Le porteur Christopher Amoah croyait qu'il avait de bonnes chances d'être repêché mais, malheureusement pour lui, les neuf équipes de la Ligue canadienne l'ont ignoré.

Amoah parmi les oubliés du repêchage de la LCF

Les neuf équipes de la LCF viennent de repêcher 69 joueurs de football de citoyenneté canadienne évoluant dans les rangs universitaires. Mais des centaines d’autres n’ont pas été choisis et ont fini la soirée de jeudi déçus. Comme Christopher Amoah.

Le porteur de ballon du Rouge et Or de l’Université Laval avait pourtant amorcé la saison passée au 11e rang des meilleurs espoirs aux yeux de la Centrale de recrutement de la LCF, avant de chuter en 19e position, en décembre, puis de disparaître du top 20, en avril.

Ses résultats moins convaincants que prévu aux tests physiques de deux camps d’évaluation tenus en mars, l’un à Québec et l’autre à Winnipeg, auront achevé de faire baisser sa cote.

«J’ai cru que j’avais démontré tout ce que je pouvais démontrer et que j’avais de bonnes chances d’être repêché, mais ça ne s’est pas passé comme ça», a commenté Amoah, après avoir vu ses coéquipiers Marco Dubois (13e rang), Simon Gingras-Gagnon (35e), Tyrone Pierre (41e) et Étienne Moisan (51e) trouver preneur.

«Rendu là, tu te poses des millions de questions! Mais tu n’auras jamais la réponse que tu veux, alors ça ne sert à rien de rester là-dessus. Il faut continuer à travailler. J’ai toujours confiance en moi, je connais mes habiletés et j’espère qu’une équipe va le réaliser dans le futur et va me prendre», a dit Amoah.

Six porteurs ont été repêchés, dont Tanner Green, de l’Université Concordia, mais celui-ci davantage pour ses qualités au bloc qu’avec le ballon.

Rien n’empêche les clubs d’inviter des joueurs autonomes à l’essai lors du camp présaison de juin, ce sur quoi les agents des oubliés travaillent très fort ces jours-ci. La plupart sont aussi admissibles pour une cinquième et dernière saison universitaire.

Désert de quarts-arrières

Parmi les oubliés, ou plutôt ignorés, on compte le quart-arrière étoile du Rouge et Or, Hugo Richard. Pas une grande surprise, quand l’on considère qu’aucun quart-arrière canadien n’a été repêché par la Ligue canadienne depuis trois ans.

Au cours des 10 derniers repêchages, quatre pivots canadiens ont été sélectionnés par les équipes de la LCF, dont deux ont été forcés de changer de position. Les deux autres sont Brandon Bridge (Montréal) et Andrew Buckley (Calgary), choisis en 2015.

Richard n’a pas été le seul bon quart laissé de côté jeudi. Noah Picton, joueur par excellence du football universitaire canadien en 2016, semble aussi voué à retourner chez les Rams de Regina pour une cinquième année. L’an dernier, Richard et Picton étaient les quarts du Défi Est-Ouest, match-vitrine pour le repêchage suivant.

Malgré ses statistiques impressionnantes, le cas de Picton peut être débattu à cause de sa petite stature de 5’9” et de 180 livres. Mais Richard mesure 6’2” et pèse 220 livres. Nommé deux fois meilleur joueur au Québec en quatre ans, le 4 de l’UL ne s’avère pas assez bon pour un circuit professionnel qui a pourtant repêché 47 autres joueurs de la ligue universitaire québécoise depuis son arrivée.

Tout dépend de la position, celle de quart-arrière étant la seule dans la LCF sans restriction en contenu canadien.

Dure année pour le Québec

La ligue universitaire québécoise a connu sa pire cuvée en cinq ans avec seulement huit joueurs repêchés et aucun en première ronde. Le départ de l’Université Bishop’s pour les Maritimes fait perdre deux sélections au RSEQ cette année, mais même 10 restent le pire en cinq ans et huit, c’est en six ans.

Huit, c’est autant que les joueurs repêchés jeudi juste à l’Université de Calgary! L’Ouest a vu en tout 15 de ses représentants choisis et l’Ontario, 28. Des 27 programmes au Canada, 22 ont vu au moins un de leurs porte-couleurs retenus, mais aucun pour Sherbrooke et McGill.

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Originaire de Saint-Eustache, le receveur Étienne Moisan est heureux d'avoir été sélectionné par l'équipe de sa jeunesse, les Alouettes de Montréal.

ALLO, DOCTEUR!

Le jour d’un repêchage, les joueurs admissibles tiennent leur téléphone bien serré dans l’attente de l’appel tant attendu du directeur général d’une équipe qui annoncera la grande nouvelle. Dans le cas d’Étienne Moisan, le demi inséré du Rouge et Or a d’abord reçu l’appel du médecin des Alouettes, jeudi.

Choisi par Montréal en fin de sixième ronde au 51e rang, Moisan avoue avoir attendu plus longtemps qu’il ne l’espérait. «Il y a eu des doutes sur moi dans les derniers mois à cause d’une vieille blessure à la hanche que j’ai traînée durant la saison. Mais je me suis reposé et maintenant, c’est guéri. Je suis en santé», a assuré le natif de Saint-Eustache, heureux d’avoir été choisi par l’équipe qu’il suivait dans sa jeunesse.

Acquis au profit d’un choix obtenu dans l’échange de S.J. Green à Toronto, Moisan ne se met pas de pression supplémentaire. «Mettons qu’on n’est pas le même genre de receveur», laisse-t-il tomber, sourire en coin.

Le bonhomme de 6’1” et de 210 livres réalisait à peine qu’à ce moment précis, «le football est officiellement devenu une job. C’est fou de penser que je vais être payé pour jouer au football!» s’est-il exclamé.

L’idée a commencé à germer dans son esprit il y a un an. Invité de dernière minute au Défi Est-Ouest pour remplacer un blessé dans le camp de l’Ouest — le «destin» a fait que le match avait lieu à Québec —, il a offert une excellente prestation qui a ouvert les yeux des recruteurs de la LCF.

Moisan rejoint chez les Alouettes son ex--coéquipier Philippe Gagnon, un autre ancien de l’UL, Patrick Lavoie et un bon ami avec qui il a joué au Collège Vanier, Jean-Gabriel Poulin, du quartier Saint-Nicolas à Lévis, repêché pour sa part en troisième ronde (23e).

Il s’agit de la première fois que trois receveurs du Rouge et Or sont repêchés la même année, avec Marco Dubois (13e) et Tyrone Pierre (41e).  Olivier Bossé