Alex Harvey (à droite) s’est entraîné vendredi dans le décor bucolique de Québec avec d’autres fondeurs, dont le champion en titre Johannes Hosflot Klaebo (à gauche).

Alex Harvey veut terminer sa carrière de belle façon à la maison [VIDÉO]

Il a écrit de grands chapitres de l’histoire du ski de fond au Canada, ne reste plus qu’à rédiger l’épilogue de sa carrière. Même à l’approche de sa retraite, Alex Harvey se permet encore de rêver.

De la fenêtre de sa chambre d’hôtel qu’on lui a réservé pour la semaine, le héros local y possède une très belle vue sur le parcours des plaines d’Abraham où il disputera ses trois dernières courses dans le cadre des finales de la Coupe du monde de ski de fond, vendredi, samedi et dimanche.

En fermant les yeux, il y revoit les grands moments de sa carrière, mais il s’imagine aussi la conclusion. «Mon rêve est de terminer avec un autre podium à la maison. Je suis nostalgique, il y a plein d’images qui me reviennent en tête, il y a plein d’émotions, mais en même temps, je suis dans un état d’esprit combatif. Je veux bien faire, je veux me battre pour le podium», affirmait Harvey, jeudi après-midi, en marge de la conférence de presse officielle de l’événement.

Il a passé les derniers jours chez lui, à Saint-Ferréol-les-Neiges, avant de s’amener à l’hôtel, mercredi, en fin de journée. Comme tous les participants, il s’est entraîné sur le parcours, jeudi matin, mais il n’avait pas à y faire de visualisation. Après avoir remporté l’épreuve de sprint, en 2017, il se doute bien de ce qui l’attend s’il franchissait le fil d’arrivée avant les autres.

«En 2017, j’aurais pu donner des high five pendant une heure, mais je ne l’ai pas fait. On entend notre nom, le bruit nous élève, mais je dois rester dans ma bulle. Je veux faire un bon show, mais pour cela, je ne dois pas y penser. Je vais faire les choses comme si j’étais dans le nord de la Finlande», ajoutait la tête d’affiche du week-end.

Pas de faveur 

Mais il ne sera pas dans la noirceur finlandais. Au contraire, il sera au cœur de sa région, devant des amateurs qui l’admirent et de compétiteurs qui le respectent. Il ne s’attend pas à ce que personne ne lui fasse la faveur de le laisser gagner, par contre.

«Il n’y aura pas de passe-droit. Quand je suis en Norvège, j’essaie de battre les Norvégiens. Même chose au Québec pour eux. Peu importe le scénario et l’endroit, tu essaies de l’emporter.» Lorsqu’on lui demande quelle course pourrait lui sourire, en fin de semaine, il pense d’abord à celle de dimanche puisque la poursuite de 15 km se fait selon le cumulatif des deux premières.

«Aux finales de la Coupe du monde, l’an passé, j’étais remonté au deuxième rang lors de la dernière journée. Mais s’il doit y avoir un podium, je vais le prendre n’importe où... En 2017, c’était mon occasion pour finir parmi les trois premiers du cumulatif et j’avais réussi. Je ne vois pas pourquoi ce serait différent même si ce sont mes dernières courses. Il y a moins d’attente au niveau de la performance à cause de la saison que je viens d’avoir, je suis plus relax qu’en 2017, mais je veux terminer de belle façon.»

Contrairement à ses rivaux, Harvey n’a pas pris de pause d’entraînement pour photographier le paysage de Québec, pour regarder le long fleuve tranquille qui s’écoulait sous ses yeux. Il veut savourer le moment, sans aucun regret, avec parents, amis et supporteurs. Ils étaient environ 60 000 (sur trois jours), en 2017.

«Encore aujourd’hui, j’ai le sentiment d’avoir pris la bonne décision. Le temps est venu [de se retirer], ç’a été une saison plus difficile sur le plan moral, j’ai dû revenir à la maison en janvier. J’ai passé à travers, mais ma marge de manœuvre a vraiment diminué et je ne serais pas prêt à repartir pour autre saison», disait celui qui a partagé sa dernière conférence de presse avec son coéquipier Len Valjas, qui se retire aussi, en fin de semaine.

Comme l’ont fait avec lui son père (Pierre Harvey), Beckie Scott, Chandra Crawford et Devon Kershaw, le lègue d’Alex Harvey aura été d’avoir fait la démonstration qu’il était possible de gagner dans les grands rendez-vous internationaux.

Le trajet des finales de la Coupe du monde

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KLAEBO TRISTE DE LE VOIR PARTIR

«C’est vraiment triste de le voir partir!» Alex Harvey n’était pas populaire uniquement chez lui. Sur le circuit de la Coupe du monde, on va aussi s’ennuyer de sa présence à la ligne de départ.

Et celui qui le confirme n’est pas n’importe qui. Johannes Hosflot Klaebo est actuellement le plus grand fondeur au monde, champion du classement général de la Coupe du monde en 2018. Il cherche d’ailleurs à obtenir le convoité Globe de cristal pour une deuxième saison d’affilée, en fin de semaine, à Québec.

«Alex a été un skieur incroyable, c’est impressionnant de voir à quel point il a été bon pour le ski de fond et jusqu’à quel niveau il a amené notre sport au Canada. Chaque année, il était l’un des meilleurs sur le circuit, c’est beau de voir ce qu’il a fait. Je lui souhaite le meilleur pour la suite», lui rendait hommage l’étoile norvégienne à sa sortie de l’entraînement, jeudi.

Super-vedette

Klaebo, en Norvège, est une super-vedette. Un véritable monstre sacré du ski de fond, sport national du pays. Il n’a que 22 ans et compte déjà trois médailles d’or olympique et trois autres aux Championnats du monde. Il avait signé sa première victoire en distance (15 km classique) sur les plaines d’Abraham, en 2017. Il a multiplié les podiums, depuis.

«Je garde de très bons souvenirs de Québec, j’adore cet endroit. Nous avons beaucoup de courses en Europe, c’est vraiment plaisant de voyager loin de la maison, c’est nouveau pour nous, c’est excitant d’être ici. C’était incroyable de voir autant de monde sur le site, il y a deux ans, et ce le sera encore, cette année, de savoir qu’il aura beaucoup de monde nous encourager. On va faire de notre mieux. J’avais gagné le Globe de sprint, ici, il y a deux ans, on avait fêté cela en équipe. Après la course, le dimanche, il y avait une grosse réception avec toutes les équipes, c’était super.»

Il est impliqué dans une lutte à finir avec le Russe Alexander Bolshunov, qui avait fini deuxième au 50 km des Jeux de PyeongChang, où Harvey avait pris le quatrième rang. Klaebo a déjà mis la main sur le Globe de cristal de sprint et il devance Bolshunov par 14 points au cumulatif.

«Je le veux vraiment, mais Bolshunov est très fort. Je vais faire de mon mieux, on verra, il reste trois courses», ajoutait le fondeur scandinave.

Un peu plus tôt, ses confrères de l’équipe norvégienne et lui avaient pris le temps de faire un tour du parcours avec Alex Harvey, qui a développé une belle relation avec les skieurs de cette puissance mondiale.

«Ils trouvent ça cool, ici. Johannes est un peu stressé, mais je pense qu’il va gagner. Bolshunov est plus fort, mais Klaebo est plus fin renard», prédisait Harvey. Carl Tardif

«Alex a été un skieur incroyable, c’est impressionnant de voir à quel point il a été bon pour le ski de fond», a commenté jeudi Johannes Hosflot Klaebo (à gauche).