Alex Harvey a décroché dimanche une deuxième médaille de bronze de suite lors de la difficile poursuite de 9 kilomètres de Val di Fiemme, dernière étape du Tour de ski. Il est ainsi devenu le premier fondeur non européen à se retrouver sur le podium au classement cumulatif.

Alex Harvey termine troisième au Tour de ski

Alex Harvey a terminé le Tour de ski de brillante façon, dimanche, en négociant avec aplomb l’impossible montée de la poursuite de Val di Fiemme, en route vers une troisième place au classement cumulatif.

«C’est sûr que ce n’est pas aussi gros qu’une médaille d’or aux Championnats du monde, mais au niveau de la satisfaction personnelle, c’est vraiment le numéro un de mes réussites», a commenté le fondeur québécois, environ deux heures après avoir croisé le fil d’arrivée, au sommet de l’Alpe Cermis. «Je suis sur un nuage, vraiment satisfait. On a partagé ça avec toute l’équipe. Tout le monde a le sourire aux lèvres.»

Il s’agit de la meilleure performance en carrière de Harvey au Tour, lui qui avait pris le septième rang l’an dernier. Il est même devenu dimanche, en Italie, le premier non-Européen à monter sur le podium au classement cumulatif.

Champion du monde du 50 kilomètres de Lahti l’an dernier, Harvey estime encore plus méritoire sa médaille de bronze acquise après six étapes, dimanche. «Les Mondiaux et les Jeux olympiques, c’est une [seule] grosse journée. Je ne veux pas dire que c’est de la chance. Mais d’avoir fait six courses très solides en ligne, c’est vraiment satisfaisant et encourageant.»

Alex Harvey lors de la remise des médailles

Harvey est exactement là où le souhaitait son entraîneur, Louis Bouchard, avant le début de la saison. Ça signifie qu’il n’a pas encore atteint le sommet de sa forme. «C’est super. C’est aligné avec ce qu’on veut. Tout l’été, il était à un niveau plus élevé que l’année d’avant. Il a fait le sixième temps de la journée. C’est vraiment impressionnant», a affirmé Bouchard, qui ira rejoindre Harvey dans les prochains jours pour la préparation en vue des Jeux olympiques.

Parti troisième en raison du forfait du Russe Sergey Ustiugov, blessé au dos, Harvey a rapidement rattrapé Alexey Poltoranin en deuxième place dans la partie «facile» du parcours. Comme le Québécois l’avait prédit la veille, Martin Johnsrud Sundby et Alexander Bolshunov les ont ensuite rejoints pendant l’abrupte montée, un calvaire en zig-zag de près de quatre kilomètres, avec des passages à 28°. «Quand [Sundby] m’a dépassé, j’étais encore assez bien pour être capable de le suivre», a raconté Harvey.

La situation avantageait malgré tout le Norvégien, historiquement à l’aise dans la montagne. Bolshunov a d’abord été largué. Puis, Poltoranin à quelques centaines de mètres du fil d’arrivée. Harvey, lui, s’est accroché à Sundby malgré la douleur bien visible sur son visage. Le fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges a même tenté un dépassement dans les 100 derniers mètres. «Mais je ne voyais plus trop trop clair en avant. Je n’avais plus rien», a-t-il reconnu. Sundby n’avait plus grand-chose dans le réservoir non plus; juste assez pour soutenir la cadence et franchir le fil d’arrivée quatre secondes avant le Québécois.

Le Suisse Dario Cologna, détenteur d’une insurmontable avance, a remporté son quatrième Tour de ski — un record — au terme de cette épreuve de neuf kilomètres. Il s’agit du premier triomphe de «Super Dario» depuis 2012. «Revenir au plus haut niveau après six ans, ça fait plaisir», a déclaré le skieur de 31 ans. «J’ai pu bien contrôler la course, mais j’ai dû pousser fort pour rester en sécurité. Avec un tel écart, c’était mieux de ne pas me retourner pour voir où en étaient mes adversaires.» Il a complété le parcours 86 secondes avant Sundby.

