayak aussi.

Q Rêve 

R J’aimerais aller aux championnats du monde Masters de kayak. Mais avant, j’aimerais reprendre ma condition physique d’avant 2013. Les deux tumeurs que j’ai eues m’ont rendu dépendant à différents médicaments qui m’ont débalancé au niveau hormonal et qui m’ont fait gagner du poids. Alors, j’aimerais ça retrouver la forme et par la suite, prendre part à la compétition… même si je suis un vieux bonhomme. Je m’en fous pas mal. Et par la suite, je pourrais faire le circuit de la Nouvelle-Angleterre. Ce sont de petites courses, le fun, pas trop compliquées. 

Q Plus bel endroit visité

R L’Espagne. J’irais vivre là demain matin. J’aime le style de vie. Et la bouffe est excellente.