Cent huitième épéiste féminine au monde et quatrième au Canada, Alexanne Verret a été recrutée par le prestigieux programme des Buckeyes de l’Université Ohio State, où elle a déjà complété deux années sur quatre en comptabilité.

Alexanne Verret: vivre par l’épée [VIDÉO]

«Je faisais de l’escrime parce que j’ai toujours fait ça, simplement. Mais dans la dernière année, j’ai réalisé que j’aime vraiment mon sport et que j’ai envie de m’y investir pour longtemps. Ça peut être pour moi!»

Drôle à dire pour une fille qui a été championne panaméricaine des 17 ans et moins à sa toute première compétition internationale et déjà trois fois championne canadienne senior, à seulement 20 ans.

Dans un sport à développement tardif où l’expérience fait souvent la différence, Alexanne Verret vise pourtant une participation aux Jeux olympiques dès l’an prochain, en 2020, à Tokyo. Elle aura alors 21 ans.

C’est pourquoi elle vit un été plus qu’occupé. Après les Championnats panaméricains à Toronto, un camp d’entraînement à Paris, les Championnats du monde à Budapest (Hongrie), ses cours universitaires à Columbus (Ohio) et les Jeux panaméricains à Lima (Pérou), Verret est de passage pour la semaine au domicile familial de Sillery. Avec quelques allers-retours au chalet du Petit lac Lambton, en Beauce. Pour souffler un peu.

«C’est la seule semaine dans l’année où je ne ferai pas d’escrime», laisse-t-elle tomber pendant l’entrevue tenue dans les locaux du club Estoc, à la Pointe-Sainte-Foy. Elle n’a pas rechigné à renfiler son uniforme immaculé quelques instants plus tard pour nos caméras, s’adonnant à un match amical avec Vincent Desjardins.

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Jeunesse anglaise

Classée aujourd’hui 108e épéiste féminine au monde et quatrième au Canada, Verret a adopté l’escrime «juste pour faire comme mon frère», aîné d’un an et demi. Fille d’une vétérinaire et d’un agronome, elle a passé les 10 premières années de sa vie à Oxford, en Angleterre, où l’escrime faisait partie des activités parascolaires.

«À un moment donné, je faisais de la natation, du ballet, du tennis et de l’escrime! Mes parents m’ont demandé si je tenais vraiment à l’escrime, parce que ça compliquait l’horaire. Et j’ai dit que je voulais continuer, pour faire comme mon frère!» rigole celle qui a aussi profité de l’influence de la meilleure amie de sa mère, Isabelle Ducharme, ancienne fleurettiste de l’équipe canadienne.

Une fois la famille rentrée à Québec, Ducharme l’a aiguillée vers le club Estoc, où la jeune fleurettiste a changé d’arme pour l’épée. Charles St-Hilaire, maintenant à Vancouver, est devenu son entraîneur et l’épaule encore malgré la distance.

Verret a depuis été recrutée par le prestigieux programme des Buckeyes de l’Université Ohio State, où elle a déjà complétées deux années sur quatre en comptabilité. Au sein d’une quarantaine d’escrimeurs, elle côtoie d’autres membres de l’équipe canadienne, mais aussi un Allemand, une Russe, un Saoudien, une Malaisienne, une Italienne et une Brésilienne, sa colocataire.

Columbus est le lieu des extrêmes, décrit-elle. D’un côté, le secteur fortuné près de l’université qu’elle qualifie de «Sillery fois 10» et de l’autre, un quartier s’apparentant davantage aux bidonvilles sud-américains.

À son arrivée en 2017, l’entraîneur des Buckeyes était le Russe Vladimir Nazlymov, médaillé d’argent au sabre aux JO de Montréal, en 1976. On raconte qu’il avait lancé sa médaille dans un arbre, par dépit... Retraité depuis l’an dernier, Nazlymov a été remplacé par Donald Anthony fils, aussi président de la fédération américaine d’escrime.

Direction Tokyo

Armée d’«une attitude de gagnante et d’une excellente force mentale», Verret vient de connaître une progression constante à sa première année chez les seniors. Au fil de grands rendez-vous internationaux, dont ses premières Coupes du monde, elle a gravi les échelons pour en venir à une touche du tableau principal des 64 aux récents Mondiaux.

«On sera sept, huit à se battre pour les quatre places aux Jeux olympiques», explique-t-elle, l’équipe canadienne féminine étant virtuellement qualifiée pour Tokyo. Petite jeunesse au sein de l’élite canadienne et mondiale — aucune épéiste féminine du top 40 mondial n’a moins de 25 ans —, la Québécoise évalue ses chances de participer aux prochains JO à 50 %.

Comme sa relation avec l’entraîneur-chef national, le Français Georges Karam, n’est pas au beau fixe, elle vise une place dans le top trois pour éviter le choix discrétionnaire du coach. En plus, la quatrième, la roue de secours, ne logera pas au village des athlètes. Karam lui reproche de ne pas être sérieuse parce qu’elle poursuit ses études en parallèle de l’escrime.

«Ça me met moins de stress et je préfère mener une vie plus équilibrée. Je ne veux pas tout mettre dans l’escrime tout de suite et le regretter», justifie celle qui est dotée d’un caractère fort. Dans deux ans, avec un bac en poche, elle envisagera de s’adonner à 100 % à son sport en préparation pour les JO de 2024.

Si Verret participe aux Jeux olympiques, elle y sera la première escrimeuse de Québec depuis Marie-Huguette Cormier, concurrente à Los Angeles (1984) et à Séoul (1988).