Du côté féminin, la Norvégienne Heidi Weng a terminé dimanche sa remontée amorcée la veille pour doubler sa compatriote Ingvild Flugstad Oestberg. Cette dernière n’a jamais vraiment été dans le coup dans la montée, dimanche, terminant 48,5 secondes derrière la gagnante. Weng remporte ainsi le Tour de ski pour la deuxième année consécutive. L’Américaine Jessica Diggins a complété le podium.

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UN PARI PLUS PAYANT QUE JAMAIS

La performance d’Alex Harvey dans l’épuisante montée de la poursuite de Val di Fiemme est la preuve par 10 que son opération aux jambes, subie en 2015, a donné les résultats escomptés.

D’accord, son triomphe au 50 kilomètres des Mondiaux de Lahti, en mars dernier, en était déjà une solide indication. Mais cette course, aussi longue soit-elle, ne contient aucun défi similaire à celui de la poursuite sur le flanc du mont Cermis.

Le fondeur de 29 ans n’est pas encore devenu «le chef de la montagne», mais il a malgré tout tenu tête dimanche à l’un des meilleurs de l’histoire, Martin Johnsrud Sundby. Une situation impensable avant 2015.

Alex Harvey durant la montée de la poursuite de Val di Fiemme

À l’époque, Harvey est si loin d’être compétitif qu’il fait l’impasse sur la dernière étape du Tour de 2013 à 2015. Ces précédents essais ont causé trop de dommages. Un problème purement physique: le bassin de Harvey est étroit et ses muscles sont trop développés. La circulation sanguine se fait mal.

«Je savais que je n’allais pas être dans le coup, mais c’était plus que ça. Mes jambes étaient complètement crampées, alors le reste de mon corps compensait. Ça amenait des problèmes de dos dans les semaines suivantes», a expliqué Harvey, dimanche.

Après la saison 2015, l’athlète prend une chance. Il subit deux opérations aux artères iliaques, histoire d’assurer une meilleure distribution du sang dans ses membres inférieurs depuis l’aorte. «Si quelque chose s’était mal déroulé, ils auraient pu avoir à me couper la jambe», avait dit le fondeur, en avril de cette année-là, lors d’une conférence de presse peu après les opérations.

Cette journée-là, il avait aussi parlé de la montée de l’Alpe Cermis. «C’est beaucoup pour cette étape-là que je m’étais fait opérer», a d’ailleurs rappelé Harvey, dimanche. «Aujourd’hui, ç’a vraiment payé.»

L’«autre» classement

En cette année olympique, le classement général de la Coupe du monde est un peu oublié, mais il revêt malgré tout une grande importance. Harvey y pointe maintenant au troisième rang avec 780 points. Sundby (875) et Dario Cologna (807) occupent les deux premières places, tandis que le jeune phénomène norvégien Johannes Hoesflot Klaebo (752), quasi imbattable cette année, a vu son absence au Tour de ski lui coûter trois rangs.

«Après les Jeux olympiques et le Tour de ski, c’est le troisième objectif de la saison, a résumé Harvey. C’est mon meilleur classement de mi-saison en carrière. C’est encourageant. Et c’est sûr que tout de suite après les Jeux, tout le monde va se virer sur le classement cumulatif.»

Le Québécois pourrait toutefois perdre quelques rangs dans les prochaines semaines, car il fait une croix sur les deux prochains rendez-vous de la Coupe du monde, ceux de Dresden (Allemagne) et Planica (Slovénie). Tout ça pour un camp d’entraînement préolympique de deux semaines en altitude, dont la première partie aura lieu à l’Alpe de Siusi, en Italie. Harvey reprendra l’action le 27 janvier à Seefeld (Autriche), quelques jours avant le grand rendez-vous des sports d’hiver en Corée, dont la première course chez les hommes est prévue le 11 février.