La rivalité entre Alex Harvey (au centre sur la photo) et ses adversaires a toujours été basée sur le respect.

Alex Harvey, un compétiteur avec du panache

Auteur d’un triplé, en fin de semaine, et couronné champion de la saison, dimanche, le Norvégien Johannes Hoesflot Klaebo n’était pas déçu de céder toute la place à Alex Harvey, transporté sur les épaules de son équipe devant une foule admirative.

«On est tous vraiment content pour Harvey et de la façon dont il termine sa carrière», a noté le jeune fondeur de 22 ans, déjà installé au sommet de la discipline.

La rivalité entre ses compatriotes et Harvey a toujours été basée sous le signe du respect. On sentait bien qu’il se réjouissait de la deuxième place de ce dernier devant Alexander Bolshunov, qui sera son plus grand adversaire au cours des prochaines saisons.

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«Je n’ai rien de mal à dire sur les Russes, mais avec les Canadiens, c’est beaucoup plus amical... C’était une belle course, Bolshunov et Harvey étaient vraiment forts. Je pense que Bolshunov a fait la majeure partie du travail. Au deuxième tour, j’ai senti que le rythme derrière était passablement élevé, j’ai décidé de les laisser revenir, me mettre à l’abri derrière et essayer de pousser fort dans la dernière montée avant l’arrivée. La tactique a bien fonctionné et c’était encore mieux de voir Harvey battre le Russe. C’était fantastique», a confié Klaebo.

Il a bouclé la saison avec 100 points de plus au classement final de la saison que Bolshunov. Si le Russe l’avait emporté, il aurait remporté le Globe de cristal.

Klaebo n’était pas certain que le favori local avait devancé Bolshunov au sprint final puisqu’il venait lui-même de franchir le fil. Il a à peine eu le temps de se retourner et la foule soulignait déjà bruyamment la deuxième place de Harvey.

«Je n’étais pas certain, je lui ai demandé où il avait fini. “Deuxième”, qu’il m’a dit. Merci, merci, merci, c’est très bien», a ajouté le champion aux pommettes rouges.


« Comme on dit en français, il ne payait pas de mine, on ne se doute pas qu’il peut gagner et faire des podiums. Parfois, il sort des courses, tu te demandes comment il fait »
Le fondeur français Maurice Manificat

Les amateurs de Québec le reverront en mars 2020 puisque la capitale sera l’hôte des deux premières épreuves d’un Tour de ski qui passera ensuite par Minneapolis et Canmore.

Estimé

À l’évidence, Harvey était un compétiteur estimé sur le circuit. Son ami suisse Dario Cologna l’a salué, casquette au nom d’Alex sur la tête. Le Français Maurice Manificat, aussi chaussé des skis de la marque Salomon, lui a rendu hommage.

«Comme on dit en français, il ne payait pas de mine, on ne se doute pas qu’il peut gagner et faire des podiums. Parfois, il sort des courses, tu te demandes comment il fait. Il a un incroyable finish, il a une gestion de la course très tactique, c’est pour ça que c’est impressionnant. C’est un grand athlète», a noté le fondeur français.

Il a dit comprendre les raisons poussant Harvey à la retraite. Contrairement à tous les Européens, le Québécois ne pouvait pas revenir à la maison après chaque Coupe du monde.

«Dix ans de carrière, ça peut paraître court, mais c’est super long quand tu es investi à fond là-dedans. Il vient un moment où, dans la tête, tu as envie de faire autre chose. C’est compréhensible. Ils sont loin de leur maison et de la famille pendant six mois, c’est quelque chose de compliqué.»

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Harvey était populaire chez lui et tout autant sur le circuit.

«Les gens du milieu nordique appréciaient beaucoup son panache», a ajouté Manificat avec une formule imagée.

«J’ai hâte au party, ce soir», a répondu à cela Harvey, en point de presse, convaincu, lui aussi, qu’un respect mutuel a marqué son parcours en Coupe du monde.

Le principal intéressé peut maintenant fermer les yeux et apprécier ce qu’il a accompli. Il aura fait encore mieux qu’il l’avait rêvé lorsqu’il était encore enfant.

«La blague, chez nous, c’est que je suis le seul de la famille à ne pas avoir eu de médaille aux Jeux du Québec. Je rêvais seulement d’aller au Jeux olympiques. Quand ç’a débloqué, tout est allé tellement vite. Je pense m’être rendu plus loin que je croyais», a-t-il admis en traçant le bilan de sa carrière.