Alexandre Genois devra boucler les 450 km de course de montagne en moins de huit jours et en semi-autonomie.

Alexandre Genois, un géant dans les glaciers

À l’aube de la trentaine et d’«une vie standard avec une maison et une job», Alexandre Genois se lance un dernier grand défi. Premier Québécois à participer au Tor des Géants, en 2014, l’ultratraileur de Québec s’attaque en septembre à la version encore plus costaude de cette épreuve d’endurance dans les Alpes italiennes. Le Tor des Glaciers, c’est 450 km de course pour 32 000 m de dénivelé positif en moins de huit jours!

Pour sa première et peut-être seule présentation à l’occasion du 10anniversaire du Tor des Géants, le Tor des Glaciers est réservé à seulement 100 participants. Le club sélect des 100 tenteront de boucler cette course de montagne longue distance en semi-autonomie en un maximum de 190 heures, soit un peu moins de huit jours.

Des coureurs de 23 pays prendront le départ, dont une quarantaine d’Italiens. À 29 ans, Genois sera le plus jeune du peloton dans ce sport qui nécessite «expérience, capacité de gestion et savoir-faire en montagne», énumère-t-il. Chacun doit de plus décaisser 1000 euros, soit 1500 $CAN.

Le départ sera donné de Courmayeur le vendredi 6 septembre, à 20h. On attend le retour des concurrents au même endroit le samedi 14, avant 18h.

Entre-temps, une immense boucle de 450 km de sentiers à parcourir aux creux et aux pics de la Vallée d’Aoste, dans le nord-ouest de l’Italie. Et 32 000 m à grimper, donc aussi à descendre, ce qui équivaut à quatre fois l’Everest ou à 51 monts Sainte-Anne.

À travers «les sentiers et les crêtes encore peu explorés de la Vallée d’Aoste», «le long de grandes routes oubliées». «L’itinéraire [...] atteint des crêtes en grande partie inconnues et longe les anciens glaciers, loin des parcours habituels des randonneurs», précisent les organisateurs sur leur site Internet. Crampons et duvet obligatoires!

«Ça m’a tout pris pour trouver des cartes. J’ai cherché sur Amazon, sur Internet, partout! Finalement, à l’Institut géographique d’Italie, j’ai retrouvé des cartes où il y a des sentiers, mais il n’y a pas grand-chose d’indiqué. L’organisation fournit le tracé GPS que tu reçois et entres dans ta montre, qui est obligatoire. Mais je suis quelqu’un de visuel et j’aime analyser une carte pour avoir des points de repère avant de partir», explique Genois.

Seul Québécois

Le Tor des Géants — tor en valdôtain, la langue locale, signifie «tour» — propose un trajet «réduit» de 336 km et 24 000 m de dénivelé positif. L’événement doit son nom aux cinq «géants» qui lui servent de cadre et au pied desquels il passe : mont Blanc, mont Rose, Cervin, Grand Combin et Grand-Paradis.

Gaillard de 6’ 5”, Genois avait accédé au rang de Géant en 128 heures, en 2014. Sans savoir que cela le rendrait admissible cinq ans plus tard au tout nouveau défi extrême unique du Tor des Glaciers. La sélection se faisait parmi les concurrents du passé ayant parcouru les Géants en moins de 130 heures. Bon an, mal an, cela équivaut à environ le quart des participants.

Parmi les 250 inscrits, Genois a été sélectionné parmi les 100 «chanceux. Seul Québécois, tandis qu’un autre Canadien sera de l’aventure, le Britanno-Colombien de 53 ans Bruce Grant.

Les trois piliers du succès en ultratrail : bien gérer le sommeil, l’alimentation et l’effort. Genois visera à dormir un bloc de trois heures par nuit. Avec une heure maximum passée en refuge, il sera en mouvement environ 20 heures par jour, près de 80 % du temps à la marche rapide ou jogging modéré à cause des montées et descentes fréquentes. Les véritables sections de course en terrain plat continu se font rares sur ce type de parcours.

Son sac à dos de 35 litres deviendra son plus fidèle ami, les participants au Tor des Glaciers n’ayant accès qu’à trois bases de vie officielles et quelques refuges indépendants disséminés en forêt. Avant de partir, il compte d’ailleurs ajouter un peu de poids à ses 200 lb actuelles, car il avait perdu 23 lb durant les cinq jours du Tor des Géants.

Sa préparation se fera sur la Colorado Trail, durant les deux dernières semaines de juillet. «Courir» de Denver à Durango pour une virée de 782 km marquée par 28 000 m de dénivelé positif.

Sentiment de liberté

Triathlonien aguerri, Genois a pris goût aux longues distances dès l’adolescence. À 15 ans, rouler de la maison familiale de Cap-Santé à Trois-Rivières aller-retour dans une journée, environ 180 km, lui procurait déjà un sentiment de liberté incomparable. Il a fait son premier Ironman (3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42,2 km de course à pied) à 16 ans, avant d’accomplir plusieurs exploits au fil des ans, dont la traversée du Canada à vélo en autonomie complète en un temps record de 18 jours, en 2016.

Détenteur de deux baccalauréats et de deux maîtrises en génie des aliments et en droit, il entre au Barreau en septembre et vient de s’acheter une maison. Il désire bientôt consacrer plus de temps à la famille et à la carrière, ce qui l’empêchera de continuer à s’entraîner 20 heures par semaine.

Mais rien ne dit qu’il ne s’y remettra pas dans quelques années, quand les enfants qu’il n’a pas encore seront grands.