Anne-Marie Comeau, qui n’a décidé qu’en novembre de tenter sa chance aux qualifications olympiques, est sur le point de causer une énorme surprise, elle qui a satisfait les critères de performance nécessaires pour mériter son billet pour PyeongChang.

Anne-Marie Comeau surprend même son père!

«Il y a trois mois, on ne pensait même pas à ça!» Si jamais Anne-Marie Comeau se rend aux Jeux olympiques de PyeongChang, elle causera l’une des grandes surprises dans le monde du sport à Québec. Une surprise, même pour papa!

Selon Marc Comeau, sa fille a décidé en novembre seulement de tenter sa chance aux qualifications olympiques canadiennes, qui se sont terminées mercredi, au mont Sainte-Anne. Elle y a de nouveau brillé en prenant la troisième place du 10 km style classique.

Combinée à sa médaille d’argent au skiathlon de lundi, cette performance lui permet d’établir le critère olympique dans les épreuves de distance. Tout ça avec ses vieux skis!

Techniquement, elle est donc la quatrième fondeuse canadienne qui se rendra en Corée, dans un mois, avec Emily Nishikawa, Dahria Beatty et Cendrine Browne. Cette dernière n’a laissé planer aucun doute sur son éventuelle présence aux JO en remportant le 10 km, mercredi, sa deuxième victoire en trois jours.

Mais pour Comeau, c’est (évidemment) plus compliqué que ça. Quasi absente des pistes dans les 24 derniers mois, elle n’a pas atteint un autre critère de sélection : avoir participé à cinq épreuves sanctionnées par la Fédération internationale de ski dans la dernière année. Si elle veut faire le voyage en Corée, elle devra donc skier deux autres courses d’ici le 21 janvier. Quelques options s’offrent à elle : Vermont, Montana, Utah…

Ce n’est pas tout. Elle doit aussi obtenir des résultats lui permettant de maintenir une moyenne de points inférieure à 100. Moins de points veut dire mieux, ici. Vous me suivez toujours?

«Si je suis sélectionnée, c’est sûr que je vais faire [ces deux courses]», a lancé Comeau avant de savoir qu’elle avait réussi les standards.

La femme de 21 ans et sa famille font preuve d’un calme étonnant à la mention des Jeux olympiques. «On essaie de ne pas trop s’exciter là-dessus», a affirmé Marc Comeau, conscient des étapes encore à franchir.

Anne-Marie serait heureuse et fière de se rendre en Corée, mais elle demeure zen. «Si je ne suis pas qualifiée, ça veut dire que c’est mieux comme ça. Je vais juste travailler encore plus fort, continuer à m’entraîner, focuser sur les entraînements et les courses à venir. Ça va juste me stimuler encore plus.»

Le ski de fond dans son ADN

Peu importe la suite des choses, Comeau a fait sensation cette semaine, sur les pistes du Centre national d’entraînement Pierre-Harvey, tout près de chez elle. Au printemps, elle annonçait mettre sa carrière de skieuse en pause pour se consacrer à la course à pied.

Comeau n’a donc jamais cessé de s’entraîner. Mais elle n’avait pas fait d’entraînement spécifique au ski de fond depuis deux ans. Et pendant cette période, seulement une poignée de courses. «Parfois, les athlètes vivent des événements qui font que c’est moins évident et quittent le sport, a souligné Comeau père. Mais s’ils reviennent et qu’ils l’aiment vraiment, ils le font avec le cœur et pour le plaisir. C’est exactement ce qui s’est passé pour elle. Elle s’est aperçue que le ski de fond était dans son ADN.»

Mercredi, Comeau a skié son 10 km en 30:51,9, près de 65 secondes derrière Browne. Deuxième à 39 secondes de la gagnante, la Québécoise Katherine Stewart-Jones (Chelsea) occupe l’inconfortable cinquième siège en vue d’une participation aux JO.

Un autre détail ajoute à la complexité de l’affaire, mais pourrait sourire à certains athlètes, dont Stewart-Jones. Pour l’instant, le Canada détient huit places en vue des JO, quatre pour les hommes, autant pour les femmes. Mais d’autres pourraient s’ajouter le 21 janvier.

Comeau et Stewart-Jones se sont aussi qualifiées mercredi pour les Championnats du monde U23, tenus en Suisse du 27 janvier au 4 février.

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SUR LES TRACES DE MÉLANIE BLOUIN?

Si Anne-Marie Comeau fait le voyage en Corée, elle deviendra la deuxième athlète à participer aux Jeux olympiques en étant toujours active chez le Rouge et Or. Dans la longue histoire du club sportif de l’Université Laval, seule la perchiste Mélanie Blouin est devenue olympienne alors qu’elle portait toujours les couleurs de l’institution d’enseignement. C’était à Londres, en 2012.

Le Rouge et Or peut aussi se vanter d’avoir vu passer plusieurs futurs olympiens dans ses rangs. Ils sont 24 en comptant les athlètes paralympiques, selon une liste consultée par Le Soleil. Le skieur alpin André Bertrand a été le premier, en 1952. Karen Paquin et Charles Philibert-Thiboutot les derniers, en 2016. Gagnante du bronze en rugby, Paquin est l’une des deux médaillées du groupe, l’autre étant Sylvie Bernier, championne olympique en plongeon aux Jeux de Los Angeles, en 1984. Aussi sur la liste, l’ex-cycliste et fondeur Pierre Harvey, celui qui a donné son nom au centre d’entraînement où se déroulaient les sélections olympiques de ski de fond, cette semaine.